Oscar Lucien Ono a présenté lors du Salone del Mobile à Milan en 2026 © Cortili Photo - Maison Numéro 20
De l'histoire de l'art à l'architecture d'intérieur
Il y a dans le parcours d'Oscar Lucien Ono quelque chose de logique qui, vu de l'extérieur, peut sembler inattendu. Une formation en histoire de l'art, des années comme chroniqueur déco à la télévision (TF1, France 3, Stylia) et puis, en 2014, la fondation de Maison Numéro 20. "
Mon parcours s'est construit naturellement", dit-il. "
L'histoire de l'art m'a appris à comprendre les époques, les proportions et les influences. La télévision m'a appris à raconter un projet et à le rendre accessible. A un moment, j'ai eu envie de passer du commentaire à la création." Pour lui, chaque projet est une histoire que l'on écrit, "
mais surtout un lieu que l'on doit ressentir".
Le studio s'installe rue de l'Université, dans le 7ᵉ arrondissement. C'est de cette adresse que naît son nom. "
Maison Numéro 20, c'est d'abord l'adresse du numéro 20, là où l'aventure a pris forme, mais aussi une façon de renouer avec la tradition française des grands ensembliers-décorateurs. A cette époque, on ne parlait pas de studios, mais de Maisons : des lieux qui réunissaient une vision, des savoir-faire et des artisans autour d'un même art de vivre." Il découvrira plus tard que le chiffre 20, en numérologie, est associé au renouveau, à la maturité, à l'harmonie et à l'excellence dans la manière de fédérer les talents. "
Avec le recul, je trouve que cela reflète assez bien notre approche : créer des projets où l'esthétique, l'artisanat et l'humain dialoguent avec justesse."
Une écriture entre deux époques
Le studio compte aujourd'hui une vingtaine de collaborateurs et couvre des typologies très diverses : résidences privées, hôtels, restaurants, boutiques. Quelle que soit la commande, Oscar Lucien Ono travaille avec le même vocabulaire formel. "
Mon écriture se nourrit des années 1930 et des années 1970", précise-t-il. "
Les années 30 pour la rigueur, les proportions, les matières nobles et l'héritage des arts décoratifs français. Les années 70 pour un esprit plus enveloppant, plus libre, plus sensuel, avec une part de sexy et de glamour. » Ce qu'il cherche dans chaque projet : une tension entre structure et émotion. « Des lieux très dessinés, mais jamais froids, où l'élégance reste vivante, incarnée et désirable."

Terrasse de Casa Ibiza Can Chachacha, la villa personnelle d'Oscar Lucien Ono © German Saiz
Un hôtel n'est pas une maison
La question revient souvent dans les discussions sur le design hôtelier : comment créer ce sentiment d'être chez soi loin de chez soi ? Oscar Lucien Ono balaie l'idée. "
Je n'aime pas beaucoup cette idée de 'se sentir chez soi'. Un hôtel est fait pour nous transporter ailleurs." Ce qu'il cherche à créer, c'est un univers dans lequel on a envie de s'abandonner, où chaque détail participe à une expérience sensorielle. "
Le confort est essentiel, bien sûr, mais il doit être au service de l'évasion, pas de la familiarité. C'est cette émotion, plus que la ressemblance avec une maison, qui rend un hôtel inoubliable."
Pour autant, la méthode reste la même, qu'il conçoive une résidence ou un hôtel. "
La méthode est exactement la même, seule l'échelle de l'expérience change. Je commence toujours par raconter une histoire. Je cherche à comprendre un lieu, son architecture, son contexte et les émotions qu'il doit susciter. Ensuite, tout s'articule autour de cette narration : les matières, la lumière, les artisans, jusqu'au moindre détail." Et de conclure : "
Un hôtel doit posséder l'intimité d'une maison, et une maison doit offrir la qualité d'expérience d'un grand hôtel."
Le Soleia, ou la lumière de la Riviera
Ce processus trouve l'une de ses expressions les plus récentes dans Le Soleia, ouvert au printemps 2025 à Nice. L'ancien Hôtel La Malmaison est devenu un 4 étoiles de 46 chambres signé Inwood Hotels, dont Maison Numéro 20 a imaginé l'intégralité de l'identité intérieure. "
En réalité, ce n'était pas une commande précise. J'ai eu une grande liberté de création. Le nom Le Soleia est d'ailleurs arrivé après le projet, et il s'est naturellement inspiré de l'univers que nous avions imaginé."
Son point de départ : un ressenti. L'architecture Art déco du bâtiment, la lumière de Nice, les façades, les volets aux teintes pastel, les ocres, les verts d'eau, les bleus de la Méditerranée. "
Je ne voulais pas illustrer la Riviera, mais en retranscrire l'atmosphère. Ce sont souvent les détails les plus discrets qui évoquent un lieu avec le plus de justesse. C'est cette émotion que j'ai cherché à capturer, plutôt qu'une image de carte postale." Le résultat : une palette en terracotta, ocre et vert d'eau, des formes arrondies, des matières naturelles (rotin, jonc de mer, lin) et des clins d'œil à la Villa Kérylos, joyau néo-grec de Beaulieu-sur-Mer. Une réalisation que les Hôtel & Lodge Awards 2026 ont récompensée d'un 3ᵉ prix dans la catégorie Architecte.

: Outre le Soleia, la Villa Mirae, sur le Cap d'Antibes, est un autre projet phare de la Côte d'Azur finalisé en 2025 par le studio Maison Numéro 20 © Alexandre Tabaste
Aurea, fiction architecturale
Le printemps 2026 a porté un projet d'une nature radicalement différente. Invité par le Salone del Mobile à Milan, après David Lynch et Pierre-Yves Rochon, Oscar Lucien Ono y présente Aurea, un hôtel de fiction inspiré du nombre d'or. "
C'était un immense honneur. Avec Aurea, nous voulions créer plus qu'un décor : une fiction architecturale, un lieu habité, émotionnel, presque cinématographique."
Sans les contraintes d'un programme réel, Maison Numéro 20 peut montrer sa capacité à imaginer des univers complets et sensibles. "
C'était l'occasion de nous exprimer librement et de faire rayonner l'agence, notre vision de l'hospitalité, mais aussi les artisans, éditeurs et savoir-faire français avec lesquels nous travaillons."

: Le 'Cosmic Cabinet', l'une des pièces les plus oniriques d'Aurea: an Architectural Fiction, l'hôtel imaginaire d'Oscar Lucien Ono lors du Salone del Mobile 2026 © Cortili Photo - Maison Numéro 20
Le déclic comme point de départ
Ce qui réveille la création chez Oscar Lucien Ono n'est pas une matière ni un voyage en particulier. C'est une idée, un déclic. "
Un détail, un lieu, une œuvre, une sensation qui devient le point de départ du projet." Ensuite, il cherche le fil conducteur. "
Presque comme on écrirait un scénario. J'ai besoin d'emmener le projet vers une histoire, de créer un univers cohérent, émotionnel, habité. La décoration vient après : elle se construit autour de cette intuition première, avec les matières, les proportions, la lumière et les savoir-faire." Une méthode qui, projet après projet, produit des espaces que l'on reconnaît sans savoir toujours pourquoi.