Flos, la lumière en héritage

    Publié le 15 octobre 2026 par Sonia Taourghi
    Le lampadaire Arco, dessiné en 1962 par Achille et Pier Giacomo Castiglioni, éclaire une table sans fixation au plafond grâce à son arc d'acier et à son socle de marbre.
    Le lampadaire Arco, dessiné en 1962 par Achille et Pier Giacomo Castiglioni, éclaire une table sans fixation au plafond grâce à son arc d'acier et à son socle de marbre. © Flos
    SAGA. En 1962, à Merano, deux éditeurs et un importateur fondent Flos autour d'un matériau venu des États-Unis. Six décennies plus tard, la maison italienne a signé certaines des lampes les plus reconnaissables du XXe siècle, que l'on retrouve aussi bien dans les salons que dans les grands hôtels.
    Il suffit parfois d'un arc d'acier au-dessus d'une table pour reconnaître un intérieur de designer. L'Arco, comme la Snoopy ou les sphères en équilibre des IC Lights, appartient à une famille de luminaires que l'on identifie au premier regard, sans toujours connaître leur éditeur. Derrière elles se trouve Flos, une entreprise italienne qui a fait de la lumière un terrain d'expérimentation. Son histoire commence avec un procédé chimique et se poursuit aujourd'hui dans les halls d'hôtels du monde entier.

    Tout commence avec le cocoon

    En 1959, Arturo Eisenkeil, importateur installé à Merano, dans le Haut-Adige, cherche des débouchés pour un revêtement plastique fabriqué aux États-Unis : le cocoon, une résine que l'on applique par pulvérisation. Il s'associe à deux figures du design italien de l'après-guerre, l'éditeur Dino Gavina et Cesare Cassina, issu de la célèbre famille de fabricants de meubles. Ensemble, ils fondent Flos en 1962. Le nom signifie « fleur » en latin, et l'architecte Pier Giacomo Castiglioni l'aurait lui-même proposé.
    Le procédé séduit tout de suite les designers. On projette la résine sur une armature métallique en rotation, qui se couvre d'une peau translucide et diffuse une lumière douce. Les frères Achille et Pier Giacomo Castiglioni dessinent ainsi les suspensions Viscontea et Taraxacum, puis la lampe Gatto. Tobia Scarpa signe de son côté la Fantasma. Flos fabrique toujours ses pièces en cocoon selon la même technique.
    La suspension Taraxacum d'Achille et Pier Giacomo Castiglioni, l'une des premières lampes en cocoon éditées par Flos au début des années 1960.
    La suspension Taraxacum d'Achille et Pier Giacomo Castiglioni, l'une des premières lampes en cocoon éditées par Flos au début des années 1960. © Flos
     

    1962, l'année des classiques

    Dès sa première année, Flos lance des pièces devenues des classiques : l'Arco, la Toio, la Taccia et la Relemme, toutes signées par les frères Castiglioni et toujours au catalogue. L'Arco répond à un problème très concret : éclairer une table de salle à manger sans point lumineux au plafond. Son long arc d'acier, lesté par un socle de marbre, porte le réflecteur au-dessus des convives tout en restant posé à distance. La Toio, elle, détourne un phare de voiture pour en faire un lampadaire. Les Castiglioni partent d'objets existants et de gestes du quotidien pour inventer des formes nouvelles, une méthode qui deviendra la signature de la maison.
    En 1964, l'entreprise quitte Merano pour la province de Brescia, d'abord à Nave puis à Bovezzo, où elle a toujours son siège. Sergio Gandini en prend la présidence en 1965 et transforme l'atelier d'expérimentation en entreprise industrielle.

    Une reconnaissance internationale

    Les années suivantes voient naître d'autres pièces familières. La Snoopy (1967), lampe de table en marbre et métal émaillé, emprunte son nom au chien de bande dessinée. La Parentesi, conçue en 1971 par Achille Castiglioni et Pio Manzù, devient en 1979 la première création Flos récompensée par un Compasso d'Oro, la plus haute distinction du design italien. En 1972, Flos participe à l'exposition "Italy: The New Domestic Landscape" du MoMA, à New York, qui fait découvrir le design italien au public américain.
    Les années 1990 ouvrent la maison à une nouvelle génération. Philippe Starck dessine la Miss Sissi (1991) puis la Romeo Moon (1995). En fin de décennie, Jasper Morrison imagine la Glo-Ball, une sphère de verre opalin, et Konstantin Grcic la Mayday, une baladeuse en plastique pensée pour passer de la cuisine au jardin.
    La lampe de table Snoopy, éditée par Flos depuis 1967, associe un socle de marbre à un abat-jour en métal émaillé.
    La lampe de table Snoopy, éditée par Flos depuis 1967, associe un socle de marbre à un abat-jour en métal émaillé. © Flos
     

