Oscar Niemeyer, le génie des courbes

    Publié le 7 décembre 2012 par C.G.
    Oscar Niemeyer, célèbre "bâtisseur" de la ville de Brasilia, s'est éteint mercredi soir à l'âge de 104 ans. Il restera pour la profession une figure emblématique, un "amoureux" des courbes et de la fluidité. En France, son œuvre majeure est le siège du Parti communiste dans le 19ème arrondissement de Paris.
    Oscar Niemeyer est décédé à 104 ans. Passionné d'architecture, il aura pratiqué son art jusqu'à sa mort.
    Figure emblématique de l'architecture du 20ème siècle, il est l'auteur de près de 600 projets architecturaux dans le monde entier en plus de 70 ans de carrière. Ses constructions se distinguent par des lignes courbes, "un hommage au corps de la femme brésilienne", selon ses propres termes. Et pour cela, une seule matière l'inspirait : le béton. Il déclarait à ce sujet : "Quand je dessine, seul le béton me permettra de maîtriser une courbe d'une portée aussi ample".

    Bâtisseur de Brasilia

    C'est en 1960 que la notoriété de l'architecte est devenue mondiale en tant que concepteur des principaux équipements publics de Brasilia, dont la cathédrale, le Congrès national, les ministères... On le nomme d'ailleurs "le bâtisseur" de Brasilia. Il a également conçu le siège des Nations unies à New York (avec entre autres Le Corbusier).
    En France, il a réalisé plusieurs projets dont le siège du parti
    siège parti communiste
    siège parti communiste © CG- batiactu
     communiste, place du Colonel Fabien dans le 19ème arrondissement de Paris mais également le siège du journal L'Humanité à Saint-Denis. L'architecte était d'ailleurs proche du parti communiste. On peut également citer, parmi ses autres oeuvres, la Maison de la Culture du Havre (théâtre, salle de cinéma, auditorium, hall d'exposition, salle polyvalente), baptisée également le Volcan. Lors de son exil en France, en raison de l'arrivée au pouvoir de la dictature militaire au Brésil, il dessinera des meubles.
    Oscar Niemeyer, qui avait obtenu le prix Pritzker en 1988, fourmillait d'idées. Sa dernière grande œuvre : le centre culturel d'Aviles dans le nord de l'Espagne qu'il a lui-même inauguré en avril 2011.

    Hommages

    François Hollande, Président de la République : "Avec Oscar Niemeyer, c'est à la fois un architecte dont l'œuvre aura traversé le XXe siècle qui disparaît et un homme engagé dont les convictions ont toujours été mises au service de son talent. Il a eu la chance de concevoir une ville qui est la fierté du Brésil. Jusqu'au bout, il a construit des bâtiments dans le monde entier. Il avait avec la France une relation privilégiée non seulement parce qu'il y construisit plusieurs édifices dont la modernité et l'originalité frappent les visiteurs mais aussi parce qu'il y résida en exil lorsque la dictature régnait dans son pays".
    Elizabeth de Portzamparc (née au Brésil) : "Niemeyer était un "génie" (...) Dans ma petite enfance, mon père nous emmenait, ma soeur et moi, voir le nouveau quartier de Pampulha, à Belo Horizonte, réalisé par Oscar Niemeyer au début des années 1940. Il nous faisait aussi visiter Brasilia. C'était magique". Elle a indiqué que la vocation de son mari Christian de Portzamparc (prix Pritzker 1994) s'était éveillée à la lecture de magazines sur l'inauguration de Brasilia. "On peut dire qu'il y a presque une filiation, un hommage à l'architecture brésilienne" dans son travail.
    Jean Nouvel (Prix Pritzker 2008) : "Si on veut faire une comparaison avec la peinture, on peut dire que Le Corbusier a été le Picasso et Oscar Niemeyer le Matisse" de l'architecture. L'architecte a souligné à l'AFP que lorsqu'il était étudiant, "Niemeyer était l'un des maîtres absolus du moment. (...)Niemeyer partait d'un geste le plus simple, d'un dessin élémentaire qui devenait par le changement d'échelle quelque chose d'inimaginable".
    Retrouvez en pages suivantes un article rédigé à l'occasion du cinquantenaire de Brasilia en avril 2010.
    Oscar Niemeyer, le génie des courbes

