Un maréchal-ferrant à l'origine de tout
L'histoire démarre à Thoissey, petit bourg de l'Ain, à la fin du XIXᵉ siècle. La famille Ségéral y exerce le métier de maréchal-ferrant. L'essor de l'automobile menace l'activité, alors les artisans se tournent vers la ferronnerie d'art et la fabrication de portails pour les maisons de campagne de la bourgeoisie lyonnaise. Le fer, déjà, comme matière première et comme signature.
En 1953, Raymond Ségéral, diplômé des Arts et Métiers, fait basculer l'atelier dans l'ère industrielle et mécanise la production de mobilier de jardin en métal. La PME grandit et compte une soixantaine de compagnons dans les années 1970. A la mort du fondateur, l'entreprise est reprise en 1977 par Neyrat-Peyronie, fabricant de parapluies et de parasols, qui la rebaptise Fermob, contraction de "fer" et "mobilier".

L'usine Fermob, dans l'Ain, perpétue le travail du métal amorcé au XIXᵉ siècle par une famille de maréchaux-ferrants. © Fermob
1989, l'année du sursaut
Les années 1980 manquent d'emporter l'entreprise. Le mobilier en plastique déferle, plus léger et moins cher, et la chaise monobloc de Grosfillex rafle le marché. Les effectifs fondent, d'une soixantaine de salariés à une douzaine, et Fermob frôle la faillite.
En 1989, Bernard Reybier, jeune diplômé de l'EM Lyon issu d'une lignée d'entrepreneurs, rachète cette ferronnerie moribonde dont le chiffre d'affaires plafonne à un million d'euros. Son pari tient en deux mots : le design et la couleur. Là où le métal évoquait l'austérité, il décide d'en faire un terrain de jeu chromatique. La stratégie s'appuie sur une conviction simple, celle que l'avenir de la marque passe par l'innovation et l'ouverture aux marchés internationaux.
Bistro, Luxembourg et la couleur pour signature
Deux collections vont porter la renommée de Fermob. La première ne lui appartenait même pas à l'origine. Née en 1889, la même année que la tour Eiffel, la chaise Bistro pliante avait séduit les limonadiers du XIXᵉ siècle : simple, vite rangée, elle leur évitait de payer la patente d'une terrasse fixe. Fermob récupère le modèle déposé, le réédite et en fait un classique décliné dans une multitude de teintes.
La seconde arrive en 2004, quand la marque confie au designer Frédéric Sofia la réinterprétation des mythiques chaises et fauteuils du jardin du Luxembourg, dessinés en 1923 par les ateliers de la Ville de Paris. Sofia troque le métal d'origine contre une structure en aluminium plus légère et une assise en lattes galbées, sans trahir l'esprit du modèle. La collection Luxembourg devient un best-seller, retenue par la mairie de Paris pour équiper les jardins de la capitale et vendue aujourd'hui en vingt-quatre couleurs.

La collection Luxembourg, réinterprétée en 2004 par Frédéric Sofia, décline l'assise en vingt-quatre teintes © Fermob
Une chaise française sur tous les continents
La méthode Reybier produit des résultats spectaculaires. On croise désormais le mobilier Fermob à Times Square, sur le campus de Harvard, dans le carré VIP de la Cité interdite à Pékin et dans d'innombrables jardins privés. A New York, la relation dure depuis plus de trente ans : en juin 2026, la marque a livré plus de 1.200 chaises Bistro supplémentaires à Bryant Park et au corridor de la 34e Rue, à Manhattan, avec des modèles gravés et des découpes laser dessinés pour ces deux sites. La marque ouvre aussi des boutiques en France et à l'étranger, multiplie les showrooms et devient partenaire de Paris Plages dès 2008.
L'ancrage industriel, lui, reste français. Fermob s'appuie sur trois sites de production dans la région lyonnaise, à Thoissey, Mâcon et Anneyron, et emploie environ trois cents personnes. La marque a aussi grandi par acquisitions, avec Vlaemynck à Mâcon, tournée vers l'hôtellerie, puis la marque parisienne Tiptoe, spécialiste des piètements et du mobilier modulable. Chaque enseigne conserve son identité de design propre.
Le virage vers l'intérieur
Les clients ont ouvert la voie en installant tabourets et petits meubles Fermob dans leur salon. La marque a fini par assumer ce glissement et par créer des pièces pensées uniquement pour l'intérieur. Bernard Reybier préfère parler d'extension plutôt que de rupture. "
Il ne s'agit pas d'un virage, mais d'un élargissement du territoire du lifestyle Fermob", expliquait-il à Maison à part en octobre 2025.
Dans le showroom principal, une partie de l'espace a été aménagée en maison Fermob, avec chambre, living et cuisine. On y retrouve les codes maison, "
la couleur, la fonction et la lumière", et de nouvelles créations mêlant métal et bois, des tables So'o au bureau Nuage. Le canapé Voulez-vous, déhoussable et pensé pour le transport, présenté en avant-première à Milan, marque une étape supplémentaire de cette conquête intérieure.
L'argument de Fermob tient aussi à la mesure de ses meubles. "
Nos meubles ne mangent pas trop l'espace, contrairement à un bon fauteuil club, mais ne manquent pas d'originalité et de couleur", résume le président, qui y voit une réponse adaptée à la taille de nos appartements.

Avec le canapé Voulez-vous et une collection en métal et bois, Fermob installe ses codes couleur à l'intérieur de la maison © Nicolas Matheus
Le durable comme boussole
Reste un fil rouge qui traverse toute l'histoire récente de la marque : la longévité des produits. L'acier se recycle à l'infini, le processus de fabrication reste peu énergivore, et Fermob mise sur la réparabilité pour prolonger la vie de ses meubles. Cette exigence, portée aujourd'hui par la génération suivante de la famille Reybier, prolonge le pari de 1989 sous une forme contemporaine.
D'une ferronnerie de douze salariés à un groupe présent sur tous les continents, Fermob a transformé un savoir-faire régional en art de vivre exportable. La couleur reste sa carte d'identité, le métal son socle, et la maison son nouveau terrain. La chaise de bistrot inventée pour les limonadiers parisiens n'a pas fini de voyager.