L'HABITAT SOUS TOUS LES ANGLES

En aparté avec Didier et Fabrice Knoll, architectes et designers

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Aménagements intérieurs, hôtellerie, bureaux, scénographies et mobilier... Architectes et designers, les frères Fabrice et Didier Knoll ont su faire de leur complémentarité une force créative multidisciplinaire. Ils nous livrent les coulisses de leur métier et donc, de leur complicité... en aparté.
La curiosité, la soif de culture et d'art, combinées à une volonté de partage et de transmission de tout cela : Didier et Fabrice Knoll, aujourd'hui architectes et designers, vivent leur créativité ensemble, au quotidien, depuis leur plus tendre enfance. Tous les deux architectes DPLG après une formation aux Beaux-Arts à Paris, ils ouvrent leur agence en 1986, où ils mêlent les disciplines et les univers, en travaillant aussi bien pour de grands clients privés - hôtellerie, bureaux - que pour des particuliers - rénovation et architecture intérieure. Et ce, de l'esquisse première, en passant par le gros oeuvre, jusqu'à la réalisation du mobilier, du robinet ou encore de la vaisselle. Parmi les projets qui ont fait leur renommée, le Radisson Blue Hôtel de Nice, l'Hôtel de Sévigné, le show-room Geberit Aquaclean à Paris et de nombreuses scénographies, pour les Designers Days, Equip'Hôtel ou encore dernièrement, l'espace Modes de Bains, sur Idéobain, pour ne citer que ceux-là.
Frères et associés, complices et complémentaires... Tous les deux, sous des airs timides et d'un abord parfois difficile à cerner pour certains, se révèlent bouillonnants, tant ils sont passionnés de culture et d'art. Un bouillonnement ne demandant qu'à exploser, en se mettant au service d'un client qui aurait cette même soif d'échange...
Didier et Fabrice Knoll - portrait
Didier et Fabrice Knoll - portrait © Didier et Fabrice Knoll - ph. F. Poletti, 2012
 Levons le voile, en aparté, sur Didier et Fabrice Knoll. Interview croisée.
Maison à part : Pourquoi êtes-vous devenus architectes ? Vous souvenez-vous du jour où vous vous êtes dit que cette profession deviendrait la vôtre ?
Didier Knoll :
Ah ! Je vais répondre à cette question, car je m'en souviens parfaitement ! Nous étions à Paris, j'avais huit ans. J'attendais dans la voiture de mes parents et j'ai levé la tête pour voir ce qu'il y avait au dehors. Mon regard s'est porté sur le balcon d'un immeuble haussmannien dont j'ai trouvé la ferronnerie très jolie. Et je me suis dit : c'est cela que je veux faire... alors peut-être que j'aurais dû être ferronnier en fait ! Je trouvais qu'il était joli, avec la pierre qu'il y avait tout autour... Ce qu'il y a de drôle, c'est que je suis repassé récemment devant et je me suis demandé pourquoi j'avais ce déclic : ce balcon n'est pas particulièrement exceptionnel ! Cette envie de vouloir faire de l'architecture est restée pendant toutes mes études. Même si, à un moment, j'ai voulu être comédien - j'ai d'ailleurs fait une formation - mais je n'ai pas exercé. J'écris encore beaucoup.
Fabrice Knoll : Lorsque nous étions petits, frères, nous nous sommes souvent battus, comme tous les frères, mais nous avons également beaucoup dessiné ensemble, on a réalisé des maquettes, des mosaïques. Le dessin et les arts décoratifs nous ont toujours attirés, assez jeunes. J'aimais bien tout ce qui était structure à construire, les échecs... J'ai failli en fait devenir ingénieur en structure. Et puis finalement, Didier a commencé ses études aux Beaux-Arts à Paris, et j'ai trouvé tout ce qu'il faisait très intéressant et j'y suis allé ! L'avantage de cette formation, c'est que nous sommes en structure verticale en atelier, si bien que nous avons travaillé ensemble très rapidement.
La suite de l'interview en pages suivantes.
En aparté avec Didier et Fabrice Knoll, architectes et designers

Didier et Fabrice Knoll : "travailler ensemble, une évidence"