    Brasilia, de l'utopie à la réalité urbaine (diaporama)

    Brasilia
    Brasilia © Brasilia - Acervo do MRE
    Brasilia, capitale administrative du Brésil et patrimoine de l'humanité depuis 1987, a fêté son cinquantenaire le 21 avril 2010. Retour sur une ville futuriste aux idées utopistes, sortie d'une terre vaste et isolée au centre du pays en l'espace de seulement cinq ans, de l'imagination notamment de Lucio Costa pour l'urbanisme et Oscar Niemeyer, pour l'architecture.
    Ce mercredi 21 avril 2010, toutes les cloches de la ville ont sonné ensemble, des concerts de musique, des spectacles de samba, un feu d'artifice, ont eu lieu pour fêter l'événement : il y a 50 ans - le 21 avril 1960 - était inaugurée en grande pompe la ville de Brasilia, nouvelle capitale administrative du géant sud-américain. Sortie ex nihilo sur une terre poussiéreuse en seulement cinq ans, elle a été commandée par le président Juscelino Kubitschek pour ramener vers les terres intérieures des populations engorgeant les côtes du littoral. Classée patrimoine de l'humanité par l'Unesco en 1987, elle marque l'histoire de l'urbanisme et de l'architecture, ayant fait la réputation de l'architecte Oscar Niemeyer - 103 ans aujourd'hui - qui en signe les plus fameux bâtiments, celle de Lucio Costa, l'urbaniste et enfin celle du paysagiste Roberto Brule Marx.

    L'utopie du Plano piloto

    A eux trois, ou plutôt quatre en incluant le président Kubitschek, sans qui rien n'aurait été possible, ils ont créé de nouveaux modèles d'urbanisme, d'architecture et d'harmonie urbaine. Brasilia est notamment l'un des symboles de l'architecture moderne, avec ses bâtiments, monuments de bétons, aux courbes artistiques et aux lignes audacieuses. Elle a surtout marqué son temps de par sa démarche utopiste et futuriste pour l'époque. Tous étaient en effet empreints d'une volonté de bâtir la ville d'un monde meilleur - la modernité étant pour eux liée au progrès social - et d'apporter par là-même, la vie dans l'intérieur du pays. Construite à partir de rien et loin de tout, en plein milieu de la forêt vierge à 1.000 km des côtes, mais portée par un optimisme sans faille.
    Le chantier fut d'ailleurs titanesque : les ouvriers ont travaillé 24h/24, dans des conditions extrêmement difficiles pour que soit tenue la promesse faite par Juscelino Kubitschek, de réaliser «50 ans de progrès en cinq ans». Sa construction fut lancée en 1957, après que Lucio Costa remporte le projet, avec son Plano piloto - plan pilote - en forme d'avion ou de croix. En axes droits et structures linéaires, propres à l'urbanisme contemporain. «Les ailes (sud et nord) sont constitués d'un axe routier et d'axes latéraux (est-ouest) intégrés et bordés de grands secteurs résidentiels, composés d'ensembles longitudinaux de trois ou six blocs, séparés perpendiculairement par des voies où fonctionnent des commerces, des écoles et des ères de loisirs», explique Cêça de Guimaraens, architecte et professeur, sur le site de l'ambassade du Brésil en France. L'ensemble des quatre 'super-blocs' ainsi constitués s'appelle «Unité de Voisinage», chacune étant affectée à une fonction donnée : l'habitat, les lieux de pouvoirs, les espaces verts, les lieux de travail et de service.
    Retrouvez la suite de l'article (Les courbes sensuelles de l'architecture de Niemeyer ; Brasilia le paradoxe ; Une ville vivante), illustrée de photos de Brasilia tirées des archives du Ministère des affaires étrangères brésilien, en cliquant sur suivant.
    Article de Pauline Polgar (avril 2010)
    Brasilia, de l'utopie à la réalité urbaine (diaporama)

