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Francesco Passaniti, le ''poète du béton''

Par Pauline Polgar
,
le 20 décembre 2006
Octobre 2006. Perdu au milieu d'une zone d'activité à Ivry-sur-seine, un petit passage conduit à l'atelier monumental de Francesco Passaniti. Rencontre avec le "poète du béton".
Un simple panneau sur une porte indique que nous sommes arrivés à destination : l'ancien laboratoire de Frédéric Joliot-Curie, découvreur de la fission nucléaire, est devenu l'atelier de Francesco Passaniti, le père du béton domestique. De l'extérieur, rien ne laisse soupçonner l'activité qui règne dans ces murs. Le « poète du béton », comme il lui arrive souvent d'être appelé, a redoré le blason du béton il y a une quinzaine d'année. Il l'a sublimé en l'introduisant dans la maison, non plus comme un « matériau d'avant » (précédent la pose d'un carrelage sur le sol par exemple), mais comme un matériau à part entière, au sol mais aussi, en véritable designer, dans le mobilier ou les objets. Assis sur un fauteuil « Cédille » qui se balance légèrement, accoudé à une table « Flight », incrustée de fibres optiques qui changent de couleurs, on écoute le parcours de cet homme, impressionnant bien que d'allure bonhomme, qui a consacré sa vie au béton.
Italien arrivé en France dans les années 60 vers l'âge de 9 ans, Francesco Passaniti voue un amour pour le béton depuis sa prime enfance. Son père, qui travaillait le sable, puis ses oncles, maçons, lui ont transmis cette passion immodérée pour ce matériau.
D'abord simple maçon puis entrepreneur, l'homme développe parallèlement une activité artistique en peignant malgré son daltonisme. Empreint d'une sensibilité étonnante dans ce domaine, il commence à sculpter ce matériau qu'il connaît bien. La période de crise dans le bâtiment juste après la guerre du Golfe, lui permet d'y consacrer plus de temps.

L'inventeur du béton ciré

Son amour pour le béton s'exprime véritablement à partir de ce moment-là. Conscient du potentiel énorme de ce matériau, il recherche et expérimente de nouvelles techniques. C'est le temps des premières propositions de sols entièrement en béton pour ses clients. Il sublime le béton avec de la cire en s'inspirant de la technique du terrazzo (mélange de béton et de marbre) de son Italie natale. Le béton ciré apparaît. Il a su, dit-il, « faire profiter à l'artiste le savoir de l'entrepreneur et à l'entrepreneur, celui de l'artiste ».
Ses premiers travaux publiés, il développe ses techniques. Du sol, il passe aux plans de travail de la cuisine, puis aux pièces humides en général. Suivant un parcours naturel, il en vient à travailler le béton pour toute la maison.
Il y a 6 ou 7 ans, Francesco Passaniti fait définitivement entrer le béton dans l'univers du design. Son atelier, créé il y a une dizaine d'années, devient le lieu de toutes ses recherches en autodidacte. Bien que daltonien, il nous raconte qu'il a mis au point la palette de couleurs de Lafarge et réussi à apporter son expérience aux ingénieurs du géant du béton ! Ses créations toujours poétiques, souvent copiées mais jamais égalées, subliment le béton, lui redonnant sa noblesse naturelle.
Francesco Passaniti Atelier
22 passage Bourdeau - 94200 Ivry-sur-Seine
T. 01 46 71 90 88
Fax 01 46 70 99 56
site internet : www.compactcomprete.com
Francesco Passaniti, le ''poète du béton''

Francesco Passaniti : ''Le béton fait partie de ma vie''

portrait Francesco Passaniti beton
portrait Francesco Passaniti beton © PP-MAP
Confidences du "poète du béton"
L'esthétique du béton
Devant son succès actuel, le béton, ce mal aimé, tient-il aujourd'hui sa revanche ou assiste-on à une révolution ?
Je ne pense pas que l'on puisse parler de revanche. C'est une évolution naturelle. Au départ, le béton n'était pas fait pour ce qu'on en fait maintenant, même s'il reste le matériau le plus employé en construction. Dans la conscience collective, il est associé à des choses grises, froides et austères. Sa mauvaise image est due au fait qu'il permettait à l'époque une construction rapide et économique. L'esthétique du béton est née il y a seulement une dizaine d'années.

Et dans cette industrie, où vous placez-vous ?