Didier et Fabrice Knoll - Equip'Hôtel, 2010
Didier et Fabrice Knoll - Equip'Hôtel, 2010 © Equip'Hôtel, 2010 - réal. D. et F. Knoll - ph. Yvan Moreau
Maison à part : C'est votre frère finalement qui vous a donné envie...
Fabrice :
Ce sont surtout les études qui m'ont plu : le fait de dessiner pour projeter des espaces, la peinture, créer des maquettes... Pour moi, c'était un processus de création très tentant et évident, en fait.
Cet aspect de structure qui me passionnait à l'origine, je le garde malgré tout : avec les bureaux d'études nous traitons de la technique en profondeur pour réaliser nos projets. Ce qui me passionne le plus dans mon métier, ce sont les esquisses, les idées initiales, mais aussi arriver à concilier tout le monde pour le bien du projet. Il faut, bien sûr, faire des concessions, mais cela fait partie de notre métier de concilier des gens aux impératifs différents.
J'ai un principe, avec lequel je pense, je suis né : quand je commence un truc, je le termine ! Pendant les études d'architecture, il y a une sélection naturelle très forte : nous étions 35 en première année dans mon atelier, cinq ou six au diplôme, deux se sont installés ensuite à leur compte et aujourd'hui, nous devons être un et demi toujours en activité, 25 ans après. L'architecte peut apparaître parfois comme une forte personnalité, mais il faut en avoir une dans ce métier pour ne pas l'abandonner.
Maison à part : Après vos études aux Beaux-arts à Paris, vous avez eu très vite l'envie de vous installer ensemble ?
Fabrice :
Nous n'avions pas envie d'avoir un patron. Didier est sorti en 1984 et, moi, en 1985. Pendant un an j'ai travaillé de mon côté, mais très vite, nous nous sommes installés à notre compte en 1986. C'était une évidence que nous voulions travailler ensemble : c'est un métier où il vaut mieux être ensemble que tout seul !
Didier : Il y a déjà une relation de confiance existante, qui est très importante quand on veut s'associer. Nous tenons également énormément compte du regard des personnes plus jeunes qui travaillent avec nous. Leur avis est très important, car elles ont eu un enseignement différent du nôtre et sont ainsi plus à même de sentir les orientations de l'architecture aujourd'hui. Nous, nous avons été dans une systématisation d'une certaine architecture.
Donc, le fait qu'on ait cette structure de base donne une force à notre association ; ensuite, ces jeunes - ils ont entre 25 et 35 ans - nous permettent aussi de ne pas être dans une confrontation, une compétition, mais plutôt dans un échange.
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Didier et Fabrice Knoll : "travailler ensemble, une évidence"

Didier et Fabrice Knoll, complémentaires et complices

D. et F. Knoll - bar dans le Marais
D. et F. Knoll - bar dans le Marais © Bar dans le Marais - D. et F. Knoll
Maison à part : Comment fonctionne les échanges entre vous deux ? Votre travail au quotidien ? Un client arrive à l'agence...
Didier :
Nous le recevons tous les deux. Ensuite, suivant la taille du projet, l'un ou l'autre s'en occupe en fonction de ses affinités ou, nous le prenons en charge tous les deux.
Fabrice : Nous travaillons ensemble, il y a beaucoup d'échanges. Ce qui est important pour nous, c'est notamment de voir ensemble tout ce qui est matériaux, couleurs, lumière... Nous ne sommes pas toujours d'accord, mais c'est quelque chose qui fait notre marque. Notre savoir-faire s'exprime, en effet, avant tout à travers les associations de matériaux et leur mise en place de manière harmonieuse et technique ; après, effectivement, lorsque l'on traite des gros projets, moi, j'aime bien tout ce qui est esquisse, synthèse et mettre le projet dans une certaine direction... j'adore le dialogue avec le client ! J'aime bien traiter aussi de la partie budgétaire avec lui, c'est comme un pion d'échec : une ligne budgétaire change et cela a une conséquence sur tout le reste.
Didier - je dis souvent que c'est un back up - s'assurera quant à lui que toutes les solutions que l'on propose fonctionnent, il travaillera beaucoup le détail, s'occupera du dialogue avec les entreprises et les fournisseurs... C'est en cela que nous arrivons à couvrir l'ensemble de nos interlocuteurs.
Pour résumé, les moments qui me plaisent le plus dans un projet, c'est d'abord celui où le client se lance, où l'on décide de tout détruire et, celui à la fin, où l'on retire les bâche et que tout apparaît par miracle. Le milieu, c'est plutôt le moment de Didier !
Après, il nous arrive de nous engueuler bien sûr ! Et les personnes qui travaillent avec nous peuvent alors nous départager ou nous orienter vers un autre choix.
Didier et Fabrice Knoll, complémentaires et complices

