Amandine Maroteaux © Marguerite Bornhauser
Comment définiriez-vous le métier de curatrice d'art aujourd'hui ?
Pour moi, il s'agit de faire vivre des œuvres et des collections dans des lieux. Au sein de l'Atelier Compostelle, la curation d'art comporte trois volets : la création et l'animation d'art clubs en entreprises pour créer des temps de conversation et d'échange, la sélection d'œuvres et d'artistes pour des lieux que nous faisons en parallèle avec notre métier d'architecte d'intérieur, et l'organisation de collectors clubs, soit des événements sur mesure dans des lieux iconiques privatisés pour des marques de luxe. Dans tous les cas, le principe de la curation est de prendre soin des œuvres d'art et de les amener dans des lieux.
Elle me vient des rencontres que j'ai pu faire et de la beauté. Je cherche à distiller de la beauté et de la joie dans le monde car, même si une œuvre d'art n'est pas forcément gaie, elle me procure une forme d'apaisement et de douceur avec de vrais engagements. Les œuvres nous soutiennent dans notre quotidien, nous font vibrer et réfléchir. Elles sont le reflet de nos choix et des parts du monde que nous décidons de porter.

Projet Calanques © Laura Innocente
Quel a été votre parcours pour devenir curatrice et art advisor ?
J'ai un parcours singulier qui ne me destinait pas à devenir art advisor et curatrice. J'ai grandi à Avignon et j'ai très tôt passé du temps dans les musées, notamment au musée Calvet. Mon regard s'est forgé et affiné avec le temps, puis j'ai commencé à collectionner, à passer du temps avec les galeristes et avec les artistes. Quand j'ai rencontré Wilo & Grove, par exemple, elles m'ont emmenée avec elles dans le monde de l'art contemporain à la rencontre d'artistes passionnants. De fil en aiguille, j'ai commencé à être sollicité dans le domaine de l'art.
Pour s'éloigner de la définition juridique pure, pour moi, l'art est quelque chose qui nous donne envie de le voir et de le revoir. Une œuvre n'est pas juste un objet d'art, mais le produit d'une activité humaine, d'une réflexion intellectuelle, qui n'est pas directement utilitaire au départ et porte une intention artistique et un message fort. Elle doit avoir une forme d'unicité et un caractère exceptionnel.
Si vous étiez une œuvre d'art, laquelle seriez-vous et pourquoi ?
Il y a ce que nous aimons et ce que nous sommes. En ce moment, je pourrais être une figurine pop de Leblon Delienne pour leur volonté de connecter les gens, de se rendre accessibles et d'ouvrir le champ des possibles. Toutes ces figurines sont un fragment de ma vie et de ma mission qui résonne avec plein d'univers différents.

Projet Graphite © Laura Innocente
Comment faites-vous le lien entre vos deux métiers : architecte d'intérieur et curatrice d'art ?
Ce sont deux activités très liées. J'adore la décoration en tant que telle et je trouve intéressant d'aller sur le volet des œuvres d'art car cela est possible avec des budgets très accessibles, à partir de 100 euros. Aussi, en tant qu'architecte d'intérieur, j'aime créer des lieux où les œuvres vont pouvoir être vues sans que les gens aient à se déplacer pour cela.
A quel moment du projet l'art intervient-il : dès la conception ou en touche finale ?
Nous écrivons les projets avant de les dessiner. Je réfléchis aux artistes que nous pourrions mettre en avant et à la façon d'intégrer leur travail très tôt. Cela donne tout de suite la tonalité que va prendre le projet. Nous travaillons aussi avec les collections de nos clients pour les intégrer dans nos projets. Dans tous les cas, l'art définit de plus en plus tout le reste. Il est présent dès le départ comme une note de musique, une partition.
Nous travaillons aussi bien avec des artistes in situ qu'en sélectionnant des œuvres qui peuvent être des objets, des luminaires, des vases en céramique ou des toiles. Nous essayons désormais de faire entrer l'art très tôt dans le projet et d'en faire le fil conducteur, quel qu'en soit le registre : musique, peinture, céramique…
Si vous ne deviez donner qu'un seul conseil à quelqu'un qui souhaite acquérir sa première œuvre, quel serait-il ?
De ne jamais être intimidé. L'art n'est pas une question de prix, mais de vibration. Il faut acheter ce que nous avons envie de contempler en permanence et collectionner pour nous connecter aux vibrations du monde, pas pour conquérir quoi que ce soit. L'œuvre doit s'intégrer dans une forme d'autoportrait. Quand nous nous trouvons face à une œuvre d'art qui résonne avec ce que nous sommes, c'est un peu comme tomber amoureux. Et, si nous sommes vraiment courageux, nous collectionnons pour écrire le monde de demain.
Découvrez dans les pages suivantes, en images, des projets racontés par Amandine Maroteaux où l'art est le personnage principal.