La première chaise d'Ionna Vautrin, de Notre-Dame à la maison

    Publié le 1 avril 2026 par Claire Tardy
    Ionna Vautrin
    Ionna Vautrin © Michel Giesbrecht
    RENCONTRE. Sa première chaise, Ionna Vautrin l'a conçue pour Notre-Dame de Paris, en réponse à la disparition du mobilier lors de l'incendie de 2019. Un peu plus d'un an plus tard, la designer, qui a ouvert son propre studio en 2011 après avoir remporté le Grand prix de la création de la ville de Paris, revient sur ce projet exceptionnel. Elle révèle également la manière dont elle en prolonge aujourd'hui l'esprit des assises de Notre-Dame de Paris pour l'univers domestique.
    Concevoir votre première chaise pour Notre-Dame de Paris constituait un défi hors norme : comment avez-vous abordé ce projet à la fois symbolique, patrimonial et fonctionnel ?
    Fin 2022, un appel d'offres fermé a été lancé par le Diocèse de Paris pour concevoir l'ensemble du mobilier de la cathédrale Notre-Dame de Paris destiné au public. Mon nom a alors été proposé, et j'ai eu l'opportunité de présenter ma vision de la chaise à un jury réunissant des représentants du Diocèse de Paris, du ministère de la Culture et des Architectes des Bâtiments de France.
    Mon intention était d'instaurer un dialogue subtil entre ce mobilier contemporain et l'architecture gothique de la cathédrale millénaire. J'ai commencé a dessiné et mon association avec la manufacture Bosc a fini de les convaincre car c'est une entreprise française labellisée Entreprise du Patrimoine Vivant, qui transmet son savoir-faire en menuiserie et ébénisterie depuis trois générations.
    Ce projet était particulièrement intéressant pour tout l'écosystème sur lequel il fallait s'appuyer. En plus de l'accroche historique, patrimoniale et populaire importante, il a fallu chercher à savoir à qui allaient s'adresser les chaises, se pencher sur l'intensité de leur usage et respecter un cahier des charges très lourd, avec beaucoup de normes.
    La démarche est très différente de celle du marché domestique. Dans l'habitat, on sait précisément à qui l'on s'adresse et le confort prime avant tout. Ici, il s'agissait de concevoir des assises à la fois confortables, mais aussi capables de maintenir l'attention pour suivre un office, une longue célébration ou un concert.
    Les chaises de Notre-Dame
    Les chaises de Notre-Dame © Raf Studio
     
    En quoi l'histoire et l'architecture de la cathédrale ont-elles influencé vos choix de formes, de matériaux et de proportions ?
    Les chaises ont été pensées comme un ensemble, une marée de chaises tapisse la nef. Le rappel avec l'architecture du lieu est subtil car le cahier des charges préconisait des chaises dites "silencieuses", pas uniquement sur le plan acoustique mais aussi en termes de présence. Elles sont conçues pour être au service de la liturgie et de l'édifice patrimonial.
    En chêne massif pour faire écho à la forêt de Notre-Dame, comprenez sa charpente, la chaise est archétypale et minimale. Son dossier est volontairement abaissés pour qu'elle puisse servir de prie-Dieu tout en dégageant un horizon bas dans la cathédrale. Cette proportion leur confère un statut d'humilité et de silence dans la perspective de la nef.
    Les barreaux génèrent de subtils jeux d'ombre et de lumière, tandis que les pieds cylindriques et l'arche à l'arrière du dossier évoquent les éléments architecturaux de la cathédrale. Sous l'assise, une structure en bois vient également dialoguer avec le damier du sol de Notre-Dame. Ainsi, quel que soit l'angle de vue, l'œil n'est jamais dérouté.
    La chapelle
    La chapelle © Raf Studio
     
    Un an après, avec quel regard revenez-vous sur ce projet : a-t-il marqué un tournant dans votre parcours ?
    La manufacture Bosc a vraiment été une belle rencontre pour moi. En France, il n'y a plus beaucoup de savoir-faire comme celui-ci, d'entreprises capables de travailler la menuiserie et l'ébénisterie de cette manière, en grande série. Notre collaboration a été une telle réussite que nous développons aujourd'hui de nouveaux produits ensemble.
    Depuis les chaises de Notre-Dame, nous avons notamment aménagé une chapelle pour le Diocèse de Paris et nous travaillons sur du mobilier pour le résidentiel. Tous ces projets ont en commun la rigueur formelle, la précision des détails et l'exigence au service des lieux et des usages.
    La chaise Sista
    La chaise Sista © Sebastien Chebassier
     
    Comment avez-vous réussi à prolonger l'esprit de cette création dans des pièces destinées à l'univers domestique, tout en les rendant accessibles à un autre contexte ?
    La chaise de Notre-Dame de Paris ne peut pas être commercialisée car elle appartient au Diocèse. Avec Bosc, nous avons donc décidé de développer une autre chaise qui reprend le même vocabulaire, structurel et formel, mais avec son propre caractère.
    Sista a hérité de la structure et de l'élégante simplicité de sa grande sœur, mais avec une identité adaptée à l'univers domestique. Aussi graphique et ouvragée que la chaise de Notre-Dame de Paris, la Sista est composée de deux dossiers enveloppants qui marquent sa personnalité cossue.
    La collection Sista s'est déjà agrandie d'une table, avec un plateau épais pour rappeler le dossier de la chaise. Elle a été pensée pour le résidentiel et les bureaux, puisqu'il est possible d'y intégrer de la connectique selon les besoins et les usages. Nous travaillons aussi sur des chaises hautes et un bridge pour agrandir un peu plus la gamme.
    La première chaise d'Ionna Vautrin, de Notre-Dame à la maison
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