Arnault Janvier, vitrailliste : le jeune maître d'un art millénaire

    Publié le 30 mars 2026 par Agnès Carpentier
    Vitrail pour la boutique du musée des Art Décoratifs
    Vitrail pour la boutique du musée des Art Décoratifs © Arnault Janvier
    PORTRAIT. Il partage sa passion sur les réseaux où les followers sont au rendez-vous. A 26 ans, Arnault Janvier fabrique à l'ancienne, mais toujours avec un regard contemporain, des vitraux qui finissent dans des villas à Los Angeles, des châteaux normands ou la boutique du Musée des Arts Décoratifs de Paris.
    Originaire de Moulins, dans l'Allier, où la collégiale gothique, sa Vierge et ses vitraux sont des trésors du patrimoine séculaire français, il a grandi dans un bain d'art total : un père peintre et professeur de peinture, une mère designer et enseignante dans les arts appliqués. "Je fais du dessin, de la peinture depuis tout petit", dit-il avec un sourire lumineux et une modestie désarmante. Après son bac, c'est presque par hasard qu'il pousse la porte de l'atelier de verrerie de son établissement (il avait d'abord tenté le design) et c'est là que tout bascule et que naît la passion pour le matériau verre.
    Après deux ans de formation à Moulins, il monte à Paris à 19 ans décrocher un Diplôme National des Métiers d'Art spécialité vitrail à l'école Olivier de Serres, l'une des deux seules formations de ce type dans la capitale, dans une promotion de quatre élèves seulement. Dès la sortie de l'école, plusieurs ateliers parisiens lui fournissent d'emblée du travail. Il y a un peu plus d'un an, il saute le pas et se met à son compte.
    Vitraux du château à Caen avant installation
    Vitraux du château à Caen avant installation © Arnault Janvier
     

    Une clientèle qui fait voir du pays

    Sa clientèle est très variée (architectes d'intérieur, restaurants, particuliers, boutiques de luxe...) et son organisation singulière : l'atelier de fabrication est à Moulins, tandis qu'un showroom rue Pixérécourt, dans le 20e arrondissement de Paris, lui sert de vitrine pour accueillir sa clientèle professionnelle et présenter ses créations. La plupart du temps, Arnault Janvier préfère se déplacer, notamment lorsqu'il s'agit de particuliers. "Je préfère aller voir leur décoration, m'immerger dans leur appartement pour comprendre leurs attentes", explique-t-il. Il prend alors le premier train à 6 heures et revient dans la journée. Bilbao dans un mois pour poser des panneaux, Biarritz le mois suivant, Los Angeles en ligne de mire. "Ça fait voyager, mon métier", s'enthousiasme-t-il.

    Un savoir-faire vieux de neuf siècles

    Le procédé qu'Arnault pratique n'a presque pas changé depuis le XIIe siècle : "Ce sont vraiment les techniques traditionnelles. Tout reste identique, à part l'impression des calibres."
    Tout commence par une esquisse à la main, puis par un rendu 3D sur ordinateur pour aider le client à se projeter : "C'est ce dont les gens ont besoin aujourd'hui. Une fois le dessin validé, c'est déjà une très belle avancée !" partage-t-il. Il réalise ensuite sur Illustrator des plans à l'échelle 1 qu'il imprime : les fameux calibres, découpés comme les patrons d'une couturière, chaque morceau représentant l'espace qu'occupera une pièce de verre.
    Vient ensuite le choix du verre. Il s'approvisionne à la Verrerie de Saint-Just, à Saint-Étienne, pour les verres lisses, "soufflés en manchons puis découpés à chaud en plaques", clairs ou teintés dans la masse. Pour les verres texturés dits cathédrales, il les importe d'Allemagne ou du Mexique selon les qualités. Arnault peint aussi parfois ses vitraux à la grisaille, des émaux opaques qui révèlent leurs teintes une fois cuits à 640 degrés. "Le verre peint une fois cuit est extrêmement durable : on a encore des vitraux peints du XIIIe siècle en parfait état", précise-t-il.
    Chaque pièce de verre, découpée au coupe-verre puis à la pince à détacher, est assemblée dans des profilés de plomb souples, travaillés à la main et coupés à la serpette, calés sur planche avec de petits clous avant d'être soudés à l'étain à chaque intersection. Arnault travaille en partenariat avec un métallier et un menuisier pour réaliser les cadres de ses ouvrages, tandis qu'il se consacre entièrement à la partie vitrail. Une fois l'œuvre terminée, son père fabrique les coffrages en bois pour transporter les panneaux, "comme on transporterait des tableaux précieux", enroulés dans de la mousse, souvent acheminés dans un utilitaire de location.
    Vitrail de style Mucha et vitrail Tropical pour des particuliers
    Vitrail de style Mucha et vitrail Tropical pour des particuliers © Arnault Janvier
     

