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La hausse des prix des terres rares inquiète le secteur de l'éclairage

Par Rouba Naaman-Beauvais
,
le 28 septembre 2011
ampoule
ampoule © D. R.
Les terres rares, qui, on le sait peu, sont des métaux indispensables à la fabrication des lampes fluocompactes, ont vu leur cours exploser en 2011. En cause, la Chine, principal producteur mais aussi consommateur de terres rares, qui a limité ses exportations et ainsi affolé les marchés. Le secteur de l'éclairage, inquiet, prépare sa contre-attaque.
Cerium, lanthane, europium, terbium, yttrium, néodyme. Derrière ces appellations barbares, se cachent des éléments indispensables à la fabrication des tubes et lampes fluocompactes : les terres rares. Ces minerais, pourtant présents en abondance dans le sol de la Terre, sont aujourd'hui victimes de leur succès, et viennent à manquer. La spéculation fait rager, les marchés s'affolent, et les professionnels du secteur s'inquiètent.

De la terre dans nos ampoules ?

Elles portent bien mal leur nom, les terres rares ! Il s'agit en fait d'un groupe de 17 métaux, qui sont aussi présents dans l'écorce terrestre que d'autres éléments beaucoup plus connus, comme le cuivre. Les terres rares ont des propriétés chimiques et physiques très intéressantes pour les industries modernes, et sont utilisées dans de nombreux secteurs : énergie solaire, éoliennes, batteries des véhicules électriques et des téléphones portables, verre, alliages métalliques, etc.
Et entrent donc aussi dans la composition des poudres luminophores des lampes fluorescentes. "Leur utilisation permet d'augmenter jusqu'à 25 % l'efficacité énergétique des lampes tout en améliorant la qualité de la lumière" précise le Syndicat de l'éclairage. En l'état actuel de la recherche, aucune substance ne peut remplacer les 8.500 tonnes de terres rares (soit 7% du marché) utilisées en 2010 dans la fabrication des lampes...

La Chine met le marché sous pression

On trouve les terres rares dans deux minéraux, la bastnäsite et la monazite, tous deux présents essentiellement en Chine. Le pays détient en effet entre 40 et 45% des réserves mondiales connues, et approvisionne la quasi-totalité du marché mondial, soit 130.000 tonnes en 2010.
Mais la Chine est également le plus gros consommateur de ces minerais ! Pékin réduit doucement son offre, "en pratiquant des quotas régulièrement revus à la baisse, et en mettant en place des taxes d'exportation (15 à 25 % selon les terres rares)" indique le Syndicat de l'éclairage. Et crée un mouvement d'inquiétude sur les marchés.
La spéculation aidant, les prix des terres rares ont littéralement explosé ces douze derniers mois. Malgré la condamnation de la Chine par l'OMC pour les restrictions qu'elle impose sur l'exportation des matières premières, le prix de la tonne continue de grimper. Le kilo d'oxyde de terbium coûte ainsi actuellement 3.000 dollars. Le prix du caviar !

Le secteur des lampes fluocompactes contre-attaque

Les craintes du secteur de l'éclairage sont d'autant plus grandes que la demande est estimée à 13.000 tonnes en 2015 - et probablement plus les années suivantes. Dans un communiqué daté du 23 août 2011, la fédération européenne des fabricants de lampes (European Lamp Company, ELC) exprime "son inquiétude quant au développement des technologies modernes, qui pourrait être gravement ralenti par un accès limité aux terres rares", et appelle la Commission européenne à "utiliser les instruments adéquats pour combattre cette tendance".
Les industriels du monde entier cherchent donc à se libérer de cette pression chinoise. En attendant l'ouverture de mines de terres rares aux Etats-Unis et en Australie notamment, et la découverte d'un produit de substitution, les acteurs se mobilisent pour trouver une alternative valable et durable. Une des solutions pourrait être le recyclage.
Deux projets, "Valoplus" (Agence nationale de la recherche) et "Coleopterre" (entreprise Rhodia), ont pour défi de créer une technique de séparation des poudres luminophores à partir des ampoules usagées. Selon le Syndicat de l'éclairage, Rhodia annonce même l'ouverture du premier centre de traitement de ces poudres en France dès 2012. Les lampes usagées, récoltées par le biais de la filière agrée Récylum, pourraient ainsi connaître une nouvelle vie lumineuse.
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