Projet Yii
Le design taïwanais tire parti du passé
Une poignée de designers taïwanais ont trouvé une manière originale de valoriser le savoir-faire des anciens. Ils se sont approprié les techniques artisanales pour élaborer une collection d'objets résolument design. Coup d'œil sur une production pleine d'audace.
Les designers taïwanais vouent un grand respect à leurs aînés. Ils l'ont prouvé sur le salon Maison & Objet en présentant aux visiteurs une collection d'objets design réalisés exclusivement à partir de techniques ancestrales. Un travail qui rentre dans le cadre d'un projet plus global instigué par l'Institut National de recherche sur l'artisanat et le centre pour le design de Taiwan. Baptisé Yii ( "le changement et la transformation", en chinois), ce dernier vise à redonner une place au savoir-faire traditionnel dans la création contemporaine. Une démarche inédite qui, d'après Jeff Dah-Yue Shi, coordinateur du projet, a abouti à un résultat positif, celui de "la formulation d'un art de vivre esthétique, intelligent et éthique".
Le bambou : "un matériau d'avenir"
Une vingtaine de créateurs taiwanais dont certains de renommée internationale se sont pliés à l'exercice. Pour mettre au point leurs objets, tous ont accepté de travailler en étroite collaboration avec des artisans locaux. Le célèbre designer allemand Konstantin Grcic, associé lui aussi à cet ambitieux projet, s'est ainsi rapproché de Chen Kao-ming, un fin connaisseur du bambou. Interrogé par Maison à part sur le salon Maison & Objet, il avoue avoir gardé un excellent souvenir de cette rencontre : "grâce à M. Chen, j'ai apprivoisé le bambou, un matériau que je connaissais mal. Je suis désormais convaincu qu'il peut avoir un rôle important à jouer dans le design". Le bambou ayant la particularité d'être à la fois souple et résistant, il a été utilisé par le duo pour fabriquer une assise aux lignes épurées : la chaise 43. Elle se compose, comme son nom l'indique, de 43 lamelles de bambou stratifiées. Un matériau dit "écologique" qui a remporté un vif succès dans le projet : il a en effet également servi à réaliser un tabouret, un ventilateur et, plus étonnant, une lampe de bureau.
| Zoom [+] |  | | Yii © | | Konstantin Grcic et sa chaise 43. |
Une pointe d'audace
Le reste du collectif s’est orienté vers d'autres matériaux et d'autres techniques manuelles : le bois, la céramique, par exemple, mais également, les teintures naturelles et l'orfèvrerie avec la réalisation d'objets en argent finement ciselés. Pour chacune des créations, aussi différentes soient-elles, le but a été d’allier avec subtilité tradition et modernité. Le luminaire de Ko-Ti-Chen y est tout à fait remarquable à cet égard. Il reprend les motifs de la littérature et de l'histoire taïwanaise tout en intégrant la technologie high-tech des leds.
Tout le talent de la relève taïwanaise est justement d’avoir su garder l'audace qui la caractérise. "L'héritage des anciens est précieux. Nous devons l'utiliser à bon escient et en livrer notre propre interprétation", insiste Konstantin Grcic. Un conseil suivi par Lin Hsiao-Ying. La créatrice a fait surgir une main humaine d’un vase traditionnel !
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