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A la découverte de la maison de Jean Cocteau

Par Leslie Cottenceau-Mathurin
,
le 28 juin 2010
A moins d'une heure de Paris, la maison acquise par Jean Cocteau en 1947 se dresse fièrement à l'orée du centre-ville de Milly-la-Forêt (Essone), flanquée de ses deux tourelles. A la fois refuge et véritable usine à créations, la bâtisse ouvre aujourd'hui ses portes au public pour une visite d'exception.
"C'est la maison qui m'attendait. J'en habite le refuge, loin des sonnettes du Palais-Royal*. Elle me donne l'exemple de l'absurde entêtement magnifique des végétaux. J'y retrouve les souvenirs de campagnes anciennes où je rêvais de Paris comme je rêvais plus tard, à Paris, de prendre la fuite [...]", écrit Jean Cocteau dans "La difficulté d'être".
Rachetée en partie par Pierre Bergé en 2002, la maison de cœur du poète, conservée intacte par son compagnon Edouard Dermit, a subi cinq ans de travaux d'un montant exceptionnel de 4,5 millions d'euros, avant d'ouvrir. Devenue musée, elle recèle 500 œuvres de (et sur) l'emblématique "enfant terrible". Une abondance, qui découle directement de la volonté du poète, qui aimait à penser : "Une maison de campagne a ceci de bon : les choses s'y entassent". Une phrase que le commissaire de l'exposition "Jean Cocteau" au centre Pompidou en 2003, Dominique Païni, se plaît à rappeler comme autant d'autres anecdotes.

Le temps suspendu

L'entrée se fait par la librairie, également comptoir, aménagée récemment dans un bâtiment face à la maison. D'emblée, l'univers de Cocteau domine avec l'affiche du célèbre film "La Belle et la Bête". Un passage à ciel ouvert, jouxtant le jardin, permet d'atteindre la demeure du poète et, en premier lieu, la cuisine rouge et jaune. Les carrelages ont été repris et déclinés sur tout le rez-de-chaussée. Quant à l'estrade où trônaient autrefois les fourneaux, elle accueille aujourd'hui les autoportraits de l'artiste. "Il s'est excessivement mis en scène. Un exercice narcissique pour certains, qui dévoilait également une profonde inquiétude de lui-même. Brecht doutait... Cocteau aurait douté du doute lui-même", assure Dominique Païni.
Deux petites pièces accueillent, ensuite, ses œuvres graphiques et manuscrites, avant l'arrivée dans la pièce maîtresse du rez-de-chaussée : le salon. Le temps y est comme suspendu. Tout a été conservé intact. Devant les manuscrits posés sur la table, le visiteur averti s'émeut : dans cette demeure, sur cette table, le poète a, peut-être, écrit les répliques les plus fameuses du film "Le testament d'Orphée" et mis sur papier son testament poétique "Le Requiem". L'effet est voulu : "Dans beaucoup de demeures d'artistes devenues musées, le décor est souvent soit mélancolique, soit totalement détourné de sa fonction passée. Ici, nous avons essayé de lier les deux pour un rendu plus vivant", explique Dominique Païni, également en charge de la scénographie.

Un artiste contemporain

L'étage est entièrement réservé au dessin et à la peinture. Cadres, photos, jeux de collage et boîtes reposent, ici aussi, à l'identique. Comme si Cocteau sortait juste de la pièce. Une toile panthère, entièrement tendue, recouvre les murs et le plafond de la chambre et du bureau. Elle a été posée à l'envers, à l'époque, pour faire ressortir le motif de l'impression. Le lit à baldaquin est disposé de manière singulière, en biais. A sa gauche, une fresque - "sans doute réalisée par Jean Marais", précise Dominique Païni - avec un jeune homme et un château, recouvre tout un pan de mur. A sa droite, la fenêtre d'où l'artiste apercevait le vrai manoir :"Ce choix volontaire permettait à Jean Cocteau d'avoir à la fois un œil sur la réalité et sur l'imaginaire", souligne le scénographe.
Plus loin, deux petites pièces présentent des dessins originaux du poète et de ses amis, avant deux galeries de peinture dédiées aux œuvres de la collection "Maison Cocteau". Un tableau noir, à la fois agenda et objet de création, retient l'attention. Les notes "mardi déj Colette" (en référence à l'écrivaine) et "Jeannot Lab 67" (évoquant un rendez-vous avec Jean-Marais) cohabitent avec plusieurs silhouettes dessinées : "Jean Cocteau adorait le concept du tableau noir et sa capacité à créer puis à effacer. En ce sens, il était très moderne et aurait adoré un appareil comme l'iPad !", s'amuse Dominique Païni. Le personnage, comme l'oeuvre de Cocteau restent d'ailleurs très actuels. Il suffit de constater à quel point les deux sont encore populaires aujourd'hui. Depuis le début de l'année, au moins deux nouvelles expositions ont vu le jour à Evian et Marseille sur l'artiste, donnant lieu bien souvent à des livres sur les œuvres exposées. Des dessins réalisés par Cocteau à la chapelle Saint-Blaise-des-Simples de Milly-la-Forêt, ont même été en partie repris sur une bouteille collector Suze, à paraître en édition limitée. Autant d'hommages qui donnent tout leur sens à l'épitaphe du poète sur sa tombe : "Je reste avec vous".
*Palais-Royal (lieu près duquel il résidait auparavant)
Pour avoir un aperçu de la maison de Jean Cocteau, cliquez sur suivant.
A la découverte de la maison de Jean Cocteau

