Cultivé, filé, recyclé : le design hôtelier change de matière

    Publié le 6 novembre 2026 par Sonia Taourghi
    Pour le showroom éphémère d'Arte à Milan, Sagarminaga Atelier a réalisé une figure grandeur nature, une barque et des roseaux en sparte, raphia et herbes tressées.
    Pour le showroom éphémère d'Arte à Milan, Sagarminaga Atelier a réalisé une figure grandeur nature, une barque et des roseaux en sparte, raphia et herbes tressées. © Arte / Sagarminaga Atelier
    TENDANCE. Une pierre cultivée à partir de champignons, une soie tissée directement en volume par des vers à soie, un cuir végétal issu du marc de raisin… Sept innovations de matière repérées en 2026, à la Milan Design Week et aux Rendez-vous de la Matière.
    Chaque rénovation d'hôtel oblige les architectes d'intérieur à choisir de quoi habiller les murs, les sols et les assises. En 2026, des ateliers et des laboratoires proposent des matériaux cultivés, tirés de déchets agricoles ou marins, ou nés de gestes artisanaux poussés vers la technologie. La Milan Design Week, en avril, et les Rendez-vous de la Matière, les 8 et 9 octobre au Carreau du Temple, à Paris, en ont présenté plusieurs. Voici sept matériaux qui pourraient rejoindre les chambres et les halls d'hôtel.

    La fibre végétale sculptée à l'échelle de l'architecture

    A Bilbao, Gabriela de Sagarminaga a fondé Sagarminaga Atelier en 2017, autour du sparte, une herbe récoltée dans le sud de l'Espagne. Son équipe travaille cette fibre à la main, avec le rotin ou le jonc, et s'appuie sur la découpe numérique pour que les pièces de grande taille gardent leur forme. L'atelier signe des installations pour l'hôtellerie, comme les colonnes en rotin de l'atrium de l'Hôtel Regina, à Biarritz. En avril 2026, il a conçu la scénographie du showroom éphémère d'Arte, éditeur belge de revêtements muraux, dans le quartier milanais de Brera. Inspirée de l'Égypte ancienne, l'installation présentait une figure grandeur nature debout sur une barque, entourée de roseaux, le tout en sparte, raphia et herbes tressées.
    Les surfaces Bio-Lithic de Mush Composites, cultivées à partir de mycélium et de résidus agricoles, présentées à la Milan Design Week 2026.
    Les surfaces Bio-Lithic de Mush Composites, cultivées à partir de mycélium et de résidus agricoles, présentées à la Milan Design Week 2026. © Mush Composites
     

    La pierre cultivée en mycélium

    Installée à Chiang Mai, en Thaïlande, Mush Composites fait pousser ses panneaux à partir de mycélium, le réseau de filaments des champignons, et de résidus agricoles. Au Superstudio Più, pendant la Milan Design Week, la marque a présenté sa collection Bio-Luxe | Bio-Lithic. Son procédé associe la conception numérique et la croissance contrôlée du champignon dans des coffrages calculés par ordinateur. Il donne des surfaces monolithiques d'aspect minéral. Selon la marque, elles pèsent environ 70% de moins que la pierre ou le béton, ce qui permet souvent de les poser sur des cloisons standard sans renfort. La marque les destine notamment à l'hôtellerie.
    La suspension Nebulis, dessinée par Élise Fouin pour Forestier, en soie non tissée produite par Sericyne dans les Cévennes.
    La suspension Nebulis, dessinée par Élise Fouin pour Forestier, en soie non tissée produite par Sericyne dans les Cévennes. © Sericyne / Forestier x Nebulis
     

    La soie tissée directement en forme

    Dans une ancienne magnanerie des Cévennes, Sericyne a relancé une production de soie française. Clara Hardy, designer, et Constance Madaule, ingénieure agronome, ont fondé l'entreprise en 2015 autour d'un procédé breveté. Posés sur des moules, ils déposent leur soie directement en formes à deux ou trois dimensions, au lieu de s'enfermer dans un cocon. La matière évite ainsi les étapes de la filature et du tissage. Un ver couvre en moyenne 36 centimètres carrés. Chanel, Cartier et Guerlain l'utilisent déjà. Sericyne figurait parmi les exposants des Rendez-vous de la Matière 2026.
    Les carreaux Gwilen, teintés dans la masse aux pigments naturels, sont fabriqués à Brest à partir de sédiments portuaires.
    Les carreaux Gwilen, teintés dans la masse aux pigments naturels, sont fabriqués à Brest à partir de sédiments portuaires. © Gwilen
     