Fabrice et Didier Knoll : une envie de culture

Hôtel de Sévigné - D. et F. Knoll
Hôtel de Sévigné - D. et F. Knoll © Hôtel de Sévigné - D. et F. Knoll
Maison à part : Comment percevez-vous votre métier aujourd'hui ? Quelle définition en donneriez-vous ? Diplômés DPLG, pourquoi ne faites-vous surtout que de l'architecture intérieure ?
Didier : Pendant nos études nous avons brassé des milliers de m2, des grands centres, des salles de spectacle, même des villes ! À la sortie de l'école nous avons voulu revenir à une échelle plus réelle, avec la connaissance des matériaux et des chantiers que nous avions.
Fabrice : Nous n'avions pas de vocation à la base. Et je rêve d'ailleurs de réaliser de grands ensembles aéroport, opéras, hôpitaux... toujours cette envie de structure et de synthétiser les besoins de plein de gens totalement différents.
Didier : Curieusement, jusqu'à présent nous n'avons pas fait de construction, mais essentiellement de l'architecture d'intérieur. Ce qui n'empêche pas d'avoir des envies.
Maison à part : Lesquelles par exemple ? Que rêvez-vous de réaliser ?
Didier : Comme je vous le disais, j'ai une formation de comédien, et je rêve de faire un théâtre ! J'ai d'ailleurs commencé à une époque à prospecter mais les places sont très prisées... Il faut vraiment être de cet univers. J'adorerais aussi faire une passerelle, parce que c'est à la fois un geste architectural et structurel, à échelle humaine.
Et, pour revenir à la scène, j'aimerais faire des scénographies pour le théâtre ou la danse. Le métier de décorateur de théâtre à l'ancienne - le décor de théâtre est aujourd'hui plus conventionnel - est d'ailleurs très complémentaire au nôtre. Je pense même que c'est le même métier ! Pour moi, l'on y travaille plus l'éclairage, le son, la volumétrie... La seule différence : pour l'un, nous sommes censés faire du durable, pour l'autre, de l'éphémère. Ce dernier est intéressant, car nous sommes alors dans un univers intellectuel que l'on ne côtoie pas forcément toujours dans notre métier.
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Fabrice et Didier Knoll : une envie de culture

Didier et Fabrice Knoll : L'humain, toujours

Didier et Fabrice Knoll : L'humain, toujours - Hôtel de Sévigné - D. et F. Knoll
Didier et Fabrice Knoll : L'humain, toujours - Hôtel de Sévigné - D. et F. Knoll © D. et F. Knoll
Didier (suite) : Mon souhait enfin est de réaliser une belle maison, avec un client qui ait un univers intellectuel intéressant. Par exemple, j'aimerais en avoir un qui me dit : "j'ai un tableau de Soulage, faites-moi ce qui va autour, concevez une salle pour ce tableau..." La découverte d'un client est toujours très intéressante, porteuse d'une richesse de réflexion : c'est vraiment un échange constant, une confiance mutuelle qui s'installe. Et là justement, s'il y a cet univers culturel, nous sommes en osmose avec notre métier. L'architecte n'est pas prestataire de service, la rencontre est importante, on se confie.
Fabrice : Nous avons pu refuser un client particulier, car nous avions l'impression qu'il nous 'achetait' comme s'il achetait un sac de luxe. Pour nous, il faut qu'il y ait une relation, un affect.
Didier : Quel que soit le client, pour nous cette relation est très importante, elle évolue pendant le projet qui peut durer deux, voire trois ans parfois ! À partir du moment où il y a une confiance qui s'installe, une véritable relation de travail, nous sommes très heureux et cela ne peut être qu'au profit de la réalisation et au profit de cette relation avec le client. Avant, il y avait un échange culturel, le client choisissait un architecte en fonction de sa sensibilité, aujourd'hui, c'est différent. C'est dommage, car il y a suffisamment d'architectes qui peuvent répondre à toutes les demandes. Le client doit aller à leur rencontre et ne pas choisir en fonction de ses seules références.
Fabrice : Dans le corporate - bureaux, hôtellerie, etc., ndlr - les réunions rassemblent souvent des gens de métiers, de cultures différentes. Ils maîtrisent parfois mal anglais, cela peut créer des obstacles... Notre métier est aussi d'essayer de comprendre les différences culturelles de tous ceux qui sont autour de cette table pour mener à bien le projet. Cet aspect humain de l'architecture m'intéresse beaucoup.
Didier : Nous sommes des architectes intimistes. Nous avons un métier qui nous permet de nous cultiver quotidiennement, c'est ce qui en fait la richesse. C'est mon défaut d'ailleurs : mon métier domine... c'est ma vie. Il prend énormément de place.
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Didier et Fabrice Knoll : L'humain, toujours

