A Soisy-sur-Ecole (Essonne), au sud de la capitale, une bâtisse du Gâtinais, située au milieu de 150 hectares de blés, a été transformée en lieu de résidence. La propriétaire, gérante d'une société civile d'exploitation agricole (SCEA), souhaitait vivre et travailler dans cette ancienne ferme céréalière dont elle avait hérité. Elle a ainsi missionné l'agence Dusapin & Associés Architectes pour imaginer l'avenir du site.
Le bâtiment offrait de belles surfaces, mais elles étaient "
autrefois sombres et l'aménagement datait d'une autre époque", raconte à
Batiactu Thomas Jeannot, architecte et chef de projets à Dusapin & Associés Architectes. L'objectif était donc de conserver l'existant, tout en lui apportant une touche contemporaine. "
La propriétaire porte un certain intérêt pour l'art et l'architecture, et possède une sensibilité pour les formes, volumes et espaces tout en nous laissant, architectes, une liberté dans la conception."
Composer avec l'histoire du lieu
L'agence a transformé l'édifice tout en veillant à préserver son histoire. Si sa date de construction est inconnue, le bâtiment a été "
modifié plusieurs fois, notamment sur les façades avec des appareillages de pierre de style anglo-saxon", note l'architecte. La ferme est située dans un secteur de monuments historiques, à proximité d'une église classée. "
Il fallait notamment respecter les formes des fenêtres, plus hautes que larges, et que les nouvelles baies créées soient cohérentes avec l'existant."

La grange abrite, au rez-de-chaussée, la cuisine et, à l'étage, une salle de bain. © Philippe Billard
La grange abrite, au rez-de-chaussée, la cuisine et, à l'étage, une salle de bain. Les volumes en double hauteur ont été conservés. Le reste des espaces pourrait, à l'avenir, accueillir de petits événements professionnels agricoles. La propriétaire souhaitait également que la partie privative communique directement avec la grange, auparavant accessible uniquement depuis l'extérieur. De nouveaux percements permettent ainsi de renforcer le rapport entre intérieur et extérieur, mais aussi entre la partie logement et la grange. "
Cela donne une façade asymétrique, assez singulière", souligne Thomas Jeannot.

Une partie de la grange peut servir à la tenue d'événements agricoles. © Philippe Billard
Une surélévation pour relier les deux corps de ferme
Une dent creuse entre deux bâtiments a été investie par une surélévation-extension, constituée d'une façade en bois et d'un soubassement en pierre. Le nouvel élément assure désormais la jonction entre les deux bâtiments existants et abrite une grande chambre.

Zoom sur l'extension. © Philippe Billard
Cette surélévation a permis de gagner des mètres carrés supplémentaires sans artificialiser davantage les sols. Un couloir, suspendu en hauteur, a été reconstruit pour assurer la liaison entre la nouvelle mezzanine qui surplombe le salon et les chambres de l'étage.

Une chambre a été aménagée dans la surélévation. © Philippe Billard
L'entrée de la maison s'insère entre la surélévation et le salon, dans le prolongement des géométries existantes. Située à l'aplomb de celle-ci, la salle à manger dialogue avec les principaux espaces du rez-de-chaussée et s'ouvre sur le jardin. Largement vitrée, l'extension permet de baigner les espaces de lumière naturelle. Ces derniers sont toutefois protégés du soleil, en été, par le feuillage des grands arbres alentour.
Une charpente sur mesure
La surélévation repose sur une charpente composée de portiques triangulaires, prolongés de part et d'autre par des retours horizontaux. Des ferrures métalliques ont été intégrées à chaque angle afin de reprendre les charges de la structure. Aucun poteau n'a ainsi été ajouté à l'intérieur de la surélévation ; les portiques viennent s'encastrer directement dans les maçonneries existantes.