    Le carreau minéral tiré des sédiments des ports

    Yann Santerre, architecte ingénieur, a grandi au bord de la Vilaine, dont l'estuaire s'envase depuis un barrage construit dans les années 1970. Il en a tiré l'idée de Gwilen, entreprise brestoise qu'il codirige avec sa sœur Delphine. Gwilen récupère les sédiments du dragage portuaire et les transforme en un matériau 100% minéral, sans cuisson à haute température. D'après une analyse de cycle de vie menée par l'entreprise en 2021, le procédé émet quatre fois moins de CO2 qu'une terre cuite. L'atelier en tire des carreaux muraux et de sol, teintés aux pigments naturels, pensés comme une alternative aux tomettes et aux carreaux de ciment. Primé aux Rendez-vous de la Matière en 2025, Gwilen y exposait de nouveau en 2026.
    Savigne, le matériau d'aspect cuir de Planet of the Grapes, est fabriqué à partir de marc de raisin collecté en Provence.
    Savigne, le matériau d'aspect cuir de Planet of the Grapes, est fabriqué à partir de marc de raisin collecté en Provence. © Planet of the Grapes
     

    Le cuir végétal issu du marc de raisin

    Samantha Mureau a travaillé dans la mode avant de fonder Planet of the Grapes fin 2022, près d'Aix-en-Provence. L'entreprise collecte les peaux, pépins et rafles laissés après le pressage auprès de châteaux et de domaines bio de Provence, le fait sécher au soleil, le réduit en poudre puis le mélange à d'autres ingrédients naturels. Un fabricant partenaire, à Milan, en tire Savigne, une famille de matériaux d'aspect cuir dont le nom associe "savoir-faire" et "vigne". La marque le destine à la mode, aux accessoires et à l'emballage de luxe, et vise aussi l'hôtellerie et les transports. Planet of the Grapes exposait aux Rendez-vous de la Matière 2026.
    Textile tissé en laminaire et en lin par Violaine Buet, fondatrice de La Manufacture des Algues.
    Textile tissé en laminaire et en lin par Violaine Buet, fondatrice de La Manufacture des Algues. © La Manufacture des Algues
     

    Les algues transformées en matériau de décoration

    Violaine Buet a passé sept ans en Inde du Sud, où elle s'est formée au textile. De retour en Bretagne, elle a commencé ses recherches sur les algues à l'École nationale supérieure des Arts Décoratifs, avant d'ouvrir La Manufacture des Algues en 2016, à Gâvres, dans le Morbihan. Elle récolte les macro-algues sur le littoral breton, en particulier la laminaire, qu'elle tisse, tresse, presse, brode, coud ou teint aux pigments naturels. Elle réalise sur mesure des textiles, des panneaux muraux et des volumes biodégradables pour la scénographie, le cinéma ou la haute couture. Le Philadelphia Museum of Art a exposé l'un de ses textiles d'algues en 2019 et conserve aujourd'hui ses pièces dans sa collection permanente.
    Un bloc de mousse OrganoFoam avant sa découpe en coussins d'assise et de dossier.
    Un bloc de mousse OrganoFoam avant sa découpe en coussins d'assise et de dossier. © Fraunhofer LBF
     

    La mousse de matelas presque entièrement végétale

    Les coussins de canapé, les matelas et les sièges de voiture reposent encore surtout sur des mousses polyuréthane issues du pétrole. Le 1er octobre 2026, l'institut Fraunhofer LBF de Darmstadt, en Allemagne, a présenté OrganoFoam, une mousse souple biosourcée à plus de 90%, fabriquée à partir de polyols et d'isocyanates biosourcés. Elle n'a besoin d'aucune fibre naturelle comme structure porteuse et passe sur les équipements industriels existants. Selon les chercheurs, la mousse atteint la fermeté et la résistance à l'écrasement d'une mousse classique. Une mousse conventionnelle jaunit et devient cassante après 100 heures d'exposition aux UV, quand OrganoFoam change à peine de couleur après 700 heures. Le projet, financé par le ministère fédéral allemand de la Recherche, reste au stade de la recherche, sans date de commercialisation annoncée.
    Ces sept matériaux partent tous d'une ressource cultivée, récoltée ou récupérée, souvent produite près de l'atelier qui la transforme. Les carreaux de Gwilen se commandent déjà, quand la mousse OrganoFoam sort tout juste du laboratoire. Pour les architectes d'intérieur qui renouvellent les chambres et les halls d'hôtel, ils élargissent le choix au-delà de la pierre, du béton et des mousses issues du pétrole.
    Cultivé, filé, recyclé : le design hôtelier change de matière
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