Didier et Fabrice Knoll : une démarche constructive

D. et F. Knoll - Show-room Aquaclean Geberit
D. et F. Knoll - Show-room Aquaclean Geberit © Show-room Aquaclean Geberit - ph. Yvan Moreau
Maison à part : Quelle est la réalisation dont vous êtes le plus fiers ?
Didier : C'est là où Fabrice et moi avons aussi une perception différente : je m'investis énormément dans un projet, mais une fois terminé, j'en fais systématiquement l'autocritique et je n'y vois que les choses à améliorer ! Il y a très peu de projets que j'aime encore quelques années plus tard. Il y en a un toutefois : un appartement, sur lequel nous nous étions énormément investis, parce qu'il y avait cet échange culturel dont nous parlions, avec ce client. Il y en a aussi un autre dont je suis fier : le show-room Geberit Aquaclean. Je trouve que c'est une oeuvre, parce que présenter des cuvettes de WC dans ces conditions, cela reste une belle réussite : nous avons réussi à ne pas en faire un univers ingrat. Et ce qui nous intéresse aussi c'est que cela soit un lieu public. Je pense que je vais sans doute me souvenir aussi de l'hôtel sur lequel nous travaillons actuellement... En fait chez moi, l'idée est de se dire, à chaque fois qu'un projet est fini : "chouette je vais pouvoir être meilleur sur le suivant !"
Fabrice : Contrairement à Didier, j'aime tout, peut-être moins nos premières réalisations, mais au moins ce que l'on a fait ces dix dernières années ! Parce que je considère que cela fait partie de nous, ce sont comme des enfants. Ceux dont je suis particulièrement fier, ce sont les projets à challenge. Comme le Radisson Blu Hôtel de Nice : une rénovation en sept mois et demi, intérieur et façade.330 chambres et une suite présidentielle !
Je suis surtout fier de ces projets hôteliers, car nous y sommes venus par un pur hasard, lors d'une exposition à Monaco - j'aime beaucoup le hasard parce qu'il fait souvent bien les choses. Nous nous étions énormément investis dans une des chambres témoins. Des personnes ont alors eu la gentillesse et le feeling de nous confier un petit projet, alors même que nous n'avions jamais rien fait dans ce domaine auparavant. Ce sont toutes ces rencontres que j'adore. Nous faisons de plus en plus de scénographies d'exposition (ideobain, Designers Days, Equip'Hôtel, etc.)... L'idée d'exposer vient souvent de rencontres et, par ce biais, nous développons aussi notre travail qui devient le support tangible du développement de notre architecture.
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Didier et Fabrice Knoll : une démarche constructive

Existe-t-il un "style Didier et Fabrice Knoll" ?

