Notre-Dame de Paris en septembre 2020 © Corentin Patrigeon
Organisé chaque année, le concours des Rubans du patrimoine récompense les plus beaux et ambitieux chantiers de restauration patrimoniale aux quatre coins de la France. Le palmarès 2021 a été l'occasion de saluer le travail d'entreprises du bâtiment spécialisées dans le bâti ancien au travers de six prix. Diaporama.
S'il est probablement le plus connu, le plus emblématique et le plus lourd d'enjeux, le chantier de reconstruction de la cathédrale Notre-Dame de Paris est pourtant bien loin d'être le seul projet de restauration patrimoniale en France.
Organisé chaque année par la Fédération française du bâtiment (FFB), le concours des Rubans du patrimoine récompense
les plus beaux et ambitieux chantiers de réhabilitation aux quatre coins du pays. La publication du palmarès 2021 a été l'occasion de saluer le travail d'entreprises du bâtiment spécialisées dans le bâti ancien, et dont les compétences et l'expertise technique ont fait l'objet de six prix différents.
"C'est une édition 2021 remarquable, avec un nombre record de dossiers déposés, en hausse de 45% par rapport à 2020", a commenté Yann de Carné, le président du GMH, le Groupement des entreprises de restauration de monuments historiques, lors de la présentation des lauréats. Des chiffres qui s'expliqueraient par les périodes de confinements sanitaires, qui ont laissé plus de temps aux équipes municipales pour préparer leurs candidatures.
"C'est également une année exceptionnelle avec trois édifices religieux", a poursuivi l'artisan, rappelant au passage que la France, du fait de son histoire, compte pas moins de 45.000 églises sur son sol. Des bâtiments qui demandent évidemment un entretien constant :
"La France possède un patrimoine précieux, l'un des plus importants au monde. Le patrimoine est un bon choix d'investissement pour l'emploi local et l'économie locale", a ajouté Yann de Carné.
Découvrez en images les vainqueurs et les projets récompensés.
Prix national - Communes de moins de 3.500 habitants
Beaulieu © Olivier-Yves Lagadec
Le prix national pour les communes et intercommunalités de moins de 3.500 habitants a été décerné à la restauration extérieure du chevet de l'abbatiale Saint-Pierre de Beaulieu-sur-Dordogne, classée Monument historique depuis 1862. Cette commune corrézienne de 1.347 âmes a en effet accueilli ce chantier de modernisation d'une durée de six ans et d'un montant total de 1,48 million d'euros.
L'origine de l'édifice remonte vers les années 1100, lorsque les moines clunisiens entreprennent sa construction. Celle-ci ne s'achève qu'au début du XIIIe siècle, faisant de l'abbatiale un symbole de l'architecture limousine.
"Le mauvais état général des couvertures, l'état préoccupant des parements extérieurs et des sculptures a motivé le lancement de l'important programme de restauration" explique la FFB, ce vaste projet ayant déjà débouché sur des opérations en 2002 (rénovation du porche Sud), 2010 (clocher) et 2011 (transept et tourelles).
"La nouvelle toiture a été refaite, semblable à celle d'origine. Les tuiles ont été fabriquées de manière artisanale, pratiquement sur-mesure dans des moules en bois. Les 121 modillons du chevet, comme l'ensemble des décors sculptés, ont été nettoyés et consolidés. Les éléments altérés, fissurés ou cassés ont été réparés ou remplacés." Une rénovation qui permet à l'abbatiale de continuer à accueillir ses visiteurs, mais aussi des concerts ainsi que des animations autour de l'art roman.
Prix national - Communes de moins de 3.500 habitants
Prix national - Communes entre 3.500 et 20.000 habitants
Riom © Olivier-Yves Lagadec
Le chantier de reconversion de l'ancien couvent des Rédemptoristines en écoles d'arts et de musique, à Riom (Puy-de-Dôme, 19.782 habitants), a reçu le prix national pour les communes et intercommunalités entre 3.500 et 20.000 habitants. Durant 30 mois, ce projet chiffré à quasiment 8,1 millions d'euros a consisté à donner un rôle contemporain à ce lieu religieux délaissé par les soeurs depuis 2011.
"Une grande partie des matériaux est préservée, restaurée et mise en avant, associant une mise en oeuvre conséquente de matériaux isolants sains et traditionnels, tels que la laine de bois, et la mise en oeuvre d'enduit à la chaux, répétant ainsi les savoir-faire d'antan", détaille le jury du concours.
Les chanoines de la Congrégation de France ont fondé l'établissement en 1661. Vendu comme bien national à la Révolution, il est acquis par la municipalité en 1792. Plusieurs ordres religieux se sont ensuite succédés entre ses murs : les visitandines entre 1818 et 1971, puis les Rédemptoristines entre 1973 et les années 2010. La transformation de l'ancien couvent a certes ajouté des éléments architecturaux mais a aussi préservé l'héritage historique du lieu :
"L'atrium qui a été créé, coiffé d'une imposante verrière d'une surface de 220 mètres carrés, abrite le point de convergence du projet : un vaste hall d'accueil redessine le tracé de l'ancienne cour et souligne l'élégance des façades du XIXe retrouvées. Un nouveau volume en béton blanc vient dialoguer dans ce nouvel espace, affichant une façade de lames en pierre de Volvic suspendues."
Les écoles municipales d'arts plastiques et de musique occupent désormais les lieux, aux côtés d'une médiathèque, de trois salles de cinéma et de deux jardins thématiques.
