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En aparté avec Constance Guisset, designer

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Rigueur et poésie définissent le travail de la designer et scénographe Constance Guisset. D'une famille d'inventeurs et d'entrepreneurs, la créatrice, dont le parcours hétéroclite révèle une soif d'apprendre et de comprendre, nous a ouvert les portes de son atelier, à Paris. Entrevue décomplexée.
Maison à part : Comment êtes-vous devenue designer ?
Constance Guisset : J'ai toujours bricolé. D'ailleurs, j'ai encore une petite scie à chantourner que j'ai eu à l'âge de onze ans. J'avais un grand-père inventeur, d'abord ébéniste, il a ensuite créé une entreprise de matériel agricole, mais il continuait à inventer. Après mes études, l'Essec (Ecole supérieure des sciences économiques et commerciales) et Sciences Po, j'ai eu envie d'autre chose, j'avais l'impression que le design pouvait être une des réponses et la visite de l'Ensci - Les Ateliers (Ecole nationale supérieure de création industrielle) m'a réellement décidée.
Et puis, je suis d'une famille d'entrepreneurs, je voulais être indépendante, quelle que soit l'issue. Je ne sais pas si je serais designer toute ma vie, si mon travail n'intéresse plus je changerai de voie, je crois que l'on peut changer beaucoup de fois dans la vie.
MAP : Vous souvenez-vous de votre première création ?
C.G. : C'est le tout premier projet que j'ai fait à l'Ensci, je ne vous dit pas ce que c'est parce que j'espère le faire un jour, en vrai. Mais je me souviens que quand je l'ai montré à mon professeur, il a ri et ça m'a plu de le faire sourire et de le surprendre. Cet objet a initié pas mal de choses par la suite, je l'ai encore, il est moche mais il est là, je vais le faire.
MAP : Y a-t-il une rencontre qui a marqué un tournant dans votre carrière ?
C.G. : Il y a forcément des rencontres qui sont déterminantes dans la vie, mais je crois que je peux rendre cet hommage à mon mari, c'est de loin la rencontre la plus déterminante, je ne verrais pas les choses de la même façon si je ne l'avais pas connu.
Ensuite, dans le travail, ma rencontre avec le chorégraphe Angelin Preljocaj, dont j'ai fait la scénographie pour le solo dansé Le Funambule, en 2009, a marqué un tournant, il m'a fait confiance très tôt, nous avons réalisé ce projet très vite et ça a bien marché. Je suis avant tout designer mais la scénographie est essentielle pour moi, j'en fais beaucoup, j'adore ça.
MAP : Comment définissez-vous le métier de designer ?
C.G. : Je pense que l'on dessine des objets et que l'on pense leur usage et vice versa, c'est un peu les deux en même temps.
MAP : Quelle est ou serait votre devise, si vous deviez en avoir une ?
C. G. : Je n'en ai pas, je dirais que je suis optimiste par la volonté. On peut être pessimiste par la réalité et optimiste par la volonté, je suis plutôt quelqu'un de très enjouée. Je pourrais vous dire "rien n'est impossible" en guise de devise mais cela serait d'une prétention incroyable.
La suite de l'interview en pages suivantes.
En aparté avec Constance Guisset, designer

En aparté avec Constance Guisset, designer

En aparté avec Constance Guisset, designer - Constance Guisset
En aparté avec Constance Guisset, designer - Constance Guisset © Ribon
MAP : Quel est le projet dont vous êtes la plus fière ?
C. G. : Je ne le qualifierai pas en termes de fierté mais il y a des moments, lorsque je fabrique un objet, où je sens que j'ai touché quelque chose, c'est le cas avec Vertigo par exemple (nldr : une lampe-cabane enveloppante, Edition 2010 Petite Friture), je trouve que c'est un projet assez gracieux, en tous cas à mes yeux.
Lorsque je sens très profondément que j'ai trouvé quelque chose et que je n'ai pas de doutes, j'en suis très heureuse. Car sur un projet, il y a plusieurs étapes, je peux arriver à la moitié et commencer à être satisfaite, je sais alors que c'est la bonne direction, d'autres fois, je peux être dérangée très longtemps par des micro-détails. Lorsque je travaille, je peux très bien tout arrêter et repartir, ce n'est pas un souci pour moi.
MAP : Quel est le projet le plus fou que vous ayez réalisé ?
C.G. : C'est un projet tellement fou que nous ne l'avons même pas encore finalisé, il s'agit de Fiat Lux, une lampe dont l'interrupteur lévite quand la lumière est allumée, je l'ai créé pour mon diplôme à l'Ensci. Ensuite des projets fous, il y en a beaucoup mais ce sont plutôt des idées folles et elles ne sont pas forcément réalisables.
MAP : Quel est l'objet dont vous auriez aimé être la créatrice ?
C.G. : J'adorerais faire un restaurant ou un petit hôtel pour commencer, je pense en effet que les choses arrivent tranquillement dans la vie, je ne cours pas après les immenses projets tout de suite, j'ai déjà assez de soucis avec les objets que je créé parfois !
MAP : Si l'une de vos créations pouvait parler, qu'aimeriez-vous qu'elle vous dise ?
C.G. : Je crois que j'aimerais plutôt qu'elle émette un bruit blanc, je n'aimerais pas trop qu'elle bavarde, je préférerais qu'elle fasse le calme en atténuant les bruits alentours.
MAP : Considérez-vous vos créations comme de l'art ?
C.G. : Designer est un métier artistique, est-ce que c'est de l'art ? Je ne sais pas... Nos objets ont un impact sur la vie mais qui est relatif, je crois que l'art a plus d'impact sauf qu'il rentre moins chez les gens, contrairement aux objets. Pour ma part, j'essaye de faire des créations qui soient un peu des tremplins pour l'imaginaire, qui créent le rêve.
L'art change la vie, est-ce que le design change la vie ? Personnellement, en tant que designer, je me place un peu au-dessous des artistes, qui eux, font l'un des métiers les plus difficiles. Nous designers, sommes confrontés à des problématiques toute la journée, notre métier, c'est de la gestion de crise, à 50%.
MAP : Considérez-vous votre métier comme un vecteur d'engagement, un outil pour faire passer un message ?
C.G. : Oui, mais c'est de l'engagement par les objets, je ne suis pas contre le fait d'être engagée mais il faut se méfier de dire les choses avec simplisme. De temps en temps, sur des projets, on me demande de dire ou faire des choses engagées mais ce n'est tout simplement pas mon métier. Il ne faut pas penser qu'on est ce que l'on n'est pas.
En aparté avec Constance Guisset, designer