Didier et Fabrice Knoll - appartement
Didier et Fabrice Knoll - appartement © Didier et Fabrice Knoll
Maison à part : Pensez-vous avoir un style qui vous est propre ?
Fabrice : Il y a un gros débat intellectuel à l'agence sur 'a-t-on un style ou pas ?' Même si personne ne peut dire au premier coup d'œil, 'c'est du Knoll', je crois que les gens reconnaissent en nous des constantes. C'est d'abord toujours un travail contemporain, volumétrique - l'espace paraît plus grand après qu'on l'ait travaillé - et toujours, un travail de qualité d'éclairage, de mise en place de couleurs, de matériaux... Je pense qu'il y a une patte, un savoir-faire qui se reconnaît. Mais je ne crois pas que nous ayons un style unique.
Didier : Je rejoins Fabrice : nous ne pouvons pas dire aujourd'hui que l'on a un style. Mais je pense qu'il peut exister, à partir du moment où il y a justement ces échanges culturels entre maître d'ouvrage et architecte. Notre profession est un métier dans lequel nous devons constamment rassurer le client et ce dernier aime bien l'être par ce qu'il a l'habitude de voir, mais il est de moins en moins à même de juger quelque chose de nouveau.
Il y a dix ans, nos clients avaient un profil intellectuel plus ouvert, aujourd'hui ils sont plus fermés, parce que nous sommes de plus en plus dans un univers de compétition, de challenge. Je n'aime pas le challenge contrairement à Fabrice ! J'aime rendre un projet en temps et en heure certes, mais un challenge où c'est de plus en plus une course effrénée... la vie ce n'est pas ça. Pour moi l'architecture, c'est la vie au sens large du terme : quand on construit, c'est l'environnement que l'on offre aux gens. Donc cela ne doit pas se faire dans un challenge. Nous souhaitons pousser un cri d'alarme : il faut qu'il y ait des interlocuteurs qui soient à même de comprendre un projet d'architecture, c'est très important et nous en rencontrons de moins en moins.
Maison à part : Qu'entendez-vous par là ?
Didier : Aujourd'hui, un particulier, avant de nous contacter, aura surfé sur internet pendant des mois, il aura fait des listes des produits, et même l'impression d'avoir déjà réalisé lui-même tout son projet ! Il ne fait pas la différence entre une photographie de magazine, totalement mise en scène, et ce qu'il peut avoir chez lui.
Fabrice : Je ferai néanmoins une nuance : dans le 'corporate', il y a aussi l'aspect marque. Pour chaque boutique par exemple, il y a des codes à respecter. Mais la subtilité est de trouver une architecture qui nous soit propre, ainsi qu'au lieu et à la marque... C'est le trio indispensable. Et c'est à ce moment-là où la conversation se crée, délicate mais passionnante. La différence avec le début de notre carrière, c'est que nos interlocuteurs aujourd'hui ne maîtrisent pas toujours leurs propres besoins.
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Existe-t-il un "style Didier et Fabrice Knoll" ?

D. et F. Knoll : le choix de l'architecte

Radisson Blu hôtel, Nice - D. et F. Knoll
Radisson Blu hôtel, Nice - D. et F. Knoll © D. et F. Knoll
Maison à part : Pour vous, choisir un architecte, qu'est-ce que cela veut dire ?
Didier : C'est à la fois valable pour le particulier et le client corporate. Choisir un architecte, ce n'est pas se dire : cela va me coûter plus cher. Ensuite, choisir un architecte cela sera une aventure agréable, aussi bien pour le client que pour le professionnel qui apprendront mutuellement beaucoup de choses ; c'est être orienté vers les meilleurs choix et ne pas se faire 'vampiriser' par les discours des entreprises. Choisir un architecte c'est se libérer d'énormément de contraintes pour le client, c'est alléger son temps et ses pensées. C'est aussi être ouvert : si un client a une vision au départ et que l'architecte lui dit qu'elle peut être encore meilleure, il doit lui faire confiance !
L'architecte a un rôle d'écoute et un rôle pédagogique face au client. Il faut que tous les deux oublient leur ego. Aujourd'hui, nous sommes souvent confrontés à des clients qui savent tout. C'est pareil dans beaucoup de professions : comme chez les médecins qui voient des patients arriver avec leur propre posologie ! Il faut changer tout cela !
Maison à part : Quelle est la rencontre que vous auriez aimée faire ?
Fabrice : Moi je peux vous répondre, car je l'ai faite ! J'ai eu une chance incroyable qui m'a servi de leçon, je pense, pour toute ma vie. Je suis amateur d'opéra et je voulais travailler la scénographie. J'avais 23 ans, je suis allé écouter Carlo Maria Giulini - un grand chef d'orchestre italien, ndlr - à Pleyel. Je suis allé le rencontrer et sans honte, je lui ai donné une petite carte disant que je voulais travailler avec lui... Le lendemain, il m'a téléphoné en s'excusant humblement, me disant qu'il ne faisait pas d'opéra, ce qui est extraordinaire pour un maestro qui devait avoir 70 ou 75 ans ! Ce fut la leçon de ma vie, qu'un homme de cette stature puisse appeler un petit architecte qui n'était rien du tout : cela m'a beaucoup appris, cela me permet, encore aujourd'hui, de faire la part des choses.
Didier : J'ai eu également une très belle rencontre : Alexandre Trauner, l'un des plus grands décorateurs de cinéma, qui a travaillé avec Carné, Orson Welles, Billy Wilder. Et j'ai eu aussi une grande leçon d'humilité, parce que c'est quelqu'un qui, contrairement à beaucoup de gens aujourd'hui, était disponible, malgré un métier très prenant. C'était tout de suite après mes études. Aujourd'hui les époques ont changé, on croit que l'on ne peut pas avoir la possibilité de rencontrer les gens spontanément, autrement que par l'entremise d'un réseau social. Nous, nous recevons les personnes qui envoient des candidatures spontanées car ils ont osé et présentent donc une motivation supplémentaire.
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D. et F. Knoll : le choix de l'architecte

