La verrerie Saint-Just souffle le chaud pour séduire le luxe

    Publié le 11 juin 2026 par Steve Carpentier
    Verrerie de Saint-Just
    Verrerie de Saint-Just © Steve Carpentier pour Batiactu
    ARTISANAT INDUSTRIEL. La filiale de Saint-Gobain située dans la Loire est l'un des deux seules installations industrielles au monde à utiliser la technique du verre soufflé à la bouche. Un savoir-faire unique qui cherche désormais de nouveaux marchés dans le luxe et l'architecture intérieure, alors que le segment de la rénovation des monuments historiques n'est pas extensible.
    Small is beautiful : ce slogan des années 70, qui met notamment en avant l'importance de l'échelle humaine applicable à l'activité économique, est parfaitement adapté à la verrerie de Saint-Just. Cette manufacture, installée dans la commune de Saint-Just-Saint-Rambert, dans le département de la Loire, et qui vient, fin mai 2026, de commémorer ses deux siècles d'existence, est presque une anomalie dans le monde de la verrerie industrielle.
    C'est aussi une anomalie au regard du profil entrepreneurial du groupe Saint-Gobain, son propriétaire et actionnaire unique depuis 1961 après une première entrée au capital dès 1921. Car, avec ses à peine 33 salariés, la manufacture verrière ne pèse pas lourd face aux 160.000 collaborateurs que compte le mastodonte français des matériaux de construction.
    Verrerie de Saint-Just
    Verrerie de Saint-Just © Steve Carpentier pour Batiactu
     

    Un endroit inspirant

    Et pas qu'en termes d'effectifs. Avec ses 5 à 6 millions d'euros de chiffre d'affaires, la verrerie est insignifiante pour une entreprise qui a atteint pas moins de 46,5 milliards d'euros en 2025. Mais l'essentiel est ailleurs. "Cette manufacture est différente de nos autres activités industrielles, avec un endroit qui inspire et qui nous apporte la conviction que ce site compte pour l'excellence française", a tenu à préciser le 27 mai 2026, lors de l'anniversaire officiel de l'usine, Benoit Bazin, le PDG du groupe Saint-Gobain.
    Verrerie de Saint-Just
    Verrerie de Saint-Just © Steve Carpentier pour Batiactu
     
    "Dans le secteur du verre, nous avons de grandes usines modernes de float en Inde, au Mexique ou encore en France, et nous avons la verrerie de Saint-Just. Si cette usine est très différente dans sa production et ses usages, reste qu'il s'agit d'un même rapport à la matière. Pour le groupe Saint-Gobain, il s'agit très clairement d'un lieu emblématique, sachant que notre entreprise a été historiquement fondée pour faire de la France une grande puissance verrière."

    Du savoir-faire verrier d'exception

    Le groupe français a ainsi fait de la verrerie de Saint-Just une petite pépite, et ne compte pas la lâcher. Pas un hasard. La petite usine est en effet l'une des deux dernières au monde (avec un autre industriel situé en Allemagne) à utiliser la technique du verre plat soufflé à la main. Et dont la particularité est de fonctionner sans aucun mécanisme automatisé, mais avec de l'intelligence collective. Alors que l'industrie se robotise, cette vocation artisanale est probante.
    Verrerie de Saint-Just
    Verrerie de Saint-Just © Steve Carpentier pour Batiactu
     
    Verrerie de Saint-Just
    Verrerie de Saint-Just © Steve Carpentier pour Batiactu
     
    Détentrice du label entreprise du patrimoine vivant depuis 2007 mais aussi inscrite au patrimoine immatériel de l'Unesco depuis 2023, la verrerie de Saint-Just se pose ainsi comme un passeur de savoir-faire verrier d'exception qui, loin s'en faut, n'est pas tourné vers le passé mais vers l'avenir. Une tradition qui impressionne tant elle ramène à une geste qui demeure ancestrale. Lors de sa création en 1826, la verrerie, qui se nomme alors "Les Verreries de la Loire", commence son aventure avec la fabrication de verre pour les bouteilles de parfum.

    Des artistes qui vont faire muer la verrerie

    Une verrerie que rien ne distingue véritablement, produisant comme les autres sites du même genre situés dans la région. Et ce jusqu'à l'année 1865 où son nouveau propriétaire, Mathias André Pelletier, cesse la fabrication de bouteilles pour lancer son entreprise dans le verre de couleur soufflé à la bouche. Objectif : sortir des objets courants, pour, déjà à l'époque, se tourner vers l'architecture. La verrerie devient ainsi bon an mal an une référence en matière de production de vitraux pour les chapelles, églises, cathédrales et autres châteaux.
    Verrerie de Saint-Just
    Verrerie de Saint-Just © Steve Carpentier pour Batiactu
     
    De petite manufacture, l'usine de Saint-Just va gagner de l'importance avec des maîtres verriers, des peintres et des graveurs qui vont venir alimenter en idées sa production. Ainsi, Henri Matisse, qui conçoit les vitraux de la Chapelle du Rosaire à Vence entre 1949 et 1951, ou Fernand Léger qui dessine deux vitraux pour la bibliothèque de l'université centrale de Caracas au Venezuela en 1954. Quant à Marc Chagall, sa collaboration avec la verrerie débouchera notamment sur les vitraux de la cathédrale de Metz.
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