Paul Bert Serpette © Stephane Asseline
La visite débute dans un ancien bâtiment industriel des années 1930. Cet ex-garage Simca est le berceau du marché Serpette, fondé en 1977 par Alain Serpette, un marchand d'armes anciennes de renom et fils de pucier. Il jouxte le marché Paul Bert, qui s'organise dès 1946 sous l'impulsion de la famille Poré, dans le contexte de la reconstruction d'après-guerre. Au fil des décennies, les brocanteurs y prennent leurs quartiers, les stands se multiplient et les deux marchés finissent par ne former qu'un seul ensemble : Paul Bert Serpette. Devenu un lieu emblématique des Puces de Saint-Ouen, il est aujourd'hui une référence internationale qui attire collectionneurs, architectes d'intérieur, décorateurs et amateurs d'art du monde entier, avec une clientèle américaine particulièrement fidèle.

Paul Bert Serpette © Margaux Delprat et Stéphane Asseline
Le plus grand marché d'antiquités au monde
L'ancien garage s'est depuis transformé en vrai marché couvert, auquel on accède par onze ouvertures. A la tête du marché depuis 2014, succédant à Dassault, la banque La Hénin et le duc de Westminster, Jean-Cyrille Boutmy a entrepris une importante politique de développement et d'embellissement des lieux, qui s'étendent sur plus de 14.700 m², avec plusieurs vagues de travaux de modernisation. Le propriétaire actuel a aussi mis en place un accompagnement personnalisé pour les 375 antiquaires présents chaque week-end dans les stands.

Paul Bert Serpette © Stéphane Asseline
La découverte se poursuit en déambulant dans les allées chargées et charmantes de l'ancien marché Paul Bert. Comme tous les vendredis midi, les marchands achèvent la matinée dite des professionnels, au cours de laquelle ils chinent entre eux. Ils ont entre 20 et 80 ans. Certains, enfants de Puciers, sont nés ici, d'autres se sont laissés emporter par une passion débordante pour les antiquités et les objets vintage, vieux d'au moins 15 ans. A côté de figures presque historiques du marché, toute une jeune génération de professionnels propose une nouvelle approche du métier, un vent nouveau qui se répand au travers de scénographies audacieuses et fortes.

Paul Bert Serpette © Margaux Delprat
Une sélection triée sur le volet
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Un bon marchand, c'est celui qui arrive à trouver des pièces étonnantes", estime Jean-Cyrille Boutmy, le propriétaire de Paul Bert Serpette. Si toutes les gammes de prix et époques sont représentées, avec des pièces datant de la Préhistoire aux années 1990, la sélection de Paul Bert Serpette est rigoureuse et exigeante. Elle prend en compte des facteurs aussi divers que la rareté, le témoignage du temps ou la belle fabrication. Œuvres d'art, mobilier, arts de la table, pièces de marques de luxe françaises en mode et bagagerie, joaillerie, art premier, art naturel, objets de collection, le choix est vaste.

Paul Bert Serpette © Claire Tardy
Ainsi, aux côtés de pièces signées Philippe Starck et d'animaux en fibre de verre utilisés sur des tournages dans les années 1980, il est possible d'admirer une ammonite du Canada vieille de près de 110 millions d'années ou une fontaine de Guy Latigue en laiton de 1960. L'histoire raconte même que la plus ancienne pièce serait un fragment de la météorite Campo del Cielo, à l'origine de l'extinction des dinosaures.
Des trouvailles aux tendances
Le marché de la seconde main et du vintage connaît un profond renouvellement depuis plusieurs années déjà, porté par une quête d'authenticité et de singularité. Dans ce paysage en pleine évolution, Paul Bert Serpette s'impose comme un observatoire privilégié des tendances qui façonnent le secteur.

Paul Bert Serpette © Claire Tardy
Aujourd'hui, les décorateurs s'éloignent du total look et osent de plus en plus le mélange des genres et des époques : une commode du 18e siècle dialogue volontiers avec un fauteuil design ou une création contemporaine. L'Art déco et l'Art nouveau reviennent également sur le devant de la scène, avec un regain d'intérêt pour les matériaux nobles, tel le galuchat.
Autre mouvement en vogue, l'Arte Povera célèbre les objets anciens du quotidien, patinés par le temps et chargés d'histoire, dont les imperfections deviennent une qualité. Enfin, les professionnels observent un véritable retour du mobilier classique, porté par une nouvelle génération de marchands qui redonnent ses lettres de noblesse au mobilier faisant partie du patrimoine.

Paul Bert Serpette © Stéphane Asseline
Une vision tournée vers l'avenir
Paul Bert Serpette ne se contente pas de faire revivre le passé, mais reste tourné vers l'avenir. Les projets pour les prochaines années sont nombreux et comprennent notamment la construction d'un petit hôtel de charme dans un bâtiment connexe, collé aux Puces. Sa réhabilitation prévoit l'aménagement de petits appartements, décorés dans l'esprit du lieu, dédiés aux longs séjours avec un accès direct sur le marché. L'objectif étant de favoriser la découverte du travail et du mode de vie des Puciers.
Parmi les autres projets du marché, la construction d'un bâtiment de stockage de 3.000 m² devrait permettre aux marchands de s'étendre avec de nouveaux showrooms, et deux nouvelles boutiques seront aménagées grâce à la transformation d'un bâtiment impasse Simon.

Paul Bert Serpette © Lucie Sassiat et Stéphane Asseline
Paul Bert Serpette en fête pour son anniversaire
En attendant de pouvoir inaugurer ces nouveaux lieux, Paul Bert Serpette se concentre sur un événement d'envergure : la célébration de son 80e anniversaire. Les festivités sont déjà lancées avec un programme estival bien rempli : le 18 juillet, "Paul Bert Serpette en 10 pièces insolites" propose de découvrir la diversité du plus grand marché d'antiquités au monde, et "Comment chiner à Paul Bert Serpette" offrira une initiation aux pratiques du marché de l'art. Le 1er août, la visite "80 ans de découvertes racontés" revient sur le rôle des marchands dans l'histoire du marché et "Les Arts de la Table" dévoilera les tendances actuelles dans le domaine. Enfin, la fête des Puces, qui a lieu le dernier jeudi soir de septembre, sera l'occasion de clôturer les festivités.
A la croisée du patrimoine, de la création et des nouvelles tendances de décoration, Paul Bert Serpette continue de faire revivre le passé dans les intérieurs contemporains. Porté par des marchands passionnés, il poursuit sa transformation pour rappeler que derrière chaque objet chiné se cache une histoire qui ne demande qu'à être transmise.