D. et F. Knoll : de l'art avant toute chose

Luminaire à emporter partout - F. Knoll
Luminaire à emporter partout - F. Knoll © Avec Soi - Design F. Knoll, 2010
Maison à part : Quel est le projet le plus fou que vous aimeriez que l'on vous propose ? Ou peut-être vous l'a-t-on déjà proposé ?
Didier : Non mais, justement, voilà : nous aimerions que l'on nous propose un projet complètement fou ! Nous avons, peut-être, une image d'architectes trop sérieux, mais en réalité, nous ne le sommes pas du tout! Nous aimerions vraiment rencontrer des maîtres d'ouvrages qui nous permettent de traduire cette folie !
Maison à part : Considérez-vous ce que vous faites comme de l'Art ?
Didier : Je ne pense pas avoir fait de l'art jusqu'à présent. Nous faisons un métier artistique, mais ce n'est pas de l'art.
Fabrice : C'est le côté un peu nihiliste et autocritique de Didier ! Nous faisons un métier artistique et nous avons quand même l'art de combiner pleins de choses entre elles ! Je pense que l'architecture devient de l'art, lorsque le maître d'ouvrage vous donne carte blanche.
Didier : L'œuvre d'art, c'est en premier lieu la conjonction d'un maître d'ouvrage et d'un architecte, c'est pour cela qu'on est à la recherche d'un maître d'ouvrage plus impliqué dans la sphère culturelle, au moins très féru en art, même si nous en avons eu des intéressants et très sympathiques avec lesquels nous continuons d'entretenir de très bonnes relations.
Maison à part : Vous êtes tous les deux très attachés à l'art, c'est de famille ?
Fabrice : Nous avons été initiés très tôt à la lecture, au cinéma et au théâtre, nous allions dans les musées, voir les belles choses. Mais nous sommes la première génération d'architectes créateurs dans notre famille ! La lecture est indispensable à notre vie à tous les deux : enfant c'était pour moi, un livre par jour, puis étudiant, un livre par semaine, ensuite un livre par mois... On se laisse vite entraîner par la vie professionnelle : il faut savoir se ménager des plages qui n'en sont pas. Je pense que c'est grâce à cela que je peux prendre plus de distance sur un projet, parce que je sais qu'il n'y a pas que ça dans la vie. Comme Didier, j'écris aussi de la poésie et du théâtre, de facture correcte à défaut d'être géniale ! J'ai un carnet de notes, toujours avec moi. Nous avons toujours et tous les deux les sens en éveil pour regarder tout ce qui se passe autour de nous. Notre movida est aussi très intellectuelle !
Maison à part : Pensez-vous que votre métier est un vecteur d'engagement ? J'ai l'impression que pendant cette interview, vous n'avez eu de cesse de le démontrer : pour vous il est aussi une démarche au profit de la culture...
Fabrice : Nous sommes architectes. Intimement et profondément architectes, à chaque heure de notre vie, dans tout ce que l'on fait. Il y a un côté humain très fort. Donc, forcément nous essayons de l'appliquer à notre vie personnelle. Il y a également beaucoup d'intégrité dans ce métier, ce que l'on doit avoir forcément dans sa vie personnelle.
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D. et F. Knoll : de l'art avant toute chose

