Un couvent parisien habilement rénové et réinventé

    Publié le 27 octobre 2022 par Lilas-Apollonia Fournier
    Un couvent parisien habilement rénové et réinventé
    Un couvent parisien habilement rénové et réinventé © Cyrille Lallement
    A Paris, la Maison Saint-Charles promeut à la fois le lien social et intergénérationnel, en mélangeant différentes populations. Sœurs, familles monoparentales, jeunes travailleurs et institutions se partagent ainsi cet espace revisité.
    Le XVe arrondissement de Paris se transforme, à l'instar du nouveau programme mené dans la Maison Saint-Charles, rue de Vaugirard. Ce lieu, à la fois social et intergénérationnel, abrite des logements autonomes, un espace de coworking, une résidence intergénérationnelle, une chapelle réhabilitée, mais aussi des chambres d'hôtes et deux jardins. Le projet est à la fois un programme de déconstruction, de reconstruction et de rénovation.
    Avec son patrimoine savamment conservé, la Maison Saint-Charles abrite 150 ans d'histoire. Elle a notamment accueilli un orphelinat, ou encore une école primaire et son internat. Le site a également hébergé, durant plusieurs décennies, les religieuses de la Congrégation des sœurs de la charité dominicaines de la présentation de la sainte vierge. Aujourd'hui, si les sœurs sont restées, le bâtiment fait aussi office d'accueil pour des personnes en logements temporaires d'insertion, et pour ceux qui auraient besoin de séjourner dans la capitale. Plusieurs artistes sont intervenus sur ce projet, en composant deux fresques en mosaïques dans la maison, et en rénovant et en créant 14 vitraux de la chapelle.
    Pour les acteurs de ce projet immobilier, il était essentiel de conserver l'esprit hospitalier et bienveillant de cet espace. "Nous voulions trouver un projet qui rende pérenne ce site et surtout sa mission sociale. [...] Devenir une résidence intergénérationnelle à caractère social correspondait tout à fait à la philosophie de vie que nous voulions développer dans cette maison", témoigne Sœur Véronique Margron, prieure provinciale de la Congrégation, lors de la visite à laquelle nos confrères de Batiactu ont assisté. "Nous voulions pérenniser le lien, en continuant d'offrir une vocation hospitalière et spirituelle."
    Visite du projet en images.
    Un couvent parisien habilement rénové et réinventé

    Genèse du projet

    Maison Saint-Charles Paris - Genèse du projet
    Maison Saint-Charles Paris - Genèse du projet © Cyrille Lallement
    Le projet démarre en 2012, quand la communauté d'une vingtaine de sœurs, âgées pour la plupart, décide de réhabiliter les lieux. Elles trouvent le patrimoine vétuste. Face au coût que représente une telle rénovation, elles choisissent de céder une partie du foncier pour pouvoir financer les travaux. Avec l'association Habitat et Humanisme Île-de-France, le promoteur Vinci Immobilier et Seqens Solidarités, elles réfléchissent à l'avenir du couvent. Un concours pour la rénovation du bâtiment est lancé en 2013 et est remporté en 2014 par Vinci Immobilier et France Habitation, devenue Seqens. Le permis de construire est obtenu en 2017, avec la volonté de conserver la chapelle et de valoriser les espaces verts protégés. Les travaux durent 3 ans.
    "Le Covid-19 a notamment perturbé le chantier un temps. Le bâtiment a finalement été livré en décembre 2021", se remémore Isabelle de Beauvoir, présidente de l'association Habitat et Humanisme Île-de-France. "La Maison Saint-Charles est un ambitieux projet pour Habitat et Humanisme Île-de-France, dans lequel nous mixons les usages (logement, tourisme, travail) et les publics, puisque près d'une centaine de personnes cohabitent quotidiennement dans ces lieux, résidents, visiteurs, usagers des espaces de travail, salariés et bénévoles de notre association... Avec, entre autres intérêts, celui de favoriser la mixité sociale en plein Paris", intervient Christelle Parneix, directrice générale d'Habitat et Humanisme Île-de-France. "Aujourd'hui, c'est un lieu de vie unique, atypique, ouvert sur la ville et dédié à la mixité sociale et au partage."
    Genèse du projet

    Une résidence à l'identité multiple

    Une résidence à l'identité multiple
    Une résidence à l'identité multiple © Cyrille Lallement
    La résidence comprend la chapelle rénovée, des logements autonomes et des espaces partagés (salle à manger/cuisine, salle de lecture, foyer, bibliothèque, buanderie). A cela s'ajoutent des logements réservés aux jeunes travailleurs et aux étudiants, et 20 autres pour les sœurs. Des familles monoparentales et des seniors habitent également les 47 logements PLAI et les deux colocations intergénérationnelles. Les résidents disposent de 45 places de parking. Quinze chambres d'hôtes réservées aux personnes ayant peu de ressources pour visiter Paris ont aussi été dessinées.
    Des salles de réunion à louer et un espace de coworking de 10 postes de travail s'ajoutent à cet ensemble. En cœur d'îlot se trouvent 3.600 m² de jardin-potager imaginés par l'architecte-paysagiste Christian Fournet. Des activités sont proposées par Habitat et Humanisme Île-de-France, qui a en charge la gestion et l'animation de la maison. Pour son président-fondateur, Bernard Devert, l'idée est de "combattre l'homogénéité des quartiers" pour éviter de créer des situations d'exclusion et de stigmatisation.
    Une résidence à l'identité multiple