Maintenant c'est à la mode, mais il y a 5 ans, en ouvrant un magazine de décoration par exemple, il n'y avait rien sur le béton. Il fallait se battre pour que cela change. J'y ai investi toute mon énergie et mon argent. Aujourd'hui, je revendique dans cette industrie une part du succès du béton domestique : je pense être pour beaucoup dans l'image positive actuelle du béton. J'ai commencé mes recherches il y a 15 ans, de façon marginale. Quand j'ai constaté certaines choses, je les ai confiées à Lafarge et les ingénieurs ont commencé à travailler. Aujourd'hui, les cimentiers eux-mêmes ont compris que pour changer l'image du béton envers le public, il fallait plus communiquer sur un lavabo ou une baignoire que sur une architecture spécifique.
Un "amour-haine" pour le béton
Quelle est votre relation au béton ? Vous avez parlé d'amour-haine...
Amour c'est évident : c'est vraiment une passion. Mais c'est un matériau très technique. Je n'ai pas une connaissance scientifique : tout ce que je sais du béton j'ai du l'apprendre et quelque fois à mes dépens ! Il m'est arrivé de faire des moules pour lesquels je travaillais pendant 4 ou 5 jours et les pièces étaient ratées, par ignorance de certaines choses. Là c'est la haine qui ressort ! Même si de l'échec, on apprend toujours ! La haine survient notamment lors du travail sur les sols. Pour les faire, il y a une méthodologie à respecter liée à l'anticipation du déplacement du béton. Si on est capable d'anticiper, on prévient la fissuration. Le problème c'est que, contrairement aux données connues affirmant que le béton atteint 70 % de sa résistance au bout de 7 jours, et 100% à 28 jours, il y a en réalité une réserve qui n'est pas vraiment quantifiable. Le béton continue de travailler bien après. Personne ne maîtrise ce phénomène : on revient un matin et le béton est fissuré. C'est la première pathologie et la première déception.

Pourquoi un tel succès du béton aujourd'hui ?

On entend dire que c'est le côté industriel, la projection sur le loft, etc. Mais je pense que cet amour du béton vient plus du fait que c'est un minéral. Or, le minéral est l'environnement naturel de l'homme : c'est la raison profonde qui explique pour moi son succès. Après on y voit un matériau pour les espaces dénudés, épurés, etc. On dit que c'est un matériau qui prête au minimaliste : c'est du blabla ! Les premiers travaux ont été simples parce qu'on ne savait pas faire autrement ! En le maîtrisant techniquement rien n'empêche maintenant de faire du baroque ou lui faire prendre des empreintes de tissu, de cuir, de bois... Je peux en faire ce que je veux, comme y introduire de la fibre optique.
Justement d'où vient cette idée d'introduire de la fibre optique dans le béton ?
En 1990, j'ai ouvert une galerie rue des Rosiers. Pour le sol, j'avais mis du terrazzo dans lequel j'avais incorporé des billes de verres contenant de la fibre optique. De là m'ai venue l'idée de le mettre dans un meuble, une table. Et le succès est venu... Cela a fait naître également l'idée du béton translucide. La fibre optique, c'est un conducteur : soit on la conduit à une source lumineuse artificielle, soit on la laisse traversante.
La revanche de la matière

Les déménageurs doivent vous détester ?

La revanche de la matière est là ! Il fallait trouver un système pour gérer le poids de ce mobilier en béton. Et c'est l'arrivée des bétons haute performance qui a tout changé. Le fait pour le béton d'être fibré crée une structure interne, donc il n'y a plus besoin d'enrobage pour faire des objets domestiques, comme il n'y a plus d'acier. On diminue l'épaisseur donc le poids, et ce n'est pas poreux ! Une table de 350 kg passe à 150 ! Pour moi ça a été quelque chose de très important, d'autant plus que les super plastifiants qui servent au coulage permettent maintenant d'accélérer la prise. Avec la haute performance, on peut désormais démouler dès le lendemain : c'est un gain de temps considérable.

Une évolution est-elle encore possible ?

C'est évident que de nouvelles choses vont arriver, c'est juste une question de temps. On a déjà vu apparaître la transposition photo sur le béton. On a également réussi à faire des peintures phosphorescentes...Pour les objets, aujourd'hui on procède avec des moules fermés aux parois très fines que l'on coule par aspiration. Toutes les faces du moule deviennent des peaux finies. On peut leur donner la forme et l'empreinte qu'on veut. Au point de vue résistance, on progresse également... C'est un matériau en perpétuelle évolution !

Et concernant l'aspect créatif ?

Côté imagination et fantaisie je ne suis pas en manque ! Je suis un chercheur. Je rêve d'avoir suffisamment d'argent pour continuer mes recherches ! Aujourd'hui il y a beaucoup de pièces uniques, mais les choses sont en train d'évoluer. Avec le BHP, les séries vont être possibles. Le mobilier béton fera son entrée dans la distribution. J'ai envie que le béton devienne banal dans le design. C'est l'idée de chaque designer : on aime bien faire les choses pour soi mais on est très heureux de pouvoir donner cette émotion aux autres. C'est le sens de notre travail.
Pour découvrir les oeuvres de Franceso Passiniti cliquez sur suivant...
Francesco Passaniti : ''Le béton fait partie de ma vie''
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