D. et F. Knoll : un grain de folie... humaniste, toujours !

Take your time, poufs - Design D. Knoll pour Tonon
Take your time, poufs - Design D. Knoll pour Tonon © ph. Yvan Moreau
Maison à part : Quelle est votre actualité ?
Fabrice : Nous avons plusieurs projets hôteliers, dont un à Lille, très important, près du grand stade. Nous continuons la rénovation de l'hôtel de Sévigné, nous travaillons également sur des salles de séminaires à Boulogne, le Studio bar d'Equip'Hôtel et le développement de produits avec des industriels. Il y a beaucoup de choses en cours et beaucoup d'autres arrivent.
Maison à part : Un dernier mot, en aparté ?
Didier : Nous aimerions pouvoir réaliser un lieu public qui soit notre annexe au bureau... Un endroit où l'on pourrait recevoir des amis, nos clients, faire des fêtes, oui, nous voudrions aujourd'hui faire des fêtes !
Fabrice : J'aimerais plus tard avoir une fondation qui puisse aider les gens mais, en attendant, j'aimerais que les personnes qui sont déjà impliquées nous fassent participer à leur projet. Et également, qu'il y ait plus d'actions communes, de happenings funs, entre différents types de professions artistiques et décoratives ! Et sans prétexte de marketing ou autre !
Découvrez d'autres réalisations de Didier et Fabrice Knoll, en pages suivantes.
Propos recueillis par Pauline Polgar
NB : Tous les modèles et concepts présentés dans ce diaporama sont déposés par Didier & Fabrice Knoll.
Agence Didier & Fabrice Knoll, architecture et design, Paris.
D. et F. Knoll : un grain de folie... humaniste, toujours !

Fabrice Knoll, une histoire de salle de bains

Designer's Days 2011, salle de bains - F. Knoll
Designer's Days 2011, salle de bains - F. Knoll © Designer's Days 2011 - F. Knoll
Ci-contre, un concept de salle de bains nomade décalée, par Fabrice Knoll, une scénographie pour B'Bath, Designer's Days 2011.
Fabrice est également l'auteur de Bien concevoir sa salle de bains, retrouvez l'article sur Maison à part.
Fabrice Knoll, une histoire de salle de bains

Design pour la salle de bains

Panneaux de douche Waterwings - F. Knoll
Panneaux de douche Waterwings - F. Knoll © Panneaux de douche Waterwings - F. Knoll
Panneaux de douche et mitigeur "Waterwings" par Fabrice Knoll, 2011
Des prototypes réalisés par AXOR pour le designer, "des formes organiques pour une expérience de caresses aquatiques", explique-t-il. Vus sur le salon Idéobain 2012, sur l'espace Modes de bains, scénographié par Fabrice Knoll.
Design pour la salle de bains

Didier Knoll, designer de mobilier

Table basse Kromos'home - D. Knoll
Table basse Kromos'home - D. Knoll © photo Yvan Moreau
Table basse Kromos'home
Mobilier design par Didier Knoll, 2009.
Didier Knoll, designer de mobilier

Concept de junior suite

Boutique hôtel - Knoll
Boutique hôtel - Knoll © Ph. Yvan Moreau
Boutique hôtel, 2009 : un concept de junior suite mixant design moderne et matières naturelles. Réalisation Didier et Fabrice Knoll.
Concept de junior suite

Challenge - En aparté avec Didier et Fabrice Knoll, architectes et designers

bureaux de direction - Knoll
bureaux de direction - Knoll © ph. Yvan Moreau
Bureaux de direction d'une société française du CAC 40 dans une tour IGH (immeuble de grande hauteur) à La Défense, 2007.
"Un projet challenge à plus d'un titre : travail en site occupé, donc possible uniquement la nuit, compagnie prestigieuse mais discrète... De très grands interlocuteurs côté maître d'ouvrage."
Challenge - En aparté avec Didier et Fabrice Knoll, architectes et designers

Concept hôtelier - En aparté avec Didier et Fabrice Knoll, architectes et designers

D. et F. Knoll - concept hotelier
D. et F. Knoll - concept hotelier © D. et F. Knoll
Concept hôtelier signé Didier et Fabrice Knoll, montrant toutes les utilisations possibles du verre Saint Gobain dans une chambre d'hôtel, 2011.
Concept hôtelier - En aparté avec Didier et Fabrice Knoll, architectes et designers

Concept de salle de bains préfabriquée

Concept salle de bains préfabriquée
Concept salle de bains préfabriquée © F. et D. Knoll
Concept de salle de bains préfabriquée réalisé en 2010 pour une chaîne d'hôtels 3* : " un outil indispensable pour une rénovation facile, en site occupé, sur un budget maîtrisé."
Concept de salle de bains préfabriquée

Revêtement vynil mural - F. Knoll

Shadow, Knoll
Shadow, Knoll © Fabrice Knoll pour Muraspec
Shadow, 2011
Revêtement vynil mural créé par Fabrice Knoll pour MURASPEC.
Disponible en quatre coloris
Revêtement vynil mural - F. Knoll
 
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