Prix national - Communes entre 3.500 et 20.000 habitants
Prix national - Communes de plus de 20.000 habitants
Rouen © Olivier-Yves Lagadec
Le prix national pour les communes et intercommunalités de plus de 20.000 habitants a été remis au chantier de reconversion de l'aître Saint-Maclou, en plein centre-ville de la métropole normande de Rouen. Il s'agit d'un exemple unique en son genre d'ancien cimetière charnier du XVIe siècle conservé en Europe. Les sources nous indiquent qu'il a été fait mention pour la première fois de ce lieu de sépulture en 1362. Par la suite, il fait l'objet de plusieurs extensions jusqu'à la fin du Moyen Âge. En 1526, on entreprend de bâtir les galeries encerclant le cimetière à l'Ouest, au Nord et à l'Est.
A la moitié du XVIIe siècle, l'aître se tourne vers une fonction scolaire, et endosse encore plus tard un rôle industriel. C'est ensuite au tour de l'école des Beaux-Arts d'y prendre ses quartiers entre 1940 et 2014, avant que le site ne soit désaffecté. L'architecture et l'identité du lieu ont été profondément marquées par cette
"cohabitation" entre la fonction de cimetière et celle d'école. Cela a aussi justifié son inscription aux Monuments historiques en 1862.
La réhabilitation des façades, toitures, décors, structures et intérieurs de l'aître s'imposait en vue d'une nouvelle affectation, d'après la FFB :
"La restauration de l'ensemble de l'aître Saint-Maclou va permettre la création de lieux d'expositions et de galeries d'artisanat d'art, d'un restaurant, d'évènements scéniques extérieurs. Le monument va ainsi demeurer ouvert à tous et trouver une nouvelle vie." Les travaux se sont étalés sur 26 mois, et la facture s'est chiffrée à plus de 14 millions d'euros.
Prix national - Communes de plus de 20.000 habitants
1er prix spécial du jury
Bonnet © Olivier-Yves Lagadec
La restauration intérieure de l'église Saint-Florentin du village de Bonnet, dans la Meuse (200 habitants), a été sélectionné pour le prix spécial du jury. De style gothique, le lieu de culte a été bâti entre le XIIIe et le XIVe siècles. Pas moins de 19 tableaux peints et 22 peintures à l'huile représentant la vie du Christ et la légende de Saint-Florentin ont ensuite été ajoutés entre le XIVe et le XXe siècles. Le tombeau de Saint-Florentin, pour sa part, a été réalisé à la fin du XVIe siècle. Vouée un temps à la destruction, l'église a été sauvée grâce à son classement en 1909 aux Monuments historiques.
"Le clos et le couvert ont été traités avec l'assainissement en 1998, la restauration des façades et toitures en 2009. La stabilité et l'étanchéité de l'édifice étant assurées, les travaux pour traiter les intérieurs ont été réalisés entre 2018 et 2020 afin de mettre en valeur ce patrimoine. La valeur historique, historiographique, artistique et technique des peintures en fait un ensemble unique", soulignent les jurés. Le chantier a duré deux ans pour un coût de 941.500 €.
1er prix spécial du jury
2e prix spécial du jury
Le Mesnil © Olivier-Yves Lagadec
C'est au projet de restauration de l'église Saint-Vincent du Mesnil-le-Roi, dans les Yvelines (6.400 habitants), que le second prix spécial du jury a été décerné. D'un montant global de 1,33 million d'euros, le chantier s'est étalé sur deux ans et huit mois. Son objectif :
"Purger, nettoyer les parements en pierre de taille, dégarnir les joints. Les pierres les plus abîmées ont été changées, confortées par un coulis de chaux. Les travaux intérieurs ont porté sur la reprise des fissures, la consolidation des maçonneries internes désorganisées, la restauration des arcs et voûtes, des parements intérieurs et enduits. Les parements altérés par des remontées capillaires ont été nettoyés, dessalés et consolidés."
Consacrée en 1587, l'église du Mesnil-le-Roi possède une architecture surprenante et complexe : le choeur et le transept s'inscrivent dans le gothique flamboyant, tandis que la nef, certainement plus tardive, apparaît comme anachronique. Rattaché au patrimoine communal depuis la loi de 1905 (loi de séparation des Églises et de l'État), l'édifice est également inscrit à l'inventaire supplémentaire des Monuments historiques depuis 1948.
2e prix spécial du jury
Prix spécial du dynamisme territorial
Roubaix © Olivier-Yves Lagadec
Enfin, le prix spécial du dynamisme territorial a été attribué à la réhabilitation de la Condition publique, un édifice de 10.000 m² situé à Roubaix, dans la métropole de Lille (Nord, 1,17 million d'habitants). Des travaux qui ont duré 26 mois et dont la facture s'est élevée à plus de 2,87 millions d'euros. Sorti de terre en 1902, classée à l'inventaire supplémentaire des Monuments historiques en 1998, cet ancien site de conditionnement textile a été acquis par la Métropole européenne de Lille (MEL) en 2000.
C'est en 2004, lorsque Lille endossait le rôle de "capitale européenne de la culture", que la Condition publique a été intégralement réaménagée et réhabilitée pour en faire une
"manufacture culturelle", combinant lieu de vie, de travail et de
"diffusion artistique". Une salle de spectacles, des salles d'exposition, des studios d'enregistrement, des ateliers d'artistes et un restaurant sont venus s'implanter sur le site.
"La verrière surplombant la "rue couverte" [voie de passage entre deux bâtiments, NDLR] a été remplacée, les façades et les menuiseries restaurées, le pavage repris. Les façades, les chéneaux et les menuiseries de la rue Monge ont également été restaurées. La restauration de ce bâtiment emblématique renforcera ses atouts touristiques", précise le jury. Des marchés hebdomadaires, des animations et rencontres culturelles sont aussi au programme.
Prix spécial du dynamisme territorial