    La résidence "Hors du temps"

    La résidence "Hors du temps"
    La résidence "Hors du temps" © Cyrille Lallement
    Au cœur de la Maison Saint-Charles se trouve la résidence Hors du Temps, conçue par l'architecte Marie-Odile Foucras, et dont Vinci Immobilier est le promoteur. Trente-cinq logements sont proposés, du 2 au 5 pièces, équipés de vastes loggias, de toits terrasses, de grandes baies vitrées et d'une pergola au dernier étage. La pierre claire, le métal et le verre sont mis en avant. L'un des deux bâtiments de la résidence a été construit en filière sèche afin de préserver les espaces verts environnants. Les éléments ont été préfabriqués et assemblés sur place par des moyens techniques légers. Le chantier a ainsi été moins impactant sur le jardin et plus écologique, selon les porteurs du projet.
    La résidence "Hors du temps"

    La chapelle restaurée

    La chapelle restaurée
    La chapelle restaurée © Cyrille Lallement
    Elle a été préservée et restaurée par h2o Architectes. La chapelle néogothique qu'utilise la Congrégation a bénéficié de travaux de restauration intérieure. L'édifice est moins haut que par le passé et a été réduit à trois travées éclairées par des baies en ogive, qui descendent désormais jusqu'au sol. "La nouvelle abside, d'une forme plus contemporaine orientée vers la lumière, est traitée en bois avec des parties pleines bardées, des parties à claire-voies plus denses en bas et plus aérées vers le ciel", explique l'artiste verrier Matthieu Gasc. C'est lui qui a réalisé quatre vitraux en dalle de verre liée par un joint de ciment. D'autres vitraux ont été remplacés et peints avec des matériaux et des techniques du XVIe siècle par l'artiste restauratrice du patrimoine vitrail, Flavie Serrière Vincent-Petit. Celle-ci a peint des mimosas, des fleurs qui offrent différents niveaux de lecture, pour les sœurs comme pour les visiteurs.
    La chapelle restaurée

    Deux nouveaux jardins

    Deux nouveaux jardins
    Deux nouveaux jardins © Cyrille Lallement
    Deux jardins, conçus par l'architecte-paysagiste Christian Fournet, composent aussi l'ensemble. Celui de la Maison Saint-Charles est inspiré des jardins monastiques et invite au repos. Il convie les différentes populations à échanger dans ce lieu boisé. Le jardin de la résidence Hors du temps a, lui, plutôt été conçu comme une clairière. Dans l'ensemble, une grande majorité d'arbres a été préservée. Des essences ont été ajoutées à la palette végétale, notamment des érables, des prunus, merisiers, bouleaux et pins sylvestres. "Le projet fait la part belle aux espaces verts. Dans cet écrin végétal, il nous fallait implanter un nouveau bâtiment tout en conservant 80% des arbres situés sur le pourtour de la parcelle", raconte Marie-Odile Foucras, architecte de la résidence Hors du Temps. De son côté, Joëlle Agarande, architecte chez h2o architectes en charge du projet et du chantier, juge que les arbres "font le lien entre les différents édifices et participent de la qualité de ces espaces calmes et privilégiés".
    Deux nouveaux jardins

    Des défis à relever

    Des défis à relever
    Des défis à relever © Cyrille Lallement
    Le projet a représenté de nombreux défis, convient Virginie Leroy, directrice générale immobilier résidentiel et des régions à Vinci Immobilier. "La parcelle est en longueur et il était complexe de mixer les différents projets du site, qui possède un passé architectural et paysager. Nous devions être à la hauteur de l'histoire du site." Elle assure que les différents acteurs du projet ont cherché à préserver l'esprit et la sérénité des lieux. "Il nous a fallu composer avec une organisation contrainte d'un chantier qui s'est étalé dans le temps, la conservation d'ouvrages d'art existants, le montage du permis de construire, l'interaction avec les riverains, la restauration d'une statue... Nous avons eu affaire à de très nombreux intervenants." Le site en lui-même était un défi : le terrain est en effet tout en profondeur, avec une façade sur la rue de 15 mètres de large et un accès unique. Le métro se trouvant à proximité, se posait aussi le problème des vibrations. Pour limiter ce type de nuisance, une solution antivibratoire via la pose de boîtes à ressorts et la réalisation de fondations en profondeur a été mise en place.
    Des défis à relever

    Fiche technique du projet

    Maison Saint-Charles Paris réhabilitation
    Maison Saint-Charles Paris réhabilitation © Cyrille Lallement
     
    Promoteur : Vinci Immobilier
    Architectes : h2o Architectures (Maison Saint-Charles) et Bruno Le Moal (oratoire de la chapelle) / Marie-Odile Foucras et Tristan Auer (Hors du Temps)
    Gestion du projet social : Habitat et Humanisme Ile-de-France
    Bailleur social : Seqens Solidarités
    Paysagiste : Christian Fournet
    Artiste mosaïste : Mathilde Jonquière
    Verriers : Manufacture Vincent Petit (vitraux mimosas) et Matthieu Gasc
    Surface totale de plancher : 4.169 m²
    Superficie des jardins : 3.600 m²
    Lancement en travaux : 2018
    Livraison des logements : 2022
    Fiche technique du projet
    Partagez cet article
    Articles qui devraient vous intéresser
     
    Recevez gratuitement
    La newsletter MAP
    L'e-magazine de l'habitat sous tous les angles
    Vous pouvez vous désabonner en un clic