La BNF Richelieu retrouve ses lettres de noblesse après 12 ans de travaux

    Publié le 20 septembre 2022 par Lilas-Apollonia Fournier
    BNF Richelieu jardin
    BNF Richelieu jardin © Takuji Shimmura
    Un chantier de restauration d'ampleur a été mené sur ce site parisien de renom, qui vient de rouvrir ses portes après 12 années de travaux. Visite en images de ce bâtiment exceptionnel, marqué par trois siècles d'histoire.
    Dix mille visiteurs se sont massés à l'ouverture de la Bibliothèque nationale de France (BNF) Richelieu, dans le IIe arrondissement de Paris. Lors des Journées européennes du patrimoine les 17 et 18 septembre 2022, le public est venu nombreux découvrir la restauration de ce lieu emblématique de la capitale. Le site Richelieu a ainsi rouvert, après une douzaine d'années de travaux.
    C'est une véritable transformation : la BNF Richelieu devient à la fois un musée, une bibliothèque, un haut lieu de recherche et de culture mais aussi un espace de promenade. La restauration de ce site, situé en plein cœur de Paris, a été imaginée par l'agence Atelier Bruno Gaudin Architectes. Les espaces classés ont été traités par Jean-François Lagneau et Michel Trubert, architectes en chef des monuments historiques, qui ont eu la charge de restaurer les décors.
    L'idée de cette rénovation était de comprendre le site, de souligner ses qualités architecturales, de raviver son histoire mais aussi de "faire avec les contraintes et articuler l'existant avec le projet sans rupture", estime Bruno Gaudier, lors de la visite de presse à laquelle nos collègues de Batiactu ont assisté. Pour l'agence, chaque pièce est un projet en soit, qu'elle soit classée, inscrite ou non protégée au titre des Monuments historiques.
    Halls, salles de lecture, magasins réservés, bureaux et ateliers cohabitent. Surtout, des nouvelles distributions horizontales et verticales ont été créées. Une intervention "majeure" qui génère un changement fondamental dans l'organisation du bâtiment. "C'est un chantier d'envergure d'exception et de longue haleine", concède Virginie Brégal, architecte mandataire. Visite des lieux en images.
    La BNF Richelieu retrouve ses lettres de noblesse après 12 ans de travaux

    Un site dégradé

    BNF Richelieu salle lecture manuscrits musique
    BNF Richelieu salle lecture manuscrits musique © Takuji Shimmura
    Le site forme un rectangle de bâtiments, construits entre les XVII et XVIIIe siècles, avant que l'ensemble ne s'unifie au XIXe siècle. Durant ces trois siècles d'utilisation, le bâtiment n'a eu de cesse de se transformer et de subir agrandissements, démolitions et densifications, pensées par de grands architectes. Il existait ainsi parfois jusqu'à 14 niveaux de planchers. Une trentaine d'escaliers existants composaient l'ensemble mais n'étaient pas organisés les uns avec les autres, et desservaient des salles de façon aléatoire. Cette rénovation permet de donner une cohérence à cet ensemble, dont l'enveloppe unitaire et ordonnée des façades en pierre dissimule les modifications menées.
    Surtout, les espaces intérieurs étaient très dégradés. Pour l'Atelier Gaudier, il n'était pas question d'oublier les trois siècles d'histoire du site et sa richesse patrimoniale. Les architectes se sont donc retrouvés confrontés à de nombreuses difficultés : ruptures de niveaux, culs de sacs, dispersion des circulations, densifications par strates ou par "îlots"... Les défis étaient nombreux dans cet espace de 69.000 m². Le cabinet des estampes a, par exemple, bénéficié d'une remise aux normes de la sécurité, d'une restauration des verrières et d'une transformation des logettes en salles de réunion.
    Un site dégradé

    Une nouvelle entrée et un hall

    BNF Richelieu hall Vivienne
    BNF Richelieu hall Vivienne © Takuji Shimmura
    Une entrée rue Vivienne a été créée sur le jardin éponyme. "Elle permet de renouveler le regard sur ce site patrimonial", estime Bruno Gaudier. Un vaste hall traversant et lumineux accueille ici les visiteurs. Une mezzanine a été démolie pour offrir une plus grande hauteur sous plafond. Trois façades autrefois "à l'arrière", deviennent ainsi des façades d'entrée sur les halls Vivienne et Roux-Spitz. "Entre cour et jardin, le hall traversant symbolise ce lien entre le monde des chercheurs et les nouveaux publics", considère Bruno Gaudier.
    Un nouvel escalier d'honneur, monumental, occupe le centre de la pièce. La structure de maçonnerie sous l'escalier existant a été supprimée. En effet, "un escalier existant de 25 mètres de long a été déplacé", révèle Virginie Brégal. Le volume de pierre ancien, en triple arcature, est conservé et l'escalier, en acier et aluminium massif, semble suspendu. Il relie désormais des passerelles et laisse entrer la lumière. Au premier étage se trouve le musée, appelé la galerie de verre.
    Une nouvelle entrée et un hall