Façade de la maison

maison Cocteau
maison Cocteau © L C-M
Acquise en 1947 avec Jean Marais, la maison de Milly-la-Forêt a abrité Jean Cocteau jusqu'à sa mort, en 1963. Son compagnon, Edouard Dermit, a gardé intact ces dix-sept années de vie commune et de créations.
Façade de la maison

Cuisine rouge et jaune

cuisine Cocteau
cuisine Cocteau © L C-M
Les carrelages ont été repris et déclinés sur tout le rez-de-chaussée. Quant à l'estrade où trônaient autrefois les fourneaux, elle accueille aujourd'hui les autoportraits de l'artiste.
Cuisine rouge et jaune

Dessin de Cocteau

Dessin de Cocteau
Dessin de Cocteau © L C-M
Une deuxième pièce est entièrement dédiée à la relation entre écriture et dessin. Ci-dessus, un autoportrait de Jean Cocteau, daté de 1920, au milieu d'un brouillon de discours.
Dessin de Cocteau

Vie intime - A la découverte de la maison de Jean Cocteau

Vie intime - maison Cocteau
Vie intime - maison Cocteau © L C-M
Cette salle entre plus intimement dans la vie de Jean Cocteau à Milly-la Forêt. Elle présente des photos du poète dans sa maison, notamment avec Edouard Dermit. Ce dernier reçut en héritage plus de 3 000 oeuvres et en réserva 500 qui furent mises en dépôt pour permettre la réalisation de ce musée. Il transmit également le droit moral sur l'oeuvre de Jean Cocteau à Pierre Bergé.
Dans cette même pièce, des esquisses des fresques que Cocteau réalisa pour la Chapelle Saint-Blaise des Simples, à la sortie du village, sont visibles.
Vie intime - A la découverte de la maison de Jean Cocteau

Chapelle - A la découverte de la maison de Jean Cocteau

Chapelle Cocteau
Chapelle Cocteau © L C-M
Jean Cocteau y a notamment peint une série de huit plantes médicinales. Il y fut enterré en 1963. Son épitaphe est désormais célèbre : "Je reste avec vous".
Chapelle - A la découverte de la maison de Jean Cocteau

Salon reconstitué - A la découverte de la maison de Jean Cocteau

Salon reconstitué - salon Cocteau
Salon reconstitué - salon Cocteau © L C-M
La dernière pièce du rez-de-chaussée est une restitution parfaite du grand salon, tel que l'a connu Jean Cocteau.
Salon reconstitué - A la découverte de la maison de Jean Cocteau

Tableau - A la découverte de la maison de Jean Cocteau

tableau dans maison de Cocteau
tableau dans maison de Cocteau © L C-M
Le salon compte notamment un grand tableau de Christian Bérard, "Oedipe et le Sphynx jouant aux cartes".
Tableau - A la découverte de la maison de Jean Cocteau

Salon - A la découverte de la maison de Jean Cocteau

salon maison Cocteau
salon maison Cocteau © L C-M
Sur cette table, le poète a peut-être écrit les plus fameuses répliques du film "Le testament d'Orphée" et mis sur papier son testament poétique, "Le Requiem".
Salon - A la découverte de la maison de Jean Cocteau