En aparté avec Constance Guisset, designer

En aparté avec Constance Guisset, designer - Constance Guisset
En aparté avec Constance Guisset, designer - Constance Guisset © Ribon
MAP : Sur quels projets travaillez-vous actuellement ?
C.G. : Il y a tout d'abord un vernissage au musée des Arts Décoratifs, à Paris, dans le cadre de l'exposition WallpaperLab pour laquelle nous venons de remporter un prix (ndlr : WallpaperLab est un concours initié par l'association pour la Promotion du papier peint A3P, le musée des Arts décoratifs et l'éditeur Domestic). Actuellement, nous réalisons également la scénographie du showroom du décorateur d'intérieur Bisazza. Le 22 mars, j'expose avec plusieurs créateurs à la galerie parisienne Cat-Berro sur le thème Lumières réfléchies, j'y présente trois objets que j'aime bien.
Enfin, le 26 mai, je réalise ma première exposition personnelle, dans une chapelle en Mayenne. Il s'agit d'une installation avec des lampes Vertigo, des miroirs, des papiers et une vidéo, je produis aussi un objet spécifique pour l'occasion.
MAP : Un dernier mot à ajouter en guise de conclusion ?
C.G. :
Il est vrai que le design est parfois élitiste mais mon équipe et moi, tentons, à notre niveau, de faire des objets plus accessibles comme Francis, un miroir issu d'expériences chromatiques. J'en avais assez que les gens ne puissent pas l'acheter alors, nous l'avons produit en petit modèle, à 36 €, de même, Vertigo est à
690 €, un prix que nous avons essayé de réduire à 500 €, en vain...
J'aimerais que l'on puisse faire des objets en France qui ne soient pas à des prix démesurés comme l'interrupteur du designer Castiglioni par exemple, c'est typiquement un objet que vous allez utiliser dix fois plus que le miroir de votre salle de bains, quoique... mais qui est là, tous les jours et qui est bien dessiné.
Il y a une catégorie du design qui est accessible et une autre qui ne l'est pas. Ce qui est sûr, c'est que le design doit entrer de manière plus importante dans la vie des gens, il faut qu'on nous demande de dessiner des choses de tous les jours, des portes, des poignées...
En aparté avec Constance Guisset, designer

Un papier peint primé aux WallpaperLab - Dot

Un papier peint primé aux WallpaperLab - Dot - Constance Guisset
Un papier peint primé aux WallpaperLab - Dot - Constance Guisset © Constance Guisset
"Dot est un papier peint constitué de points blancs expansés qui recouvrent une encre phosphorescente. L'utilisateur peut ôter des points choisis pour créer une constellation visible la nuit tombée. Les motifs possibles sont infinis, comme autant de décors aquatiques, lunes, animaux fantastiques ou arrangements géométriques que le crépuscule révèle."
Un papier peint primé aux WallpaperLab - Dot

Mises en scènes animales

Mises en scènes animales - Constance Guisset
Mises en scènes animales - Constance Guisset © Constance Guisset
Une partie du travail de Constance Guisset consiste à réaliser des scénographies et des vitrines pour les plus grandes marques.
Mises en scènes animales

Des parures de couverts funambules

Des parures de couverts funambules - Constance Guisset
Des parures de couverts funambules - Constance Guisset © Constance Guisset
"Funambule est une parure de couverts dont les éléments s'assemblent pour former un stabile. Le couteau comporte deux fentes dans lesquelles le manche de la cuillère et celui de la fourchette viennent se placer. Le porte-couteau devient un support pour l'assemblage des couverts qui restent en équilibre sur la lame du seul couteau. L'assemblage et la mise en équilibre se font en quelques secondes."
Collaboration technique avec Grégory Cid.
Des parures de couverts funambules

