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Discrimination dans l'immobilier, une tendance qui persiste

Par Lina Trabelsi
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le 9 mai 2019
Acheter ou louer un bien immobilier
Acheter ou louer un bien immobilier © lovro 77 - Thinkstock
Le dernier "testing" mené par SOS Racisme dans des agences immobilières et sur des plateformes en ligne de location de biens en Île-de-France rend des conclusions accablantes sur la persistance de comportements discriminants.
Une discrimination qui perdure à l'égard de personnes d'origine maghrébine, africaine ou asiatique. Et qui concerne les étudiants comme les jeunes actifs, et se trouve dans les très réglementées agences immobilières, comme les plateformes de location entre particuliers. Selon une enquête révélée par SOS Racisme mardi 7 mai 2019, les origines peuvent encore être un obstacle dans l'accession à un logement en Île-de-France.
Dans une région aussi tendue, l'accès à un logement abordable relevait déjà du parcours du combattant, tant en garanties qu'en coût financier pour le candidat à la location. Entre état des lieux, caution et premier mois de loyer, les plateformes de location entre particuliers sont apparues comme une alternative, mais pas pour les prétendants d'origine étrangère.

Propriétaires particuliers, agences : même combat ?

En posant sa loupe sur les sites Le Bon coin ou Pap et 250 annonces de location, SOS Racisme a pu extraire 48% de retours positifs associés à des profils "d'origine française ancienne". Le pourcentage de propositions de visites ou de demandes de compléments d'informations s'amenuisent en fonction des origines ultramarine (31%), maghrébine (15%) puis africaine (12%).
Si l'on peut être tentés d'associer ces pratiques à des initiatives de propriétaires particuliers par le biais de plateformes peu encadrées, le monde très réglementé des agents immobiliers ne brille pas par son exemplarité en Île-de-France.
Dès le début de l'année 2019, des militants de SOS Racisme ont décroché leur téléphone pour appeler de nombreuses agences immobilières en prenant l'identité d'un propriétaire. Dans chaque cas de figure, le propriétaire fictif se présente sous un nom qui "laisse apparaître des origines françaises anciennes, souhaitant mettre en location un bien et ayant des exigences discriminatoires par rapport à la sélection des locataires".
Une moitié d'agents accepte des pratiques discriminatoires
Au bout du fil, 51% des 90 agences contactées "acceptent des pratiques discriminatoires", consentant à réaliser eux-mêmes ladite sélection, ou à la soumettre au propriétaire. Des pratiques illégales mais pratiquées par une moitié d'agences associées à des réseaux immobiliers bien connus.
L'autre moitié, précise SOS Racisme, "rappelle que la loi interdit toutes les formes de discriminations". Fait accablant relaté par l'association, la moitié des agences immobilières acceptant des exigences discriminatoires "opèrent un rappel à la loi", preuve d'un contournement des lois en toute conscience.
Dans un classement des réseaux en fonction de leur consentement, passivité ou refus de pratiques discriminantes, les réseaux Era France (80%) et Guy Hoquet (40%) en Île-de-France font office de mauvais élèves, derrière Foncia (70% de refus) et Century 21 (70%).
Peu avant la tenue d'un colloque sur la discrimination dans l'accès au logement, le ministre Julien Denormandie a déploré auprès de l'AFP "des discriminations malheureusement beaucoup trop nombreuses et récurrentes".
Et d'assurer qu'il convoquerait dans les prochains jours "les acteurs, les agences immobilières, les associations de propriétaires mais aussi le défenseur des droits pour continuer de trouver des actions complémentaires qui permettent de lutter contre ces discriminations".
Discrimination dans l'immobilier, une tendance qui persiste
 
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