L'ensemble a été repensé par l'agence d'architecture Dusapin & Associés Architectes. © Philippe Billard
La principale difficulté résidait dans la géométrie des deux anciens corps de ferme. Leurs murs ne sont ni parallèles ni parfaitement perpendiculaires, ce qui a imposé de fabriquer des portiques de longueurs différentes afin de s'adapter à la forme générale du bâtiment. Certains se prolongent également latéralement, notamment au droit du salon principal, pour former une structure adaptée à la configuration irrégulière de l'existant. La charpente a ensuite été entièrement assemblée sur place par le charpentier, à l'aide d'une grue. Malgré la complexité de l'ouvrage sur mesure, l'ensemble de la charpente de la surélévation a pu être monté en une seule journée.

Les éléments en bois sont en chêne massif. © Philippe Billard
Recomposer avec l'existant
A certains endroits, de la laine de chanvre a été mise en œuvre, notamment dans l'extension-surélévation. Certaines fenêtres ont été remplacées, tandis que d'autres éléments ont été rétablis, comme une fenêtre existante autrefois murée, qui a été réinstallée. "
L'idée était de recomposer les façades ensemble par rapport à des éléments existants", souligne Thomas Jeannot.

"La propriétaire porte un certain intérêt pour l'art et l'architecture", selon Dusapin & Associés Architectes. © Philippe Billard
Des parements de pierre ont été retravaillés et des rejointoiements effectués lorsque les anciens joints étaient dégradés. L'ensemble des façades a également été nettoyé. Des encadrements de baie présents sur certaines façades ont été répliqués. "
Tout a été pensé pour ne pas altérer le confort thermique offert par l'existant, en choisissant des parements et finitions adéquats. Quelques cloisons intérieures sont habillées de briques et d'autres de fermacell", un matériau composé de gypse et de fibres de cellulose recyclées. Enfin, de la chaux claire a été projetée à l'intérieur comme à l'extérieur.

La pierre a été révélée dans ce projet. © Philippe Billard
Le réemploi comme fil conducteur
Une attention particulière a été portée à la "
respiration" du bâti ancien, notamment grâce aux dispositifs de ventilation intégrés aux menuiseries et au traitement des charpentes. Le chantier, qui s'est étendu d'octobre 2023 à octobre 2025, a également été l'occasion de réemployer certains éléments structurels du bâtiment. C'est notamment le cas d'une imposante poutre en bois, initialement située au rez-de-chaussée et utilisée pour soutenir le plancher supérieur. Lors de l'ouverture de ce plancher, l'agence d'architecture a choisi de la conserver. Nettoyée et sablée, elle a finalement trouvé une nouvelle fonction à l'étage, avec l'appui du charpentier.
Le plancher présentait une certaine fragilité. A l'origine, il était suspendu à la ferme de charpente, au moyen de nombreuses petites pièces métalliques en U qui reprenaient les solives. Pour renforcer l'ensemble, l'ancienne poutre du rez-de-chaussée a donc été réinsérée dans les murs en pierre existants. L'intervention permet ainsi à la fois de consolider la structure et de préserver un élément du bâtiment d'origine.

Les toitures, qui présentaient des problèmes d'étanchéité, ont été refaites. © Philippe Billard
Les toitures, qui présentaient des problèmes d'étanchéité, ont été refaites, tout comme les cheminées. Les parquets, "
de qualité", ont été récupérés et valorisés. Le travertin utilisé comme revêtement de sol du salon a également été préservé. L'électricité et la plomberie ont quant à elles été remises aux normes. Portes, poignées, planchers, lavabos anciens, dont un évier en pierre, ainsi que des robinetteries d'origine ont été réemployés. Dans la seconde salle de bain, une cuve en béton inutilisée a été réutilisée comme baignoire. L'agence d'architecture a, par ailleurs, dessiné la quasi-totalité des aménagements intérieurs.

Une cuve en béton réemployée sert désormais de baignoire. © Philippe Billard
Quelques mots sur Dusapin & Associés Architectes
Diplômé de l'École nationale supérieure d'architecture de Paris - La Villette, Fabrice Dusapin a fondé son agence en 1993, qui est devenue en 2011 Dusapin & Associés Architectes. Son cabinet, composé de quatre personnes, est spécialisé dans les programmes de logements et les équipements d'enseignement. Il travaille actuellement sur la réhabilitation d'une école maternelle à Cachan (Val-de-Marne).