Salon du Meuble de Milan : cuisine et salle de bain parlent le même langage

    Publié le 27 avril 2026 par Sonia Taourghi
    Tous les deux ans, le Salon de la Cuisine, EuroCucina, et le Salone del Bagno sont un rendez-vous clé pendant le Salon du Meuble de Milan.
    Tous les deux ans, le Salon de la Cuisine, EuroCucina, et le Salone del Bagno sont un rendez-vous clé pendant le Salon du Meuble de Milan. © Sonia Taourghi
    SALONE DEL MOBILE 2026. Du 21 au 26 avril, EuroCucina et le Salone Internazionale del Bagno se sont retrouvés ensemble à Rho Fiera. Près de 270 marques, 31 pays, et un constat partagé : ces deux pièces, hier encore reléguées à un statut technique, sont devenues les plus sensibles de la maison. Tour d'horizon des tendances qui se sont répondues d'un pavillon à l'autre.
    Dès l'entrée à Rho Fiera, on a senti une évolution. Dans les pavillons 2 et 4, EuroCucina ne ressemblait plus à un salon professionnel mais à une succession d'appartements habités. Quelques pas plus loin, le Salone del Bagno s'éloignait lui aussi de l'esthétique catalogue pour mettre en scène des univers complets, sensoriels, tactiles. Le thème officiel de cette 64e édition, A Matter of Salone, fait de la matière son sujet. Et d'un salon à l'autre, la même lecture s'est imposée : la cuisine et la salle de bain parlent désormais une langue commune.

    La fin des frontières

    Le mouvement saute aux yeux dès les premières allées. Côté cuisine, Veneta Cucine a présenté Spazio Continuo, un système d'îlots et de plans de travail qui prolongent l'intérieur jusqu'à la terrasse ou au jardin. SMEG a dévoilé sa collection Musa, pensée comme un mobilier de salon, avec des finitions et des textures qui n'ont plus rien d'utilitaire. A Brera, Antonio Citterio a signé pour Arclinea l'îlot Kora, exposé dans le showroom de la marque. Miele a montré une cuisine d'extérieur modulaire baptisée Outdoor Cooking, dont les modules s'ajoutent et se réorganisent au fil du temps.
    Tendance "frontières" : Patricia Urquiola, "Balcoon-Scapes" pour Duravit, Gran Meliá Palazzo Cordusio.
    Tendance "frontières" : Patricia Urquiola, "Balcoon-Scapes" pour Duravit, Gran Meliá Palazzo Cordusio. © Duravit/Veneta Cucine
     
    Le constat est le même côté salle de bain. Patricia Urquiola est revenue pour Duravit avec Balcoon-Scapes, présentée au Gran Meliá Palazzo Cordusio : la collection Balcoon devient une série de totems sculpturaux, à mi-chemin entre objet et œuvre. Le showroom Duravit, Via San Gregorio, prolongeait l'expérience avec des collaborations récentes signées Philippe Starck et Studio F. A. Porsche. La salle de bain qui s'ouvre sur la chambre, le dressing ou même la terrasse s'est imposée, loin du modèle fermé des années 2000.
    L'idée commune ? Cuisine et salle de bain, hier reléguées au bout d'un couloir, deviennent de vrais paysages intérieurs. Elles dialoguent avec le reste de la maison plutôt qu'elles ne s'en coupent.

    L'intelligence devient invisible

    Autre fil rouge, plus discret : la technologie a choisi de se faire oublier. Dans les cuisines, les appareils ne se montrent plus. Les plaques à induction s'intègrent directement dans la pierre ou la céramique du plan de travail. Fisher & Paykel a présenté un four de 30 pouces qui s'encastre avec des jeux de 2 millimètres. Miele a exposé une hotte en panneau de verre qui ne devient visible qu'au moment de la cuisson. Beko a déployé son écosystème HomeWhiz, qui unifie les marques du groupe (Whirlpool, Hotpoint, Bauknecht) dans une même interface mobile. Au FTK, on a vu des réfrigérateurs qui reconnaissent les aliments et suggèrent des recettes, des fours qui ajustent leur cuisson selon le plat, des lave-vaisselles qui se dosent et se nettoient seuls.
    Tendance "intelligence invisible" : avec sa nouvelle gamme Nature-Ritual, Fisher & Paykel allie technologie et célébration de la matière.
    Tendance "intelligence invisible" : avec sa nouvelle gamme Nature-Ritual, Fisher & Paykel allie technologie et célébration de la matière. © Fisher & Paykel
     
    Même logique du côté du Bagno. Robinetterie sans contact, douches digitales, sanitaires connectés à la domotique, miroirs équipés de capteurs de luminosité ou de qualité de l'air : la technologie ne s'affiche plus, elle s'efface dans les surfaces. Le confort se fait silencieux. Il anticipe les usages au lieu de les revendiquer.