    La majestueuse salle ovale

    BNF Richelieu salle Ovale
    BNF Richelieu salle Ovale © Takuji Shimmura
    C'est le joyau de la BnF Richelieu. La salle ovale est la pièce maîtresse imaginée par l'architecte Henri Labrouste. Elle accueille aujourd'hui un nouveau programme, en permettant d'être à la fois une salle de lecture en accès libre et un parcours de médiation. Environ 8.000 bandes dessinées sont par exemple abritées dans cet espace. Une restauration complète de la salle a été faite, tout en conservant le mobilier existant. Quelques mobiliers neufs en chêne et en bois peint couleur aluminium ont toutefois été ajoutés, qui rappellent la forme ovale de la pièce. Des passages ont été édifiés, tout comme des places multimédias et des places assises dans le coin des collections sonores. Le projet d'éclairage offre une lumière diffuse. La verrière est dotée d'un verre légèrement plus transparent pour laisser pénétrer une lumière naturelle. Les portes situées aux quatre points cardinaux ont été remplacées pour des portes vitrées.
    "Nous avons créé une vraie entrée à cette salle et l'avons repensée comme un espace transformable, qui peut à la fois être un lieu de médiation, de lecture ou de conférences", raconte Virginie Brégal. Accorder plusieurs usages à la salle ovale, inaugurée en 1936 et destinée à la recherche jusqu'en 1998, est un concept nouveau. "Cet espace, atypique, a bénéficié d'une étude particulière afin d'accueillir le public. Il a dû être validé par les pompiers. Le public n'a cependant pas accès aux trois coursives que nous avons créées", confie l'architecte.
    La majestueuse salle ovale

    Des distributions différentes

    BNF Richelieu circulation
    BNF Richelieu circulation © Takuji Shimmura
    "Les escaliers et ascenseurs sont disposés de manière à s'immiscer dans les interstices de l'édifice, entre les grandes pièces (patrimoniales ou non), sans en perturber l'unité", note l'architecte. Un grand chantier de démolition a été nécessaire pour permettre cela. Des escaliers en métal, composés de marches en caillebotis d'aluminium, sont insérés dans des grands fûts en béton ou en pierre. Des colonnes de puits de lumière apportent une lumière naturelle. Ces distributions partagées par les usagers et agents de la BNF agissent comme des "lieux de rencontres entre les différents départements, autrefois isolés les uns des autres".
    Des distributions différentes

    Les galeries Mansart et Mazarin

    BNF Richelieu galerie Mazarin
    BNF Richelieu galerie Mazarin © Atelier Gaudin
    Les usagers entrent dans la galerie Mansart, bâtie en 1644, en passant par la rotonde de l'escalier, au centre du hall. La galerie est utilisée comme espace d'expositions temporaires. Le plafond a été restauré, un éclairage contemporain a été ajouté ainsi que des cimaises fixes et mobiles. La galerie Mazarin, construite en 1644, possède une voûte à caissons de stucs dorés d'Ottaviano Ottaviani, peinte par Francesco Romanelli. Un chantier test a été réalisé dans cette galerie. "Tout le travail - aussi bien en galerie Mansart qu'en galerie Mazarin - a consisté alors, au-delà des interventions habituelles de restauration en conservation des ouvrages, à retrouver ces équilibres subtils dans les surfaces, les couleurs et les tons des décors, dans l'esprit du projet d'origine, pour accueillir à nouveau des œuvres, dans l'espoir que la magie des lieux opère à nouveau...", continue Bruno Gaudin.
    Les galeries Mansart et Mazarin

    Le magasin central

    BNF Richelieu magasin central
    BNF Richelieu magasin central © Takuji Shimmura
    La partie la plus grande du site est aussi celle qui est invisible aux yeux du public. Elle est destinée aux magasins d'archives et aux espaces de travail des agents, tels que les bureaux et les ateliers. Le magasin central, situé au-dessus du musée ("la galerie de verre"), tout en bois et métal, contient sur 11 niveaux la réserve des livres. "Il était en très mauvais état et n'était pas classé. Il pouvait être démoli car il n'était pas sûr, mais nous avons donc décidé de le refaire", raconte Virginie Brégal. Un long travail de négociation a été mené avec les pompiers pour trouver une solution et conserver le magasin. De grands locaux techniques et un système de désenfumage ont été installés. "Il y avait zéro stabilité au feu avant notre intervention." L'objectif était de permettre la mise en sécurité du site tout en augmentant son ambition d'usage.
    "Les deux niveaux de magasins en sous-sol sont réalisés avec une ossature en béton armé capable de soutenir les cinq niveaux métalliques en surélévation. Nous avons repris le principe des magasins autoportants", détaille Virginie Brégal. L'intérieur a été refait avec des planchers coupe-feu. Trois générations de magasins, du XIXe siècle, 1950 et 2022, composent l'ensemble. Une partie du magasin devient salle de lecture. Des ascenseurs, monte-livres, rayonnages complémentaires, habillages et faux plafonds bénéficient d'un curage important, offrant la mise à nu des structures métalliques de Roux-Spitz (années 1930 et 1950). Des éléments contemporains sont ajoutés, comme un filet en inox, un éclairage led, un chemin de câbles et une ventilation.
    Le magasin central

