Hôtellerie : sept matières innovantes adoptées par le secteur

    Publié le 20 octobre 2026 par Sonia Taourghi
    Le Seeko'o, à Bordeaux, dont l'agence King Kong a entièrement habillé la façade de Corian blanc.
    Le Seeko'o, à Bordeaux, dont l'agence King Kong a entièrement habillé la façade de Corian blanc. © Le Seeko'o / Corian
    TENDANCE. Une surface minérale qui se répare sur place, une façade en liège, des murs imprimés en 3D, du plastique recyclé transformé en panneaux décoratifs… Sept matières innovantes déjà éprouvées à l'hôtel.
    Avant d'arriver dans les intérieurs, de nombreux matériaux innovants font leurs preuves à l'hôtel. Peu de lieux leur imposent autant d'exigences à la fois. Les chambres voient défiler de nombreux clients au fil de l'année, les équipes nettoient les surfaces chaque jour, et le décor doit garder son effet sur la durée. Les fabricants y trouvent un terrain d'essai grandeur nature, et les hôteliers des solutions pour réduire leur empreinte carbone ou affirmer leur identité. Voici sept matières qui ont déjà passé l'épreuve, dans des établissements répartis sur plusieurs continents.

    Le Corian, une surface sans joint ni porosité

    Née chez DuPont, la matière Corian se compose de deux tiers de charge minérale et d'un tiers de résine acrylique. Elle forme une surface lisse et non poreuse, que l'on peut assembler sans joint apparent. La saleté et l'eau ne pénètrent pas dans la matière, ce qui simplifie le nettoyage. Le Corian résiste aussi aux intempéries, aux graffitis et aux UV, et peut donc habiller l'extérieur d'un bâtiment.
    A Bordeaux, l'agence King Kong a conçu le Seeko'o, premier bâtiment dont la façade est entièrement en Corian. En cas de rayure, on ponce la surface directement sur place, et l'on remplace un panneau abîmé sans toucher à ses voisins. A l'intérieur, de nombreux hôtels utilisent le matériau dans les salles de bain, sur les comptoirs de réception et dans les spas.
    La façade en aggloméré de liège expansé de l'Ecorkhotel, à Évora, au Portugal.
    La façade en aggloméré de liège expansé de l'Ecorkhotel, à Évora, au Portugal. © Ecorkhotel
     

    Le liège expansé, un matériau d'enveloppe et d'isolation

    Le liège provient de l'écorce du chêne-liège, que l'on récolte sans abattre l'arbre. Pour obtenir du liège expansé, on chauffe les granulés à la vapeur. Ils s'agglomèrent alors grâce à leur propre résine naturelle, sans colle ajoutée. Le matériau isole du froid, de la chaleur et du bruit. Premier producteur mondial de liège, le portugais Corticeira Amorim le décline en panneaux d'isolation et de revêtement.
    A Évora, au Portugal, l'Ecorkhotel a revêtu sa façade de 1.200 m² d'aggloméré de liège expansé. NH Hotel Group recycle de son côté les bouchons de ses restaurants en isolant. Selon le groupe, les 1.994 kg collectés ont servi à isoler 300 chambres neuves. A Taipei, le Capella Hotel a choisi des solutions acoustiques en liège.
    Le 84 Harrington, au Cap, construit en blocs de béton de chanvre sur douze étages.
    Le 84 Harrington, au Cap, construit en blocs de béton de chanvre sur douze étages. © Neighbourgood 84 Harringrton
     

    Le béton de chanvre, un biosourcé qui monte en hauteur

    Le béton de chanvre associe la chènevotte, la partie ligneuse de la tige, à un liant à base de chaux. Léger et perméable à la vapeur d'eau, il aide à réguler l'humidité des murs. On l'a longtemps cantonné aux maisons individuelles.
    Au Cap, en Afrique du Sud, le 84 Harrington change d'échelle. Avec ses douze étages, il est le plus haut bâtiment au monde construit en blocs et matériaux de chanvre, et accueille une adresse de Neighbourgood. Une structure en béton reçoit des blocs de béton de chanvre fabriqués par Afrimat Hemp avec son propre liant à la chaux. Selon l'entreprise, un logement de 40 m² en chanvre émet trois tonnes de CO2 de moins qu'une construction classique. En Angleterre, l'hôtel Coworth Park a lui aussi adopté un système chanvre et chaux pour les murs de son spa.
    Un matelas Tréca garni du feutre issu du linge recyclé de l'Hôtel du Cap-Eden-Roc.
    Un matelas Tréca garni du feutre issu du linge recyclé de l'Hôtel du Cap-Eden-Roc. © Tréca
     