    Des réalisations éblouissantes

    Arnault Janvier a eu "la chance de commencer par de beaux projets".
    Sa première commande : la devanture d'une boutique de stylos plume rue Quentin-Bauchart, dans le 8e, à deux pas de Hermès, un décor entièrement peint et en feuille d'or véritable 24 carats, en totale liberté créative. "Ils m'ont laissé libre cours en me précisant juste qu'ils voulaient une enseigne qui fasse écho au bâtiment haussmannien et aux matériaux luxueux", partage-t-il. La deuxième : une imposante verrière de près de 15 mètres carrés pour un appartement avenue Kléber, à Paris. La troisième : de grandes fenêtres de 2,50 mètres sur 70 centimètres, entièrement peintes en décor de feuillages, pour un château à Caen.
    Depuis, un vitrail tout en déclinaisons de bleu pour un architecte d'intérieur, inspiré du décorateur François Catroux, aux pièces si fines et si nombreuses que le panneau est "très lourd" ; une verrière de salle de bain dans le 18e en verres clairs et texturés qui laissent passer la lumière sans qu'on voie à travers ; ou encore un paon figuratif né d'un papier peint qui n'a finalement pas vu le jour. "Je pense que c'est ce qu'il y a de plus difficile", confie-t-il à propos des vitraux figuratifs, qu'il réussit pourtant avec une aisance troublante à l'instar du miroir à personnage féminin peint à la grisaille, sélectionné par le Musée des Arts Décoratifs pour la boutique de l'exposition du centenaire des arts déco. "Ils m'ont repéré sur Instagram et m'ont appelé directement pour me commander ce personnage", n'en revient toujours pas le jeune homme.
    Prochaine échéance : trois portes vitraillées de 2,80 mètres sur 1,20 pour une villa à Los Angeles, à livrer dans deux mois. "Ça va être du non-stop, car généralement une création prend de deux semaines à trois mois de travail selon sa complexité", explique-t-il.
    Fabrication du vitrail au Paon
    Fabrication du vitrail au Paon © Arnault Janvier
     

    Défis et projets

    Étonnamment, le plus grand défi d'Arnault n'est pas technique : "C'est d'arriver à comprendre les goûts de mes clients et de retranscrire quelque chose que j'aime, moi, et quelque chose que le client aime aussi. Et tenir le projet de A à Z, dans les temps." Pour l'avenir, il rêve d'explorer d'autres techniques (la gravure, le sablage ou le fusing) pour les marier au vitrail et affirmer son style. Son atelier en pépinière à Moulins devra bientôt céder la place à plus grand. Paris ou Moulins ? Il ne sait pas encore. Mais il se voit assurément poursuivre son métier de vitrailliste.
    Son conseil pour marcher sur ses traces ? Celui qu'il donne à Thaïs, sa stagiaire : "Il faut pratiquer !"
    Le mot de la fin ? "Je suis très content. On ne s'ennuie pas. Et je n'aime pas m'ennuyer. Il y a plein de challenges comme faire à chaque fois des choses que je n'ai pas l'habitude de faire. C'est ce qui me plaît."
    Arnault Janvier, vitrailliste. Showroom rue Pixérécourt, Paris 20e. Instagram : @arnault.janvier
    Arnault Janvier, vitrailliste : le jeune maître d'un art millénaire
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