    La lumière, élément clé du projet

    BNF Richelieu atelier
    BNF Richelieu atelier © Takuji Shimmura
    Durant cette visite, Bruno Gaudier ne cesse de rappeler l'importance de la lumière naturelle dans ce projet d'ampleur. La lumière est ici considérée comme un élément à part entière, synonyme d'ambiance. Elle répond à des usages, relie les différents départements en illuminant les circulations, donne un espace aux agents travaillant dans les ateliers et magnifie l'existant en dévoilant les collections rares de la BNF. A cela s'ajoutent des luminaires "miroirs" qui se fondent dans le paysage patrimonial des lieux. C'est l'équipe de maîtrise d'œuvre, 8'18'', qui a eu la charge de penser la lumière - toujours discrète - dans ce lieu prestigieux. Dans la salle des manuscrits a été installé un grand lustre linéaire pour apporter plus de lumière, sans faire d'ombre. "La pièce est complexe puisque la façade ouest produit un contre-jour. Une lumière latérale contrebalance cet effet et assure un confort visuel", décrypte l'architecte. A l'étage, les ateliers sont baignés d'une lumière vive.
    La lumière, élément clé du projet

    Le jardin Vivienne

    Le jardin Vivienne  - BNF Richelieu jardin
    Le jardin Vivienne - BNF Richelieu jardin © Atelier Gaudin
    L'architecte Henri Labrouste a dessiné le jardin Vivienne au XIXe siècle. Il abritait par le passé quatre parterres engazonnés, une fontaine centrale et des corbeilles de fleurs. Les années passant, le jardin se dégrade et offre seulement une cour minérale gravillonnée, où la fontaine ne fonctionne plus.
    L'Atelier Gaudin a voulu redonner vie à ce jardin, en collaboration avec le groupement Tout se transforme (Antoine Quenardel, paysagiste-concepteur et Mirabelle Croizier, architecte du patrimoine), et Gilles Clément. Une palette végétale composée d'essences d'arbres papyrifères qui s'adaptent au climat parisien a été déployée. A ces espèces s'ajoutent des petits arbres à écorce de papier. Un petit kiosque transparent a été conçu et loge le contrôle des accès au site. Le sol extérieur est lui composé de briques rouges et blanches. Des bancs en pierre massive d'Euville ont été installés. Le jardin prolonge la promenade du visiteur jusqu'à l'hôtel Tubeuf, doté d'un nouveau soubassement de pierre et d'une terrasse. Ainsi, le jardin convertit deux façades arrières (Vivienne et Tubeuf) en façades principales qui encerclent l'espace végétal. Un café a également été conçu. Sa terrasse donne sur le jardin.
    Le jardin Vivienne

    L'Atelier Gaudin

    BNF Richelieu stratification du magasin central
    BNF Richelieu stratification du magasin central © Takuji Shimmura
    L'Atelier Gaudin a été nommé en 2007 pour mener la maîtrise d'œuvre de la requalification du quadrilatère Richelieu, notamment le redéploiement des départements spécialisés de la BnF, et l'installation des bibliothèques de l'Institut national d'histoire de l'art (Inha) et de l'École nationale des chartes (ENC). En dehors des cinq espaces classés, l'agence d'architecture a pris en charge la totalité de la bibliothèque (une première pour le site). Au total, cinq années d'études et dix années de chantier ont été nécessaires pour mener à bien ce projet. Plusieurs thématiques ont animé le travail du cabinet d'architecture, celui de la fluidité, de la transparence, de la circulation, de la mise en valeur, de la perspective et de l'ouverture du site, dans un souci de cohérence. La BnF est, selon le programme, "la plus importante réunion de bibliothèques d'art, de l'histoire de l'art et de l'écrit en Europe".
    Le projet portait notamment sur la réorganisation du site dans l'idée de repenser l'accueil du public et de "répartir, par département, les magasins, les bureaux et leurs circulations à proximité des salles de lecture", spécifie Bruno Gaudin. L'ensemble devait à la fois être sécurisé, lisible et harmonieux pour mélanger les grands ensembles architecturaux aux nouvelles distributions.
     
    Fiche technique
    Maîtrise d'ouvrage : ministère de la Culture, ministère de l'Education nationale de l'Enseignement supérieur
    Maîtrise d'ouvrage déléguée : Oppic
    OPC : setec opency
    Bureau de contrôle : Socotec
    Maîtrise d'œuvre : Atelier Bruno Gaudin et Virginie Brégal architectes mandataires
    Coût total des travaux : 153,5 millions d'euros HT
    L'Atelier Gaudin
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