La poubelle TRI3

La poubelle TRI3 - Constance Guisset
La poubelle TRI3 - Constance Guisset © Felipe Ribon
"TRI3 est une poubelle de tri vertical. La première pédale actionne le capot du contenant supérieur destiné aux ordures ménagères courantes. Sous ce capot, se situe un distributeur de sacs. La pédale du milieu actionne le contenant des emballages qui pivote sur un axe décentré. La pédale de droite actionne le contenant inférieur, destiné au verre, qui pivote vers l'utilisateur."
Collaboration avec Grégory Cid/ Prototype non édité.
La poubelle TRI3

Petit miroir pour sac à main

Petit miroir pour sac à main - Constance Guisset
Petit miroir pour sac à main - Constance Guisset © Constance Guisset
"Francis est un miroir issu d'expériences chromatiques usant de pigments fuyant sur l'eau dans un dessin circulaire.
Palette de maquillage ou vieillissement du miroir ? L'usager se regarde à travers l'oxydation lumineuse évoquant une planète dans une illusion de convexité."
Francis existe en grand modèle, en créant la version "pocket",Constance Guisset a souhaité rendre accessible le design au plus grand nombre(36 €).
Edition 2011 Petite Friture.
Petit miroir pour sac à main

Une clé USB indestructible

Une clé USB indestructible - Constance Guisset
Une clé USB indestructible - Constance Guisset © Constance Guisset
"Xtrem Key est née de la demande de LaCie de dessiner une clé USB résistante, waterproof et délicate à la fois. La forme discrète d'une capsule d'agent secret rend l'objet aérodynamique et indestructible à première vue. Une fois posée, la clé est en équilibre instable et dansant sur une base de culbuto."
Edition 2010 LaCie.
Une clé USB indestructible

Des vitrines qui évoquent le rêve

Des vitrines qui évoquent le rêve - Constance Guisset
Des vitrines qui évoquent le rêve - Constance Guisset © Thibaut Voisin
"Dis-moi dix vitrines" est une scénographie réalisée pour les vitrines des Galeries Lafayette Maison, à l'occasion des "Designers days", à Paris, en juin 2010."
Des vitrines qui évoquent le rêve

Fluidité et poésie

Fluidité et poésie - Constance Guisset
Fluidité et poésie - Constance Guisset © J.C Carbonne
"Le Funambule est une scénographie réalisée pour le solo dansé d'Angelin Preljocaj, d'après le texte de Jean Genet: "Le funambule".
- Festival international de Montpellier Danse (juin 2009)
- Théâtre des Abbesses (septembre 2009) | Pavillon Noir (novembre 2009) - Maison des Arts de Créteil (décembre 2009).
Fluidité et poésie

Vertige et élégance

Vertige et élégance - Constance Guisset
Vertige et élégance - Constance Guisset © Véronique Huygues
"Vertigo est une lampe-cabane enveloppante qui suggère un espace d'intimité. Allumée, elle projette un motif ombré sur les murs environnants. Son extrême légèreté (moins de 500g pour une surface déployée de 2m²) la rend mobile au rythme des courants d'air: elle tourne doucement en dessinant un espace graphique presque transparent, comme suspendu entre le sol et le plafond."
Vertigo a été particulièrement accueillie par le public et la profession.
Edition 2010 Petite Friture.
Vertige et élégance

Voir et être vu

Voir et être vu - Constance Guisset
Voir et être vu - Constance Guisset © Gabriel de Vienne
"Mezzanine associe un aquarium pour poissons et une cage à oiseaux pour permettre un échange permanent entre des animaux appartenant à deux mondes différents Le spectateur est surpris par la fascination permanente de l'oiseau pour le poisson qui se meut sous ses yeux, comme s'il était devant une télévision."
Voir et être vu

Oublier la gravité

Oublier la gravité - Constance Guisset
Oublier la gravité - Constance Guisset © Constance Guisset
"Dancing Chair est un ensemble constitué d'un rocking chair et d'un repose-pieds. L'assise repose dans la structure de bois: elle est comme suspendue dans les baleines d'une crinoline."
Oublier la gravité

S'amuser et s'évader

S'amuser et s'évader - Constance Guisset
S'amuser et s'évader - Constance Guisset © Thibaut Voisin
"J'essaye de faire des créations qui soient un peu des tremplins pour l'imaginaire, qui créent le rêve."
S'amuser et s'évader

Objets en lévitation

Objets en lévitation - Constance Guisset
Objets en lévitation - Constance Guisset © Constance Guisset
"Fiat Lux est une lampe dont l'interrupteur lévite quand la lumière est allumée. En position éteinte, l'interrupteur est une sphère autonome, que l'on peut ranger sur la lampe par un système d'aimantation. L'utilisateur, devenu illusionniste, allume la lampe en lui approchant un interrupteur sphérique: la lumière se déclenche."
Collaboration avec Grégory Cid/ Prototype non édité.
Objets en lévitation
 
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