Originaire de Lorient, Stéven Coëffic se forme aux arts appliqués à Quimper avant d'intégrer l'École nationale supérieure des Arts Décoratifs de Paris, puis de compléter son cursus en Écosse. "
J'étais très orienté design objet, quelqu'un qui conçoit en comprenant les matériaux", explique-t-il.
Un job étudiant auprès d'un mouleur-sculpteur lui transmet la logique du moule - reproduire, assembler, modulariser - devenue centrale dans sa pratique.

Lampe 05 © Motoki Nakatani
Diplômé en 2015, il s'installe immédiatement en atelier grâce à l'association Curry Vavart, un collectif artistique pluridisciplinaire qui organise et développe des espaces de vie, de création et d'activités partagées. C'est là qu'il découvre la céramique : "
Une matière malléable, presque une pâte à modeler, qui devient soudain un objet fonctionnel. La ligne de production est très courte et surtout peu onéreuse."

Exposition L'Office Tiny Room © Tom Dagnas
Le savoir-faire : précision et accidents
Ses pièces sont principalement réalisées à la commande, via son site, Instagram ou son catalogue, avec un système de formes et de couleurs modulables. Architectes et particuliers peuvent ainsi composer leurs objets. Stéven réalise également des créations complètes si le budget suit.
Son travail repose majoritairement sur le moulage. Dessin à l'encre de Chine, mise au point des formes, modelage, puis coulage en faïence liquide. Après une première cuisson à 1.000 degrés, les pièces sont émaillées puis recuites. L'assemblage final des modules qui constituent ses pièces se fait souvent à l'émail dans le four lui-même. "
L'émail, en fondant, crée une vitrification qui vient les lier", explique-t-il.
Malgré l'apparence industrielle, chaque étape introduit des variations. "Une ligne droite peut être légèrement tremblée. Deux pièces issues du même moule restent uniques", valorise-t-il. Ces micro-écarts deviennent en effet une signature, revendiquée plutôt que corrigée.

Paravent Bakélite © Stéven Coëffic
Une signature : la "distraction fonctionnelle"
Luminaires, mobilier, sculptures murales : toutes ses pièces partagent un vocabulaire de formes simples - cylindres, modules, assemblages - inspiré autant de l'architecture que du quotidien. Stéven a la passion de ce que les autres ne regardent pas (interrupteurs, plinthes, canalisations, pieds de chaise ou gonds…) en particulier lorsqu'ils émanent d'architectes contemporains qui l'inspirent : Charlotte Perriand, Le Corbusier, Luis Barragán, Alvar Aalto... "
Je vais chercher mes référents dans des petits recoins pour me différencier : une prise, une plinthe, un bout de volet."
Son concept clef, la distraction fonctionnelle, exploré dès son mémoire de fin d'études, vise à réactiver notre attention aux objets : "
On utilise les objets sans les regarder. J'essaie d'introduire un moment de trouble dans leur usage pour qu'on les prenne mieux en compte et que l'on arrête de les jeter." Comme un néon qui clignote avant de s'allumer, ses pièces ralentissent le geste et redonnent de la présence à l'objet.
Ses inspirations du quotidien, tuyaux d'arrivée d'eau, gonds, pieds de table, deviennent sous ses mains de véritables sculptures. La lampe 05, au corps bordeaux brillant et à l'intérieur rouge intense, est entrée cette année dans les collections du Mobilier national, tout comme un paravent dont les gonds en céramique en sont le vrai sujet.

Exposition L'Office Tiny Room © Tom Dagnas
De l'atelier à l'actualité : un tournant en 2026
Installé rue Ramponeau, à la Villa Belleville qu'il a cofondée, il évolue dans un environnement collectif et expérimental. Il travaille aujourd'hui avec Camille Zonca, en charge de la direction artistique et du développement.
L'année 2026 a marqué un tournant décisif : entrée dans les collections du Mobilier national, résidence à la Manufacture de Sèvres, nouveaux projets en cours…
"
Le défi, c'est de trouver l'équilibre : produire assez sans perdre le temps de faire des recherches", partage-t-il.
Sa collaboration avec India Mahdavi, initiée à la Villa Noailles, a donné récemment lieu à une collection capsule et à l'exposition L'Office (photo). En parallèle, une résidence de trois mois en Inde (Mumbai) avec la galerie Æquo a ouvert son travail à de nouveaux matériaux comme le bois ou le bronze. "
Mon travail sera exposé dans leur nouvelle galerie rue Mazarine début 2027", fait-il savoir. Ses pièces seront également à découvrir et acquérir à Saint-Sulpice Céramique du 25 au 28 juin 2026.
Stéven souhaite désormais explorer des formats plus grands et élargir ses champs d'expérimentation. Son conseil : "
Bien s'entourer pour avoir davantage de temps pour développer sa propre création. La création peut rester personnelle, mais tout le reste gagne à être partagé, de l'écriture à la rédaction des factures."
Stéven transmet également les bases du moulage et de la céramique quelques fois dans l'année lors d'ateliers. Il enseigne parallèlement dans des écoles (Duperré et l'Institut des Arts Appliqués) et prépare pour l'été une installation avec l'artiste Jeanne Trévaux du Fraval, ancienne résidente de la Villa Belleville, autour du mariage entre tissu et céramique pour fêter les 10 ans du lieu.

Lampe 17 1.9m © Stéven Coëffic
Le mot de la fin
Entre design, artisanat et art, Stéven Coëffic revendique une position ouverte : "
Je me définis de plus en plus comme artiste." Et d'ajouter, simplement : "
Je suis plutôt comblé parce que je fais ce que j'avais envie de faire depuis le départ. Je ne savais pas trop à quoi ça allait ressembler mais à présent je suis heureux de voir ce que j'ai réalisé."
Ce qu'on retient, au fond, c'est une pratique qui refuse la facilité des définitions. Stéven Coëffic ne fabrique pas des objets décoratifs qui se donnent bonne conscience avec un peu de terre. Il construit un langage formel rigoureux, "
un système logique" comme il dit, nourri d'une vraie pensée sur l'objet, la fonction, la matière. Ses pièces ne cherchent pas à être aimées immédiatement, mais elles cherchent à être regardées longtemps. Et ça, c'est assez rare.