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Un anniversaire résolument design pour Bernardaud

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Créée en 1863, l'entreprise Bernardaud, reine de la porcelaine haut-de-gamme, fête ses 150 ans cette année. Pour l'occasion, une exposition moderne et créative mêlant design et artisanat a été organisée. Retour sur cet événement qui fait la part belle aux stars du design et à leur vision personnelle des arts de la table.
Des assiettes conçues par Jeff Koons ou bien David Lynch : on aurait bien des scrupules à les salir en mangeant à l'intérieur ! Rien d'étonnant puisque ces différentes collections ont été réalisées avec de la porcelaine de Limoges signée Bernardaud. Les artistes n'ayant fait "que" les décorer selon leur propre univers. Une coopération dont l'entreprise a l'habitude comme en témoigne leur partenariat avec les frères Campana en 2011.
La marque ayant une réputation plus que confirmée dans le milieu de la porcelaine, ses dirigeants actuels ont vu grand pour fêter ses 150 ans en proposant à plus de dix grands noms du design français et mondial de jouer avec ce matériau assez inhabituel pour eux.
Montre-moi ton assiette, je te dirai qui tu es
En résulte des œuvres originales, parfois discrètes, parfois grandiloquentes, mais toujours sources d'étonnement. Le minimalisme de Sophie Calle vient trancher radicalement, par exemple, avec le service coloré et fleuri de Michael Lin. De même, si certains laissent un espace vacant, vierge de toute décoration, pour la nourriture, d'autres ont choisi de laisser libre cours à leur art sur l'intégralité de l'assiette.
Inspirés par le matériau ou l'esprit même des arts de la table, les artistes s'en sont donnés à cœur joie en proposant pas moins de dix collections de 6 ou 12 assiettes. Chaque univers est clairement identifiable et pousse à de véritables réflexions sur le rapport que nous entretenons, au quotidien, avec la porcelaine de table.
L'événement aura également vu le concours de plusieurs photographes professionnels. Jean-Christophe Ballot, Antonin Bonnet et Sophie Brändström ont ainsi réalisé de superbes photographies illustrant le travail de la porcelaine sous toutes ses formes. A noter que Bernardaud n'est pas la seule marque connue à fêter ses 150 ans en 2013, puisque c'est aussi le cas de Roquefort, de Perrier et de Bourjois.
Découvrez en pages suivantes les créations exposées à "La vitrine am" pour les 150 ans de Bernardaud.
150 ans de Bernardaud
La vitrine am, 24, rue de Richelieu
75001 PARIS
Jusqu'au 17 mai 2013
Ouverture du lundi au vendredi de 12h00 à 19h00
Un anniversaire résolument design pour Bernardaud

"Détails" de Jean-Michel Alberola

Bernardaud 150 ans - Détails -Jean-Michel Alberola
Bernardaud 150 ans - Détails -Jean-Michel Alberola © Bernardaud 150 ans
"Détails" de Jean-Michel Alberola
Cette collection donne l'impression d'être assez classique lorsque l'on ne s'y attarde pas tellement. Elle possède un rond blanc au milieu et quelques décoration sur le bord, pourtant elle cache bien plus qu'elle ne le laisse paraître, comme l'explique l'artiste :
"C'est un projet que j'ai voulu décoratif. Je suis parti des murs peints que j'ai réalisés au Palais de Tokyo de Paris et qui ont été repris en lithographies. J'ai ensuite pris des détails de ces lithos de façon à ce qu'on ne voie ni texte ni image en entier. Je ne voulais pas couvrir toute l'assiette car je veux voir les aliments sur un fond blanc.
Ce qui m'intéresse aussi, ce sont les limites de l'assiette, je ne peux pas déborder à l'extérieur, mais je peux déborder un peu à l'intérieur...
La difficulté était de réussir à faire 12 assiettes complètement différentes et unifiées uniquement par le graphisme. Ce qui m'intéresse c'est la différence au sein d'un même projet. C'était ça le défi à relever !"
"Détails" de Jean-Michel Alberola

"The Boundless sea" de David Lynch

Bernardaud 150 ans 'The Boundless sea' David Lynch
Bernardaud 150 ans 'The Boundless sea' David Lynch © Bernardaud 150 ans
"The Boundless sea" de David Lynch
Même abstraites, David Lynch ne peut s'empêcher de raconter des histoires. Ainsi, lorsqu'on lui propose de concevoir une collection d'assiettes pour les 150 ans de Bernardaud, il en imagine une sombre et étrange dont lui seul a le secret.
"L'histoire de Boundless Sea est un peu abstraite, mais en tant qu'être humain on peut se sentir concerné par cette histoire à un certain niveau, au niveau intuitif peut-être, et que cette histoire peut inspirer un sentiment de bien-être" dit-il.
"The Boundless sea" de David Lynch

