Tapisserie
Tapisserie : l'envers du décor
Fort de ses trente ans de carrière, Jacques Leclerc est désormais à la tête de trois boutiques de tapisseries parisiennes où les meubles attendent leur cure de jouvence. Cet amoureux de tissus a accepté de nous faire visiter les coulisses son petit atelier situé aux portes de la capitale. Immersion dans un monde où le textile est roi.
C’est à Boulogne, dans un tout petit atelier chargé d’étoffes aux mille couleurs, que le tapissier Jacques Leclerc a établi le cœur de sa petite entreprise. Ses salariés Michel, Guillaume et Abib - respectivement 20 ans, 15 ans et 48 ans de métier - s’y activent pour redonner un coup de jeune aux canapés, chaises et autres fauteuils vieillissants entassés dans un chaleureux désordre.
Travail artisanal
Ici, l’espace est réduit et chacun doit rivaliser d’inventivité pour gagner un peu de place entre les rouleaux de tissus, les meubles et les outils. Abib travaille sur un duo de canapés à retapisser entièrement. Le cadre couleur lit de vin a été fait mais il reste encore une montagne de gros coussins à habiller. "Il faut compter huit jours de travail", explique le tapisser tout en mesurant et en découpant l’étoffe. "Rien que pour les coussins, environ dix huit mètres de tissus sont nécessaires", ajoute-t-il. A côté, Guillaume s’affaire sur une petite chaise paysanne très abimée. Pour l’heure, il n’est pas encore question de la tapisser car la traverse arrière est cassée et il doit donc la réparer. Car ces artisans du textile ont des talents cachés et sont aussi capables de travailler le bois. "Nous faisons un métier où il faut savoir être bricoleur", explique Guillaume. A l’autre bout de l’atelier, Michel intervient quant à lui sur un gros canapé. A l’origine, le meuble était recouvert de velours bleu, mais son propriétaire a souhaité moderniser son aspect et a choisi un tissu à motifs beaucoup plus fin, tout en restant dans les tons de départ. "Il faut tout refaire de A à Z sur ce meuble", explique Michel tout en découvrant le canapé jusqu’aux ressorts. Temps de travail estimé pour le remettre à neuf : au moins cinq jours. Puis, les couturières prendront le relai pour réaliser toutes les finitions(volants, raccords...).
Le bon choix
Mais avant d’atterrir dans cet atelier, les meubles sont soigneusement examinés en magasin ou chez le client pour déterminer le genre de lifting dont ils ont besoin. Le choix du tissu est alors déterminant. "Les clients arrivent parfois avec un tissu qu’ils ont préalablement choisi", explique Stéphanie, vendeuse dans l’une des trois boutique de Jacques Leclerc. "Pour ce fauteuil "régence", ajoute-t-elle en désignant une chaise éventrée en attente de réfection complète, la cliente a apporté son tissu du marché Saint-Pierre". Reste que la plupart des clients ont souvent besoin de conseils avant de faire un choix et achètent généralement le tissu chez le tapissier. Quel style de tissu recherchez-vous (rayé, à poids, léger ...) ? Où est placé le meuble à tapisser ? Quel est son usage ? Quelles couleurs et quel mobilier y-a-t-il dans la pièce ? Y a-t-il des enfants dans la maison ? Telles sont les questions d’usage que pose Stéphanie aux personnes qui font appel à ses lumières.
La tapisserie au cœur des tendances
Le budget à prévoir s’étend sur une fourchette assez large : de 50 €, à 250 € par mètre linéaire, et parfois même au-delà. Exemple d’un magnifique fauteuil "restauration" qui vient d’être remis en état : le tissus moderne Zimmer + Rohde a été facturé 190 €, et il faut y ajouter 340 € pour la réfection, soit un total de 530 € (voir photo). Tel est le prix du travail artisanal bien fait. Et avec ses trente ans de carrières, Jacques Leclerc qui a commencé son activité en solo sait de quoi il parle. Tombé dans la tapisserie étant petit - il a été formé par son père qui était lui-même tapissier - il a étoffé une clientèle qui serait devenue selon lui "beaucoup plus exigeante". Mais qui a su lui rester fidèle tout en adaptant sa demande aux nouvelles tendances. "On ne fait quasiment plus de tentures murales", remarque Jacque Leclerc avant d’ajouter : "auparavant, on venait surtout me voir pour des cabriolets (petits fauteuils ndlr) mais aujourd’hui, on nous demande beaucoup plus de rideaux et de décoration intérieure", ajoute-t-il. Et si l’on en croit notre interlocuteur, le velours de gêne très demandé à une époque fait désormais place à des tissus plus modernes où se mêlent harmonieusement différentes matières.
D’après Jacques Leclerc, il y aurait de moins en moins de tapissiers, mais il reste optimiste : "on marche beaucoup avec les meubles de famille, et en période de crise, je m’aperçois que les gens s’occupent d’avantage de leur intérieur". Et à voir les meubles qui s’amoncèlent dans sa boutique, la tapisserie semble avoir encore quelques beaux jours devant elle.
Ateliers Leclerc Tapisserie décoration
58/58 bis rue de Carnot
92 100 Boulogne
01 46 03 55 65
Pour avoir un aperçu de l’atelier Leclerc, cliquez sur suivant.
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