    Le textile hôtelier recyclé glissé dans le matelas

    A l'hôtel, les lavages répétés usent vite draps et serviettes. Le fabricant français Tréca, fondé en 1935, transforme ce linge usagé en feutre épais, qu'il intègre au matelas à la place de matière neuve. La maison a ainsi recyclé 200 kg de linge de l'Hôtel du Cap-Eden-Roc, à Antibes, pour produire un feutre de 1.200 g/m², placé côté sommier.
    Tréca applique la même logique à la structure de ses matelas. Sa suspension Air Spring se compose désormais à 90% d'acier recyclé.
    Vue de projet des unités hôtelières imprimées en 3D d'El Cosmico, à Marfa, dessinées par BIG.
    Vue de projet des unités hôtelières imprimées en 3D d'El Cosmico, à Marfa, dessinées par BIG. © ICON / El Cosmico
     

    Le béton imprimé en 3D, pour des formes courbes

    L'impression 3D permet de construire des murs courbes sans coffrage. La société texane ICON a développé pour cela la Vulcan, une imprimante géante de 14,2 mètres de large. Elle dépose couche après couche le Lavacrete, un mélange à base de ciment mis au point par l'entreprise.
    A Marfa, au Texas, l'hôtel-camping El Cosmico construit ses nouvelles unités avec cette technique, sur des plans courbes du cabinet BIG. Le site d'origine a fermé et l'ouverture du nouveau est annoncée pour 2027. L'hôtellerie avait déjà tenté l'expérience. Dès 2015, aux Philippines, le Lewis Grand Hotel avait imprimé une suite de deux chambres avec jacuzzi, à partir de sable et de cendres volcaniques.
    Les tables du restaurant Ijen, au Desa Potato Head de Bali, réalisées en plastique recyclé.
    Les tables du restaurant Ijen, au Desa Potato Head de Bali, réalisées en plastique recyclé. © Desa Potato Head
     

    Le plastique recyclé transformé en panneaux décoratifs

    Trié par couleur puis pressé, le plastique usagé donne de grands panneaux à l'aspect de terrazzo, mouchetés de fragments colorés. A Swansea, au pays de Galles, Smile Materials (anciennement Smile Plastics) fabrique des panneaux 100% recyclés et recyclables, destinés notamment aux plans de travail et au mobilier.
    A Bali, le Desa Potato Head a installé son propre atelier, le Waste Lab. L'équipe y transforme en panneaux le plastique collecté dans les cours d'eau. Les tables du restaurant Ijen en sont faites, et le designer britannique Max Lamb en a tiré une chaise.
    Le restaurant de l'hôtel The Dixon, à Londres, et ses plateaux de table en Altrock.
    Le restaurant de l'hôtel The Dixon, à Londres, et ses plateaux de table en Altrock. © Marriott
     

    Le terrazzo de réemploi, issu de déchets de construction

    Le terrazzo classique mêle des éclats de marbre à un liant, que l'on coule puis que l'on polit. Sa version de réemploi remplace les éclats neufs par des déchets de chantier ou de marbrerie.
    A Londres, l'hôtel Inhabit Queen's Gardens possède une cheminée en terrazzo, réalisée par l'atelier Granby Workshop à partir des déchets de l'intérieur d'origine. Une partie des gravats de la rénovation est donc restée sur place, sous une autre forme. Toujours à Londres, le restaurant de l'hôtel The Dixon a choisi 35 plateaux de table en Altrock, un terrazzo composé à 87% de déchets de marbre.

    Des matières prêtes pour la maison

    A l'hôtel, ces matières subissent des conditions plus rudes que dans un logement, avec un passage constant et des nettoyages quotidiens. Elles répondent aussi aux attentes des voyageurs et des exploitants en matière de bilan carbone. Plusieurs sont déjà proposées aux particuliers, comme le Corian ou le liège, et les autres pourraient suivre dans les maisons.
    Hôtellerie : sept matières innovantes adoptées par le secteur
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