    De la LED aux projets sur mesure

    A la fin des années 1990, Piero Gandini, fils de Sergio, prend les commandes. Il oriente l'entreprise vers la LED et l'éclairage architectural. En 2005, Flos rachète l'espagnol Antares et crée Flos Architectural. La marque s'organise aujourd'hui en quatre pôles : Decorative, Architectural, Outdoor et Bespoke, ce dernier consacré aux projets sur mesure.
    Côté création, Michael Anastassiades devient l'une des signatures de la maison. Ses IC Lights, lancées en 2014, posent une sphère de verre en équilibre sur une fine structure de métal, comme un geste de jongleur. Edward Barber et Jay Osgerby, Marcel Wanders, Patricia Urquiola ou Erwan Bouroullec, qui a dessiné le système mural Maap, enrichissent un catalogue qui ne néglige pas ses archives. En 2025, Tobia Scarpa a retravaillé sa lampe Seki-Han avec les équipes de recherche de Flos pour l'adapter aux matériaux et technologies actuels.
    Les IC Lights de Michael Anastassiades, lancées en 2014, existent en versions table, lampadaire, suspension et applique.
    Les IC Lights de Michael Anastassiades, lancées en 2014, existent en versions table, lampadaire, suspension et applique. © Flos
     

    Des salons aux grands hôtels

    Flos séduit autant les particuliers que les hôteliers. En France, on trouve la marque chez les revendeurs spécialisés et dans les grands magasins comme les Galeries Lafayette, où la Snoopy s'affiche autour de 1.220 euros et la petite lampe Bilboquet autour de 290 euros. Ces pièces se transmettent et se réparent : Flos vend toujours des pièces détachées pour ses modèles.
    Les hôtels y voient un double avantage : des objets reconnaissables, qui donnent une identité immédiate à un lieu, et une capacité à concevoir des projets entiers. Sur le lac de Côme, l'hôtel Il Sereno, aménagé par Patricia Urquiola, réunit ainsi la Snoopy, les IC Lights, la Serena ou encore la Bon Jour. A Anvers, l'architecte belge Vincent Van Duysen a fait appel à Flos Bespoke pour des luminaires sur mesure à l'Hotel August, installé dans un ancien couvent. A Milan, l'Hotel Colombo, conçu par l'architecte Max Minoja, associe notamment la Taccia et la Find Me.
    A l'hôtel Il Sereno, sur le lac de Côme, Patricia Urquiola a choisi plusieurs luminaires Flos, dont la Snoopy et les IC Lights.
    A l'hôtel Il Sereno, sur le lac de Côme, Patricia Urquiola a choisi plusieurs luminaires Flos, dont la Snoopy et les IC Lights. © Il Sereno / Flos
     

    Un héritage qui dépasse la lampe

    L'Arco et la Taccia sortent des ateliers sans interruption depuis 1962, un cas rare dans l'industrie du luminaire. Les pièces en cocoon des débuts circulent sur le marché du vintage, où les collectionneurs recherchent les premières éditions. Les modèles phares ont aussi été abondamment copiés, signe que leur dessin a façonné la manière dont on imagine une lampe contemporaine.
    Depuis 2018, Flos appartient au groupe Flos B&B Italia, d'abord baptisé Design Holding, aux côtés de B&B Italia ou Maxalto. En 2026, la marque a éclairé avec B&B Italia la Casa Italia des Jeux olympiques d'hiver de Milan Cortina, preuve que l'entreprise reste associée à l'image du design italien.
    B&B Italia la Casa Italia des Jeux olympiques d'hiver de Milan Cortina éclairée par Flos
    B&B Italia la Casa Italia des Jeux olympiques d'hiver de Milan Cortina éclairée par Flos © B&B Italia / Flos
     
    Plus de soixante ans après sa création, Flos continue de rééditer ses pièces historiques tout en confiant de nouvelles idées à des designers venus du monde entier. Ses meilleures lampes ont un point commun : elles répondent à un usage précis. C'est sans doute ce qui leur permet de passer d'une génération à l'autre, et d'un salon à un hall d'hôtel, sans prendre une ride.
    Flos, la lumière en héritage
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