"Mythologie" de Fassianos

Bernardaud 150 ans  "Mythologie" de Fassianos
Bernardaud 150 ans "Mythologie" de Fassianos © Bernardaud 150 ans
"Mythologie" de Fassianos
Artiste grec par excellence, Fassianos n'oublie pas ses origines lorsqu'il crée. Aussi, la collection réalisée pour les 150 ans de Bernardaud renvoie à la Grèce antique et sa mythologie foisonnante. La céramique le touche énormément et le choix de celle-ci pour illustrer ces dieux lui a paru naturel :
"On y retrouve les couleurs que j'aime : rouge comme le feu, bleu comme la mer et or comme le ciel doré des icones byzantines.
Sur la porcelaine, mes dessins deviennent encore plus lumineux. La porcelaine donne de la lumière grâce à sa transparence, c'est ce qui me plaît."
"Mythologie" de Fassianos

"Banality Series" de Jeff Koons

Bernardaud 150 ans 'Banality Series' de Jeff Koons
Bernardaud 150 ans 'Banality Series' de Jeff Koons © Bernardaud 150 ans
"Banality Series" de Jeff Koons
Jeff Koons, l'un des artistes les plus connus au monde pour utiliser la culture populaire comme matériau principal, s'intéresse à la porcelaine pour ses paradoxes :
"J'ai toujours été intrigué par la porcelaine, par l'aspect aussi bien financier que sexuel de ce matériau. La porcelaine se rétracte dans le four - ce matériau a donc une texture dense.
La porcelaine était le matériau des empereurs, mais elle a été démocratisée et de nos jours tout le monde peut en profiter. C'est pour ces qualités que j'ai utilisé ce matériau dans la série Banality."
"Banality Series" de Jeff Koons

"Le plat est un paysage" de Marlène Mocquet

"Le plat est un paysage" de Marlène Mocquet
"Le plat est un paysage" de Marlène Mocquet © Bernardaud 150 ans
"Le plat est un paysage" de Marlène Mocquet
Cadette de l'exposition, Marlène Mocquet a choisi de considérer ses assiettes comme des toiles à part entière. Chacune a son histoire, chacune porte la patte de sa créatrice.
"Je n'aime pas me mettre à table toute seule. Quand je suis invitée à dîner, j'y vais avec plaisir car je sais qu'il y aura un échange. Mais toute seule, je mange devant mon frigo.
J'ai un rapport affectif à la nourriture. En acceptant cette invitation, j'ai dû lâcher prise et consentir à ce que mon travail, pour la première fois allait évoluer en dehors de mon contrôle. Ce qui m'a inspiré, c'est d'imaginer que des personnes vont manger dans mes peintures, comme une discussion avec celui qui va découvrir le paysage ou l'histoire du plat, car chaque plat a une histoire"
explique-t-elle.
"Le plat est un paysage" de Marlène Mocquet

"Je te mangerais dans le main" de Prune Nourry et JR

"Je te mangerais dans le main" de Prune et JR
"Je te mangerais dans le main" de Prune et JR © Bernardaud 150 ans
"Je te mangerais dans le main" de Prune et JR
Cette collaboration entre ces deux artistes français que sont Prune Nourry et JR est venue naturellement. Leur travail s'est porté sur les mains, "outil le plus essentiel pour l'homme" pour Prune Nourry.
JR détaille les raisons de ce choix : "Dans ce projet, Prune et moi voulions mettre en avant «l'outil» le plus essentiel pour l'homme, ses mains, qui peuvent se transformer à la fois en contenant pour boire, en couvert pour manger.
Comme dit Darwin: "L'homme n'aurait jamais atteint sa place préponderante dans le monde sans l'usage de ses mains". Ici, ce sont nos mains qui sont photographiées. Dans une famille, un service de table peut venir d'ancêtres dont on n'aura reçu qu'une photo et des assiettes. Ici nos descendants auront directement la photo sur l'assiette!"
"Je te mangerais dans le main" de Prune Nourry et JR

"Kintsugi" de Sarkis

Bernardaud 150 ans 'Kintsugi ' de Sarkis
Bernardaud 150 ans 'Kintsugi ' de Sarkis © Bernardaud 150 ans
Bernardaud 150 ans 'Kintsugi ' de Sarkis
Très sobres, les assiettes de Sarkis cachent en réalité une technique liée à la céramique qui date de plusieurs siècles. Il explique ainsi sa démarche :
"Le service Kintsugi est constitué de 12 assiettes distinctes dont le décor se poursuit au verso. Deux idées m'ont inspiré : d'abord l'idée de recevoir à dîner 12 personnes très différentes et de se poser la question : "vont-elles aller ensemble et s'entendre ?" et ensuite la fascination que j'ai pour une technique japonaise appelée "Kintsugi" datant du 16ème siècle et qui consiste à rendre visible des réparations sur céramique après cuisson faites avec un mélange de laque et d'or donnant ainsi à la pièce une valeur esthétique supérieure."
"Kintsugi" de Sarkis

