Dans la décoration, le marché de la peinture ne reprend pas encore des couleurs

    Publié le 17 février 2026 par Steve Carpentier
    De gauche à droite, Denis Chevalier, membre du bureau de la Fédération nationale de la décoration, Laurence Longevialle, déléguée générale de l'organisation, et Philippe Poujol, le président de l'entité professionnelle, lors de la conférence de presse con
    De gauche à droite, Denis Chevalier, membre du bureau de la Fédération nationale de la décoration, Laurence Longevialle, déléguée générale de l'organisation, et Philippe Poujol, le président de l'entité professionnelle, lors de la conférence de presse con © Steve Carpentier
    CONJONCTURE. Dans son point de conjoncture annuel, la Fédération nationale de la décoration fait état d'un marché en léger recul par rapport à 2024. Si le segment des consommables et de l'ITE montre une tenue respectable avec une hausse du chiffre d'affaires, ceux de la peinture et des revêtements de sols et murs sont dans le rouge en 2025.
    Cela aurait pu être pire. Même si le marché de la décoration accuse une baisse sur l'exercice 2025, la casse demeure clairement limitée au vu du ralentissement probant du secteur de la construction. Dans son point de conjoncture annuel, livré le 13 février 2026 lors d'une conférence de presse à Paris, la Fédération nationale de la décoration, qui est la voix de 409 acteurs du secteur, a acté une baisse du chiffre d'affaires de -0,9% en valeurs à 2,5 milliards d'euros par rapport à l'exercice 2024. Une quasi-stagnation pour une organisation qui représente les distributeurs grossistes sur les segments des peintures, des revêtements de sols et murs, des équipements, des consommables et enfin de tous les produits afférents aux travaux d'isolation par l'extérieur (ITE). Chaque année depuis 2019 et invariablement, l'organisation professionnelle, qui regroupe quelque 1.400 points de vente dans tout le pays, livre son DécoData, un outil d'analyse économique basé sur les volumes des ventes des déclarants.

    Des liquidations judiciaires retentissantes

    Le fort intérêt de cette étude est d'aller en quelque sorte à la maille fine pour déterminer, activité par activité, la santé économique des entreprises sur une période donnée. Un DécoData qui est aussi un outil d'aide à la décision pour le secteur afin de mieux réagir aux turbulences conjoncturelles, alors que l'année 2025 aura été marquée par la liquidation judiciaire retentissante, et jusqu'alors jamais vue, d'acteurs historiques comme Centre Est Peintures et ses 19 agences, Sagos, Onip ou encore de Schreiber-Relius. Un mouvement peu encourageant qui est aussi le signe d'un écosystème à la peine, qui, depuis 2020 et les soubresauts de l'épidémie de Covid, accuse un retrait d'activité global sur la période. La situation est préoccupante. "Nous vivons une crise lourde, bien plus marquée que celle qui a suivi la crise financière de 2008, car nous enregistrons désormais tout à la fois une crise en volumes mais aussi en valeurs", a tenu à préciser Philippe Poujol, le président de la Fédération nationale de la décoration. "Aujourd'hui, nous sommes face à une perte de revenus qui se croise avec une hausse des coûts, avec des marges d'exploitation qui se sont réduites en 2025, avec de l'inflation toxique pour nos activités. Le commerce de la distribution ira nécessairement vers une restructuration, avec fatalement des fermetures de points de vente".

    Une année 2025 balancée

    Si 2025 accuse un léger recul du volume des ventes, force est toutefois de constater que les signaux peuvent laisser espérer des jours meilleurs, en phase avec une reprise annoncée du secteur de la construction. Car 2025 restera l'année des montagnes russes et du contraste. De fait, si le marché a connu un début d'année difficile pour les entreprises du secteur de la décoration, avec une chute de -7,7% en février 2025, les mois suivants ont montré un ventre mou, avec une baisse moindre (avec -0,4% en juin 2025), avant une nouvelle chute de -4,8% en juillet 2025. Une série enviable de 4 mois s'en est suivie à partir de septembre (+4%), avant une fin d'année à +2,8% en décembre. Reste que, par activité, la conjoncture demeure contrastée. Ainsi, le marché des peintures, qui représente à lui seul 50% de l'activité des distributeurs, accuse sur l'exercice 2025 un recul de -0,6% en valeurs à 1,2 milliard d'euros, avec de surcroît une baisse en volumes de -1,3% sur la période. Dans le détail, la pression sur les prix, principalement sur les peintures intérieures, continue de freiner les ventes. Si l'activité des peintures extérieures demeure quasi stable en 2025, grâce à une météo favorable, les laques pour leur part accusent une chute de -3,8% par rapport à 2024 et les peintures techniques une baisse en valeur de -3%. Petite éclaircie avec les lasures qui s'en sortent mieux grâce à la montée des produits en bois.

    Le sol stratifié en chute libre

    Si les peintures sont en relative dents de scie, l'activité des revêtements de sols et murs affiche une baisse plus prononcée à -4% en valeurs et -5% en volumes, avec un chiffre d'affaires de 593 millions d'euros en 2025. Dans le détail, les sols textiles baissent en raison de la diminution du renouvellement dans les bureaux tandis que le bois fait un retour positif sur le lot parquets massifs, grâce à des prix qui se sont enfin assagis. Le stratifié, quant à lui, est en chute libre de -10%, adossé qu'est ce type de produit au marché du locatif qui est en berne. Les sols LVT (vinyles) accusent une baisse à deux chiffres, les revêtements muraux une chute de -3%. Le marché des équipements enregistre, dans sa globalité, un recul de -2,1% par rapport à 2024 à 146 millions d'euros, tandis que l'activité des consommables est à +1,4% et 319 millions d'euros. Sur ce segment, les abrasifs montrent une relative bonne tenue, tout comme les enduits avec un basculement technique progressif vers des produits polyvalents à application manuelle. Le marché montre également un retour des ventes sur les primaires de préparation, ainsi qu'une dynamique sur la protection de chantier comme les bâches de protection.

    L'ITE tout sourire

    Sur le créneau des activités qui ont le sourire, l'isolation thermique par l'extérieur (ITE) tire également son épingle du jeu avec une hausse de +2,1% à 186 millions d'euros. Désormais, sur un marché de 20 millions de m² de produits d'isolation, 2,5 millions de m² passent par les réseaux de distribution. Si les vêtures sont en baisse au profit de l'enduit sur isolant, à noter que l'application talochée traditionnelle fait son retour, tandis que l'isolant en laine de bois s'installe durablement. Pour les acteurs de la décoration qui souhaitent réinventer leur modèle en ouvrant notamment davantage leurs enseignes à une clientèle de particuliers - lesquels forment actuellement 20% du visitorat -, prendre la pente des matériaux biosourcés fait indéniablement partie des pistes techniques à explorer.
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