Bureau - A la découverte de la maison de Jean Cocteau

bureau Cocteau
bureau Cocteau © L C-M
Le premier étage poursuit cette incursion dans l'univers intime de Cocteau : son bureau et sa chambre y sont également restitués à l'identique. La conservation du moindre cadre accroché au mur, de la moindre photo punaisée au tableau noir et celle des boîtes de crayons à dessin peut faire croire que Cocteau vient à peine de quitter la pièce.
Bureau - A la découverte de la maison de Jean Cocteau

Bureau - A la découverte de la maison de Jean Cocteau

Bureau - bureau Cocteau
Bureau - bureau Cocteau © L C-M
Sur le bureau, un grand nombre de jeux de collage mettent notamment en scène Edouard Dermit, ici en skieur, là en danseur tribal. L'un d'eux est également un coup de dents à Sartre, qui put jouer ses pièces pendant la guerre, sans être inquiété. Cocteau, quand à lui, ne fut pas autorisé à jouer à cette période mais fut pourtant soupçonné, à la sortie de la guerre, de collaboration après avoir demandé la protection d'un ami à lui, proche des allemands, pour porter secours au trop fougueux Jean Marais.
Bureau - A la découverte de la maison de Jean Cocteau

Lit - A la découverte de la maison de Jean Cocteau

Lit - bureau Cocteau
Lit - bureau Cocteau © L C-M
Une bonbonnière en léopard surplombe le lit en baldaquin. Ce dernier est disposé de manière singulière, en biais de 45 degrés par rapport au mur.
Lit - A la découverte de la maison de Jean Cocteau

Fresque - A la découverte de la maison de Jean Cocteau

fresque cocteau
fresque cocteau © L C-M
A la gauche du lit, une fresque - "sans doute réalisée par Jean Marais", précise Dominique Païni - avec un jeune homme et un château.
Fresque - A la découverte de la maison de Jean Cocteau

Château réel - A la découverte de la maison de Jean Cocteau

fenêtre maison Cocteau
fenêtre maison Cocteau © L C-M
A la droite du lit, la fenêtre d'où Cocteau apercevait le vrai manoir :"Ce choix volontaire permettait à l'artiste d'avoir à la fois un œil sur la réalité et sur l'imaginaire", souligne le scénographe.
Château réel - A la découverte de la maison de Jean Cocteau

Tableau noir - A la découverte de la maison de Jean Cocteau

Tableau noir - tableau dans maison de Cocteau
Tableau noir - tableau dans maison de Cocteau © L C-M
Un tableau noir, à la fois agenda et objet de création, retient l'attention. Les notes "mardi déj Colette" (en référence à l'écrivaine) et "Jeannot Lab 67" (évoquant un rendez-vous avec Jean-Marais) cohabitent avec plusieurs silhouettes dessinées.
Tableau noir - A la découverte de la maison de Jean Cocteau

Peinture - A la découverte de la maison de Jean Cocteau

Peinture - tableau dans maison de Cocteau
Peinture - tableau dans maison de Cocteau © L C-M
Deux galeries d'exposition suivent, l'une temporaire et l'autre permanente, dans lesquelles seront présentées les collections de la Maison Cocteau. Ci-dessus, une peinture de 1953 réalisée par Jean Cocteau et intitulée "Rêve hollywoodien".
Peinture - A la découverte de la maison de Jean Cocteau

Maison vue du jardin

Maison vue du jardin - maison Cocteau
Maison vue du jardin - maison Cocteau © L C-M
La maison est bordée de deux jardins : le jardin domestique, abritant une pergola où le public pourra se rafraîchir, et le jardin des sculptures.
Maison vue du jardin

Jardin - A la découverte de la maison de Jean Cocteau

jardin Cocteau
jardin Cocteau © L C-M
Le jardin est restitué, tel qu'il fut, avec la même multitude de couleurs. Les grands arbres tombés lors de la tempête de 1999 en moins.
Jardin - A la découverte de la maison de Jean Cocteau

Sphinx - A la découverte de la maison de Jean Cocteau

Sphinx Cocteau
Sphinx Cocteau © L C-M
Au détour d'un chemin, une sculpture de Sphinx apparaît. S'agit-il d'un personnage fictif tout droit sorti d'un film de Jean Cocteau ou d'une réalité ? Un peu des deux, répondrait très certainement "l'enfant terrible", en prenant à témoin le château à proximité et la fresque le représentant.
Sphinx - A la découverte de la maison de Jean Cocteau
 
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