A Paris, un appartement haussmannien passe de la classe F à A

    Publié le 28 août 2026 par Claire Tardy
    Vue aérienne de l'appartement
    Vue aérienne de l'appartement © Sébastien Delpont
    RENOVATION ÉNERGÉTIQUE. En rénovant son propre logement, Sébastien Delpont, fondateur de Ressorts, société spécialisée dans la facilitation des parcours de rénovation, a voulu démontrer qu'il est possible de transformer un appartement ancien, construit avant 1945 et situé en centre-ville, en un logement classé A. A travers ce projet, il entend également mettre en lumière la capacité des TPE et PME à répondre à un double défi : réduire durablement les consommations énergétiques tout en adaptant les logements aux changements climatiques.
    D'une superficie de 81 m², cet appartement haussmannien typique disposait, comme beaucoup de biens de ce genre, d'une classe énergétique déplorable. Son propriétaire, Sébastien Delpont, ne s'est pourtant pas laissé décourager par son classement F et a su orchestrer une rénovation exemplaire pour en améliorer le DPE. Grâce à un mix ingénieux des solutions mises en place et à une bonne coordination des travaux, réalisés par la copropriété et individuellement, le bien affiche désormais une classe A. Une belle manière de démontrer la capacité des artisans à adapter les logements citadins anciens aux conditions climatiques qui façonneront les villes à l'horizon 2050, avec des épisodes de chaleur pouvant atteindre les 50 °C.

    Être un "cordonnier bien chaussé"

    "J'ai voulu être un cordonnier bien chaussé", explique Sébastien Delpont. Le fondateur de l'entreprise sociale et solidaire Ressorts travaille au développement d'outils et de ressources pour faciliter les parcours de rénovation et la coordination des travaux. Rénover son propre bien était alors une belle manière de mettre en situation ses connaissances : "J'ai beaucoup travaillé avec des bailleurs sociaux sur des maisons individuelles et des grands ensembles collectifs d'après-guerre, qui représentent près de 75% du parc français de logements. La part des appartements situés en centres-bourgs n'est pas anecdotique, pesant pour 25% du parc national. Il me paraissait donc important de réfléchir sérieusement à la manière d'améliorer leurs performances énergétiques."
    Sébastien Delpont constate notamment que les travaux réalisés dans le bâti ancien de centre-ville, à l'échelle de la copropriété, n'ambitionnent généralement d'augmenter la performance énergétique des logements que de 30 à 40%, contre 70% en moyenne dans les grands ensembles. Avec cette rénovation, il souhaite ainsi prouver que nous ne sommes pas tenus de faire deux fois moins bien dans les centres-villes et que cette différence peut être compensée en travaillant à l'échelle de l'appartement.
    Vues de l'appartement à la fin du chantier
    Vues de l'appartement à la fin du chantier © Sébastien Delpont
     

    Une copropriété engagée

    Dans cet immeuble parisien, la copropriété s'était déjà engagée dans une démarche d'amélioration énergétique pour augmenter de F à D la classe du bâtiment, construit en 1881. Les travaux votés, mais pas encore engagés, comprenaient un réhaussement de la toiture pour permettre une isolation par l'extérieur en laine de bois, surmontée d'un toit en zinc blanc laqué, une solution déjà utilisée dans le neuf. Étaient également prévus une isolation par l'extérieur des murs côté cour, toujours en laine de bois, la pose de volets sur cette même façade et l'isolation des caves. Le tout pour une enveloppe de 60.000 euros par famille, subventionnée à hauteur de 40.000 euros.
    Si les travaux engagés par les copropriétés jouent un rôle clé pour la rénovation énergétique des logements, notamment à Paris, ils ne représentent qu'une partie du chemin à parcourir.

