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Nos bougies sont-elles toxiques ? 5 idées reçues à la loupe

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Eléments de déco à part entière, les bougies sont pointées du doigt par des études scientifiques pour leur toxicité. Quels sont les produits les plus inquiétants ? Comment choisir les plus respectueux ? Notre décryptage.
L'hiver, quoi de plus agréable que d'allumer une bougie parfumée chez soi, pour apporter une touche chaleureuse et une note odorante ? Ou tout simplement, pour éliminer les mauvaises odeurs et les remplacer par une agréable fragrance ? Ce geste, de très nombreux Français l'ont adopté - et pourtant, il serait à l'origine d'une pollution de l'air intérieur.
Un document de l'Ademe compile, en effet, toutes les études ayant trait à la toxicité des bougies, parfumées ou non, et de l'encens. Et le constat est pour le moins alarmant : le simple fait d'allumer une bougie quelques heures par jour est source de plusieurs polluants, dont certains cancérogènes.
Alors, faut-il éliminer définitivement bougies et encens de nos intérieurs ? Sommes-nous en train de nous intoxiquer, en pensant assainir l'air de notre maison ? Le point avec 5 idées reçues remises en question par des études scientifiques.

Les bougies parfumées sentent bon, donc elles ne sont pas dangereuses

Lorsque l'on respire une odeur fraîche et agréable, on imagine nécessairement que le lieu est sain, et que la source de cette douce fragrance l'est aussi. Pourtant, ce n'est pas toujours le cas, en particulier lorsqu'il s'agit de bougies parfumées.
En effet, la plupart des bougies parfumées contiennent du limonène, une substance chimique rappelant l'odeur fraîche des agrumes, qui est très utilisée dans les produits d'entretien, les parfums et même l'alimentaire. Inoffensive en l'état, cette molécule réagit avec l'ozone présent dans l'air ambiant lorsque l'on allume une bougie. Se dégagent alors du formaldéhyde, un composé organique volatil (COV) connu pour être cancérigène.
L'équipe de chercheurs du National Centre for Atmospheric Science de l'Université d'York (Grande-Bretagne), qui a démontré ce processus, a mesuré des taux très élevés de formaldéhyde dans des maisons tests où ont été consumées des bougies parfumées pendant de longues durées. Un constat inquiétant puisque l'agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) précise que "les effets critiques du formaldéhyde chez l'homme sont des irritations oculaires et des voies respiratoires" en cas d'exposition longue.

Les bougies dites naturelles sont inoffensives

Derrière ce postulat, se cache une idée reçue largement répandue : les produits naturels sont inoffensifs. Dans le cas des bougies et de l'encens, la réflexion est un peu plus complexe.
En effet, le problème vient de la combustion. Lorsque l'on brûle quelque chose, même naturel (feuilles mortes, aliments dans une poêle, etc.), on produit des substances irritantes voire toxiques, par exemple du formaldéhyde, "émis naturellement lors de tout phénomène de combustion", souligne l'Anses, ou des particules. C'est particulièrement vrai pour les bougies en paraffine, un dérivé du pétrole, mais aussi pour les bougies en cires naturelles, qu'elles soient animales (cire d'abeille) ou végétales (cire de soja, de colza, de palme, etc.).
L'Ineris a prouvé que la combustion des bougies produisait aussi de l'acroléine, un puissant irritant des muqueuses respiratoires et oculaires. Les risques en cas d'exposition trop importante ? Toux et difficultés à respirer, mais aussi œdème, bronchite chronique et emphysème, et même... des convulsions et un coma, en cas d'intoxication sévère et continue.
En conclusion, les bougies dites naturelles sont beaucoup moins toxiques que les bougies à la paraffine parfumées, mais il faut rester vigilant quant à l'utilisation excessive et régulière de ces produits.

Naturelles, les huiles essentielles ne produisent pas d'émanations toxiques

Naturel n'est pas inoffensif, la logique est valable aussi pour les huiles essentielles, qui composent certaines bougies ou sont utilisées dans des diffuseurs chauffants. Si elles sont effectivement extraites des plantes et concentrées, elles n'en sont pas moins dangereuses lorsqu'elles sont brûlées.
La combustion des huiles essentielles entraîne un dégagement de COV, notamment du formaldéhyde, du benzène et du toluène, qui peuvent irriter les voies respiratoires et même provoquer des allergies.
Par ailleurs, certaines huiles essentielles contiennent des phénols, des cétones et des aldéhydes, qui ont également des propriétés irritantes. Elles sont notamment contre-indiquées pour les enfants, les femmes enceintes et les personnes fragiles.

L'encens est moins polluant que les bougies en paraffine

Il est encore plus naturel que les bougies à la cire, donc il paraît encore plus inoffensif. Et pourtant, l'encens est pointé du doigt de manière bien plus radicale que les bougies par les différentes études.
Là encore, c'est la combustion qui est à l'origine du problème. Mais, en plus du formaldéhyde qui se dégagent lorsque l'on fait brûler de l'encens, l'Ineris mesure de fortes concentrations de benzène, un COV "reconnu comme substance cancérogène pour l'Homme" selon l'Anses.
A faible dose, l'inhalation de benzène entraîne maux de têtes, vertiges, insomnies, nausées et fourmillements des membres. A plus forte dose (notamment dans le cadre professionnel), elle peut entraîner des atteintes plus profondes, y compris des cancers.

Il faut immédiatement jeter toutes les bougies et l'encens que l'on a chez soi

Inutile d'être aussi extrémiste ! L'Ademe - et, avant elle, toutes les instances scientifiques qui ont planché sur la question - ne conseille absolument pas de jeter bougies et encens, mais plutôt de les utiliser de manière raisonnée :
- Préférez absolument les produits européens et français, car ils doivent obligatoirement répondre aux critères de la réglementation sur les produits chimiques REACH. Il existe aussi une norme de qualité européenne pour les bougies, le RAL-GZ, qui s'assure de la qualité des produits, notamment de la faible émission de suie après extinction.
- Limitez l'utilisation des bougies au strict nécessaire pour embaumer la pièce
- "Coupez la mèche brûlée de la bougie avant de la rallumer", conseille Clémence Demeestere, de Label Bougie
- Préférez l'encens en bâton plutôt qu'en cône
- Evitez d'exposer les personnes fragiles : jeunes enfants, personnes asthmatiques ou âgées, et femmes enceintes
- Et, surtout, "aérer la pièce après l'utilisation, pendant au moins 10 minutes, par une ouverture sur l'extérieur", conseille l'Ademe
Notez, enfin, que les bougies et encens sont loin d'être les sources les plus importantes de pollution de l'air intérieur, puisque le formaldéhyde est également émis par certains meubles...
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