Illustration © iStock-Chaosamran_Studio
Définir le design n'est pas simple. "
La particularité du design est qu'il n'existe pas de définition unique et définitive, puisqu'il se réinvente à chaque époque, en suivant les évolutions, les cultures et les apports des designers du monde entier", rappelle l'Alliance France Design dans son travail visant à définir le design, que le syndicat décrit comme "
un processus intellectuel créatif, pluridisciplinaire et humaniste, dont le but est de traiter et d'apporter des solutions aux problématiques de tous les jours, petites et grandes, liées aux enjeux économiques, sociaux et environnementaux".
Cette approche trouve écho dans les réflexions de plusieurs grandes figures du design. Charles Eames voit ainsi le design comme "
un plan permettant d'organiser des éléments afin de répondre à un besoin particulier". C'est du moins ce qu'il a exprimé dans le cadre de l'exposition
Qu'est-ce que le design ?, organisée au Musée des Arts Décoratifs de Paris en 1969. Sa vision pragmatique est partagée, sous une autre forme, par Philippe Starck pour qui "
un objet doit être utile, avant d'être beau".
Mais une dimension plus humaniste entre aussi en jeu. Charlotte Perriand le rappelle avec cette formule : "
Ne jamais oublier que la destination d'un lieu, d'un objet, est d'être humaine", une citation tirée du livre
Living with Charlotte Perriand, publié en 2019 aux éditions Skira. Quant à Victor Papanek, il rappelle dans la préface de son ouvrage
Design for the Real World: Human Ecology and Social Change, publié initialement en 1971, la portée plus large de cette activité en considérant que : "
le design est devenu l'outil le plus puissant avec lequel l'homme forme ses outils et son environnement".
Alors, qu'est-ce que le design ? A cette question, il n'existe manifestement pas de réponse unique. Pour certains, il s'agit avant tout de concevoir des objets utiles et fonctionnels ; pour d'autres, d'interroger les usages, de transmettre une émotion, de porter un regard sur la société ou encore de transformer le quotidien. Autant de facettes que la rédaction de Maison à part a pu explorer au fil des années auprès de designers, architectes et autres acteurs du secteur. Voici leurs définitions du design.

Reda Amalou © Mikael Benard
Reda Amalou, architecte et designer
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Le design est une passerelle qui permet la rencontre entre l'objet et la personne qui va l'utiliser. Contrairement à l'architecture, où l'espace porte l'émotion, la dimension tactile prend une place importante dans le design, car nous établissons un contact physique avec l'objet."
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Jean-Charles de Castelbajac © Joséphine Day
Jean-Charles de Castelbajac, artiste et designer
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Le designer est là pour apporter encore quelque chose : de l'ordre, de l'harmonie entre l'être, le vécu et l'écologie."
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Matali Crasset, designer
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Pour moi, être designer, c'est d'abord observer le monde qui nous entoure et, ensuite, faire des propositions spécifiques pour restructurer, reconfigurer, faire bouger les choses. De mon côté, j'essaye d'intervenir par petites doses homéopathiques, en amenant de l'optimisme, du ludique, tout en restant en prise directe avec la vie quotidienne."
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Constance Guisset © Constance Guisset
Constance Guisset, designer
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Je pense que l'on dessine des objets et que l'on pense leur usage et vice versa, c'est un peu les deux en même temps."
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Margaux Keller, designer
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Le design doit être fonctionnel et esthétique, ça, c'est ce qu'on apprend à l'école, deux dimensions essentielles auxquelles j'ajoute une troisième tout aussi importante : l'émotion. L'émotion que provoque un objet tient au lien que l'on tisse avec lui, avec l'envie qu'on aura de le garder et, plus tard, de le transmettre."
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Portrait d'Hervé Lemoine © Les Manufactures nationales
Hervé Lemoine, président des Manufactures nationales
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La définition même du design est de prendre en compte la fonction. Je pourrais botter en touche en vous disant qu'il existe beaucoup de définitions du design, mais, si je me plie à l'exercice, je reprendrais une définition totalement historique dont nous nous sommes un peu éloignés : le beau est dans l'utile. La dimension fonctionnelle doit être respectée : si on fait une chaise, il faut qu'il soit agréable de s'y assoir."
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Patrick Norguet, designer
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C'est avant tout, et surtout, un travail d'écoute et d'échange, car le designer ne travaille pas tout seul dans son coin. Pour réaliser ses créations, il s'appuie sur le savoir-faire d'une entreprise, aussi doit-il être en parfaite osmose avec elle. Il doit la comprendre, comprendre son contexte industriel et prendre le temps d'expérimenter des choses avec elle. Personnellement, ce que j'aime faire, c'est décortiquer complètement les choses : partir de zéro pour reconstruire tout en exprimant un ressenti à un moment donné."
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Nouvelle collaboration entre Monoprix et Jérémy Pradier-Jeauneau pour février 2027 © Monoprix
Jeremy Pradier-Jeauneau, artiste et designer
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Je viens du collectible design, donc pour moi le design, c'est quand la fonction rencontre le point de vue de quelqu'un qui a un questionnement sur une société à un moment donné. Par exemple, lorsque Bad Bunny met une paire de chaises en plastique sur la pochette de son album, cela devient du design : la fonction devient son point de vue et incarne sa vision de Porto Rico. Lorsque Charlotte Perrian ouvre la cuisine, elle exprime un point de vue sur la place de la femme dans la société. Aussi, les chaises créées par Philippe Starck dans les années 1980 révèlent ses terreurs, sa critique violente et sombre du monde. Il alerte sur ce qui est en train de se passer."
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Olivia Putman, designer
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Ma mission est de créer des objets ayant une fonction et destinés à accompagner les gens dans leur quotidien. Je désire, à travers mon métier, apporter à ces objets un petit supplément d'âme pour que les gens aient plaisir à boire leur café le matin dans une jolie tasse ou à s'asseoir sur une jolie chaise.
Pour moi, le design doit faire partie du quotidien des gens, ma mère avait d'ailleurs ouvert cette porte mais elle a été très vite classée très chic, et ce, malgré elle car elle a beaucoup revendiqué le fait d'avoir travaillé pour le magasin populaire Prisunic en 1968. La salle de bains de l'hôtel Morgans (ndlr : un hôtel de luxe réalisé à New York en 1984), qui est encore aujourd'hui emblématique de notre travail, a été réalisée avec du carrelage 10 X 10 cm que l'on trouve à 15 € le m² au magasin BHV. J'aspire à démocratiser le design, je pense que le luxe n'est pas dans le prix d'une pièce mais dans le plaisir qu'ont les gens à l'avoir chez soi."
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Ionna Vautrin © Michel Giesbrecht
Ionna Vautrin, designer
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Dans ce que je fais, ce qui me plait le plus sont les projets très industriels, qui touchent le plus de personnes possible. Donc, en ce qui me concerne, le design, c'est lorsque quelqu'un réfléchit à un objet, de sa conception à sa réalisation, de manière à ce qu'il corresponde à des particuliers, à un savoir-faire ou à une industrie."
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