    Un mix travaux efficient au sein de l'appartement

    Sébastien Delpont n'a pas souhaité attendre six mois le début des travaux de la copropriété pour parcourir la seconde moitié du chemin. Il a travaillé main dans la main avec le cabinet Pouget Consultants pour identifier le meilleur bouquet de travaux à réaliser au sein même de l'appartement en complément de ceux initiés collectivement.
    Isolation des murs intérieurs avec le déplacement des moulures
    Isolation des murs intérieurs avec le déplacement des moulures © Sébastien Delpont
     
    Une isolation intérieure d'une épaisseur de cinq centimètres a été posée sur les murs côté rue et un retour d'isolation a été fait au plafond avec chanvre et coton de dix centimètres. "L'isolation par l'intérieur fait toujours un peu peur pour la perte qu'elle engendre en termes de superficie. In fine, nous avons perdu ici 0,6 mètre carré. Mais cela nous a permis d'atteindre la classe A, donc d'augmenter la valeur du bien", précise le propriétaire. Pour préserver l'esthétique de l'appartement, les moulures du plafond ont été déposées, puis refaites un mètre plus loin. "Les nouvelles moulures ont été refaites à l'identique grâce à un moule en silicone, pour un budget de 3.000 euros."
    La chappe sèche en billes de Fermacell
    La chappe sèche en billes de Fermacell © Sébastien Delpont
     
    Tout un travail sur l'étanchéité à l'air a aussi été entrepris au niveau du sol. Une chappe sèche en billes de Fermacell a été posée sous le nouveau parquet pour améliorer l'isolation thermique et acoustique du bien. Afin d'éviter les ponts thermiques et les sorties d'air parasites, un pavage cartonné a été ajouté au-dessus de la chappe sèche, avant la pose du parquet et le jointage des contours de fenêtres et des prises de courant.
    Les fenêtres ont été changées pour un triple vitrage thermique particulièrement efficace. "L'hiver, la différence avec le double vitrage n'est pas flagrante, mais, l'été, il est beaucoup plus protecteur face à l'ensoleillement. Il est également plus efficace sur le plan acoustique", explique Sébastien Delpont.
    Pour mesurer la performance du logement, des tests de perméabilité à l'air ont été réalisés à deux reprises par une société spécialisée : après l'isolation et la pose des nouvelles fenêtres, puis avant les travaux de finitions pour mettre les dernières rustines de correction.

    L'intégration d'une pompe à chaleur en milieu urbain

    Le troisième sujet concerne la ventilation et la production d'eau chaude sanitaire, qui dépendait précédemment de l'énergie fossile. Le système d'origine a été remplacé par une pompe à chaleur air/eau sans unité extérieure, qui ne nécessite pas d'obtenir d'autorisation auprès des Architectes des Bâtiments de France et des services d'urbanisme.
    La pompe à chaleur couvre tous les besoins de ventilation et de chauffage
    La pompe à chaleur couvre tous les besoins de ventilation et de chauffage © Sébastien Delpont
     
    L'évacuation de l'air froid se fait via l'ancien conduit d'évacuation des gaz brulés. "Les calories nécessaires au chauffage de l'air entrant sont puisées dans l'air vicié rejeté et non à l'extérieur. Le système est très intéressant, notamment en milieu urbain, mais nécessite une très bonne isolation du logement pour obtenir une quantité suffisante de calories en intérieur", précise Sébastien Delpont. Il note cependant l'encombrement de la pompe à chaleur, plus volumineuse qu'une chaudière classique. "Cela est comparable à un gros réfrigérateur, mais prend en charge la ventilation et le chauffage."
    En plus du triple vitrage, le confort d'été est assuré par la présence de volets et le mode de surventilation nocturne de la pompe à chaleur, qui permet d'évacuer plus vite l'air chaud sans avoir à ouvrir les fenêtres.
    Plan des solutions mises en place
    Plan des solutions mises en place © Sébastien Delpont
     

    Un chantier efficace et facilement réplicable

    Un an après les travaux, le propriétaire constate une baisse de 60% du coût de ses factures énergétiques. Le tout en ayant fait appel à seulement trois corps d'artisans pour réaliser le chantier. Cela représente une facture globale de 55.000 euros, dont 19.000 d'aides financières. "L'approche est facilement réplicable pour les 25% d'appartements de centres-bourgs ou centres-villes construits avant 1945. Elle est intéressante car elle est accessible et réalisable avec l'intervention d'artisans exerçant sous le régime TPE/PME", conclut Sébastien Delpont, heureux de pouvoir ainsi redonner espoir en la rénovation énergétique de l'habitat ancien en copropriété.
    A Paris, un appartement haussmannien passe de la classe F à A
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