"Le Porc" de Sophie Calle

Bernardaud 150 ans  "Le Porc" de Sophie Calle
Bernardaud 150 ans "Le Porc" de Sophie Calle © Bernardaud 150 ans
"Le Porc" de Sophie Calle
Sophie Calle a pris le parti de jouer avec l'idée du cadavre exquis. Elle a imaginé une histoire assez étrange voire un peu dérangeante, qui se poursuit sur ses douze assiettes. Pour en connaître la totalité, il faut donc une disposition bien spéciale des personnes assises à table.
"Ce qui me plaît beaucoup avec ces assiettes, c'est de créer une sorte de rituel pour compliquer la vie des gens, les obliger à s'asseoir dans l'ordre, à être 6 à table, à ne jamais en casser. Et puis, il y a aussi un aspect plus privé.
J'aime beaucoup manger dans l'assiette des autres, j'ai toujours l'impression que c'est meilleur. Et donc dorénavant, j'aurai la possibilité d'aller voir dans l'assiette de l'autre, peut-être pas pour me servir mais pour m'en approcher avec un prétexte, même si je connais déjà l'histoire..."
Voici le texte complet que l'on peut lire sur les assiettes de Sophie Calle :
C'est une histoire déraisonnable. J'avais trente ans. Un homme m'a contactée pour me dire que nous avions des projets similaires. J'ai accepté de le rencontrer, j'ai toujours peur de rater quelque chose.
Son art consistait à demander à des inconnues de coucher avec lui. Pour ma part, n'avais-je pas proposé à des étrangers d'occuper mon lit pour les photographier.
II avait prévu de m'emmener à un barbecue à Neuilly. Toute la soirée, j'ai fait la bonne. J'ai grillé des saucisses , servi, débarrassé. Affairée, le temps passait plus vite. Tard, il m'a déposée devant ma porte, s'est penché vers moi, a cherché mes lèvres. Je l'ai repoussé en disant: "qu'est ce qui vous fait croire que j'ai envie de vous embrasser ?" II a répondu : "De toute façon, vous mangez comme un porc !"
Des années se sont écoulées, mais, depuis, cette sentence revient me tourmenter. J'ai tout oublié de cet individu, pourtant il est toujours assis à ma table.
"Le Porc" de Sophie Calle

"Untitled" de Michael Lin

"Untitled" de Michael Lin - Bernardaud 150 ans "Untitled" de Michael Lin
"Untitled" de Michael Lin - Bernardaud 150 ans "Untitled" de Michael Lin © Bernardaud 150 ans
"Untitled" de Michael Lin
Très colorées, les assiettes de Michael Lin célèbrent le rose et les fleurs. A travers elles, on peut également ressentir l'inspiration de Michael Lin envers le textile taïwanais.
"II faut penser ces assiettes comme des morceaux de paysages au sein desquels un appareil photo aurait capturé différents plans, plus ou moins rapprochés.
Mon oeuvre a un rapport avec l'architecture, plus qu'avec la peinture. Contrairement à un tableau devant lequel il se crée une certaine mise à distance, j'aime que les gens soient dans mon ceuvre"
explique l'artiste.
"Untitled" de Michael Lin

"Etoiles" de Nabil Nahas

Bernardaud 150 ans  'Etoiles ' de Nabil Nahas
Bernardaud 150 ans 'Etoiles ' de Nabil Nahas © Bernardaud 150 ans
"Etoiles" de Nabil Nahas
Cette fascination pour l'étoile de mer, Nabil Nahas la tire d'une expérience vécue où il a vu s'échouer des milliers d'étoles de mer sur une plage après un ouragan. Cette vision aura marqué tout son travail et il est logique de retrouver cet organisme marin dans les assiettes réalisées par Nabil Nahas.
"Quand la maison Bernardaud me proposa de participer à ce projet, il me parut évident qu'un support circulaire serait idéal pour étaler mes étoiles. La tactilité de la porcelaine, la brillance des émaux, une image de rêve... un apport séduisant à l'art de la table. Une étoile de mer est un échinoderme et non un crustacé... à ne pas consommer" explique-t-il.
"Etoiles" de Nabil Nahas

"Last supper (Megaplex)" de Marco Brambilla

Last supper (Megaplex) de Marco Brambilla
Last supper (Megaplex) de Marco Brambilla © Bernardaud 150 ans
"Last supper (Megaplex)" de Marco Brambilla
A la fois passionné par la culture populaire et les oeuvres mythiques comme la Cène de Léonard de Vinci, Brambilla a pris le parti de mixer les deux dans une collection d'assiettes unique et placée sous le signe de la référence au cinéma.
"II y a 12 "variations" de la Fresque de Leonard de Vinci, chacune représentant un Messie et un groupe de disciples différents.
Ce service de table sera à la fois raffiné et luxueux, une réinterprétation ludique de la Cène revisitée par la culture pop, ce qui devrait fournir d'intéressants sujets de conversation une fois la table mise."
avoue Brambilla.
"Last supper (Megaplex)" de Marco Brambilla
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