    La matière reprend la parole

    La grande affaire de l'édition 2026, c'est la matière. Après deux décennies dominées par l'inox brillant et le laqué blanc, EuroCucina a célébré les surfaces qui se touchent.
    Glem Gas a dévoilé Aura, un fourneau dessiné par Marcello Cutino, pensé comme un autel domestique. Fulgor Milano a présenté Evoque, qui réinterprète les codes du cuiseur traditionnel avec des matériaux nobles et un travail artisanal des finitions. La Cornue, seule maison française présente, défend une autre idée du luxe : celle des fourneaux faits main. Partout, finitions mates, métaux brossés, verres noirs (chez SMEG, ASKO ou Siemens), céramiques grand format aux joints invisibles.
    Pour les salles de bain, deux installations ont marqué cette édition. La première, La Casa di Marmo, signée Margraf et l'architecte Hannes Peer dans le quartier de Brera, traite le marbre comme élément architectural total : murs, sols et plafonds en pierre Santafiora®, autour d'un patio qui joue avec la lumière et l'eau. La seconde, The Flamingo Estate Bathhouse de Kohler avec la marque californienne Flamingo Estate, plante une bathhouse brutaliste dans une prairie de fleurs sauvages, cour du Padiglione d'Arte Contemporanea. Vitraux artisanaux signés Samuele Dossena, baignoire Reverie en cuivre poli enveloppant une fonte émaillée recyclée à 80 %.
    Tendance "matière" : La Casa di Marmo de Margraf x Hannes Peer proposait un voyage visuel et sensoriel pour faire parler la matière.
    Tendance "matière" : La Casa di Marmo de Margraf x Hannes Peer proposait un voyage visuel et sensoriel pour faire parler la matière. © Margraf
     

    Le confort durable

    Dernier point commun aux deux salons : la durabilité, devenue cahier des charges plutôt qu'argument marketing. Côté cuisine, Beko occupait l'un des pavillons les plus commentés de l'édition, signé par l'architecte Mario Cucinella, avec un cycle de tables rondes baptisé Can a Kitchen Save the World ? qui réunissait notamment le chef Massimo Bottura. Le minimalisme assumé du Very Simple : Kitchen (Schüller avec Falmec et le designer britannique Philippe Malouin), avec ses structures en acier et son étagère intelligente, va dans le même sens : moins, mais qui durent.
    Tendance "confort durable" : les bains pour pollinisateurs en fonte recyclée Kohler ont fait l'objet d'une exposition multisensorielle au cœur de la ville.
    Tendance "confort durable" : les bains pour pollinisateurs en fonte recyclée Kohler ont fait l'objet d'une exposition multisensorielle au cœur de la ville. © Kohler
     
    Du côté du Bagno, la consigne officielle tenait en trois mots : efficacité hydrique, hygiène, longévité. Les bain pour pollinisateurs imaginés par Kohler et coulés dans la fonderie historique du Wisconsin résument ce nouveau cahier des charges. On ne demande plus seulement aux fabricants d'être performants, mais d'être responsables, dans le geste comme dans le matériau.

    Hors les murs

    La conversation s'est prolongée dans la ville. Chez Archiproducts, dans le quartier de Tortona, le studio milanais Studiopepe a signé Fòco. Living Notes, dernier volet d'une tétralogie consacrée aux éléments naturels, où le feu devient principe créatif. Chez Arclinea, en Brera, l'îlot Kora d'Antonio Citterio confirmait que les cuisinistes investissent désormais le centre-ville comme les maisons de mode.
    Ce qu'on retient de ces deux salons : la cuisine et la salle de bain ne sont plus des pièces techniques au bout du couloir. Elles sont devenues les pièces les plus sensibles de la maison, celles où la matière parle et où la technologie consent à s'effacer. Pour qui réfléchit à son propre intérieur, la consigne est simple. Choisir les surfaces avec soin. Accepter qu'elles prennent leur patine. Et préférer les systèmes qui s'oublient à ceux qui s'imposent.
    Salon du Meuble de Milan : cuisine et salle de bain parlent le même langage
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