    Les courbes sensuelles de l'architecture de Niemeyer

    Brasilia - Acervo do MRE
    Brasilia - Acervo do MRE © Brasilia - Acervo do MRE
    Là où Lucio Costa constitue les lignes droites, le facétieux architecte Oscar Niemeyer imagine les courbes. Sur les bras de la croix se déploient les prestigieux bâtiments officiels qui ont fait sa renommée. Citons ainsi l'extraordinaire cathédrale ou encore, le Parlement en deux sphères inversées... C'est d'ailleurs notamment avec ces courbes, que l'on dira de l'architecte qu'il se détacha de l'influence de Le Corbusier, dont il fut le disciple, pour imposer son propre style.
    En 1961, le cosmonaute Youri Gagarine arrive à Brasilia et sa réaction est restée célèbre : «J'ai l'impression de débarquer sur une planète différente, pas sur la terre». Oscar Niemeyer, ne dit-il pas lui-même : «Tu peux aller à Brasilia, tu peux aimer ou ne pas aimer, mais tu ne peux pas dire que tu avais déjà vu avant une chose pareille !»
    Article de Pauline Polgar (avril 2010)
    Les courbes sensuelles de l'architecture de Niemeyer

    Brasilia, le paradoxe

    Brasilia, le paradoxe - Brasilia - Acervo do MRE
    Brasilia, le paradoxe - Brasilia - Acervo do MRE © Brasilia - Acervo do MRE
    Aujourd'hui, Brasilia a-t-elle remplie son rôle de nouveau modèle de société urbaine ? Si elle a apporté la vie à l'intérieur des terres - conçue pour 600.000 habitants prévus en 2000, elle en accueille cinq fois plus aujourd'hui - son confort est aujourd'hui décrié par beaucoup et surtout, elle est paradoxalement marquée par les disparités sociales. Non seulement secouée par des scandales de corruption et devenue une ville livrée aux voitures et aux embouteillages - car sans trottoir - elle souffre de ses espaces trop cloisonnés et surtout, de beaucoup de discriminations sociales et de pauvreté, notamment au sein des bidonvilles qui l'entourent. D'aucuns pourraient y voir peut-être, un sacré coup porté au modèle social prôné. Mais, de par son classement au Patrimoine Mondial, il est impossible de toucher au Plano piloto initial. Cela n'empêche pas d'essayer de trouver des solutions : dans une interview accordée au magazine Sciences et Avenir en 2007, des géographes expliquaient ainsi travailler au rééquilibre du développement de Brasilia, en réfléchissant notamment à reprendre «les quatre échelles urbaines définies à l'origine par Costa - l'habitat, les lieux de pouvoirs, les espaces verts, les lieux de travail et de services - de les réinterpréter à l'aune de ce qu'est Brasilia aujourd'hui et de les élargir à l'ensemble de l'agglomération.»
    Article de Pauline Polgar (avril 2010)
    Brasilia, le paradoxe

    Une ville vivante

    Une ville vivante - Brasilia - Acervo do MRE
    Une ville vivante - Brasilia - Acervo do MRE © Brasilia - Acervo do MRE
    Reste aussi les habitants qui, malgré tout, ne se départissent pas de leur fierté d'habiter cette ville. Sur le site officiel célébrant le cinquantenaire, l'on retrouve également "50 pistes pour une meilleure Brasilia", mélange de conseils de "mieux-vivre ensemble" en famille et en ville : "se dire bonjour dans la rue", "l'union fait la force" pour les études, "dire non à la violence", "respecter les cyclistes", "lutter contre l'illettrisme", "promouvoir le dialogue familial, avec par exemple la lecture de conte" ou encore "respecter l'environnement" et "économiser l'eau", pour ne citer que quelques exemples.
    Oscar Niemeyer le reconnaît dans une interview accordée à nos confrères suisses du magazine Les Urbanités, le projet initial de Lucio Costa s'est affaibli sous l'effet de la masse. «Il est évident que Brasilia s'est étendue de façon vertigineuse (...) la ville se trouve donc profondément affectée par le désordre urbain (la circulation est infernale), par la violence due aux disparités socio-économiques de ses différents secteurs, et enfin, par tout ce qui rend méprisables les métropoles capitalistes». On ne se refait pas ! Mais précise-t-il, elle peut toujours «représenter un désir de renouveau» et il espère qu'elle réussira à devenir une «ville plus humaine et accueillante.»
    Article de Pauline Polgar (avril 2010)
    Une ville vivante

    Un chantier titanesque

    Un chantier titanesque - Brasilia - Acervo do MRE
    Un chantier titanesque - Brasilia - Acervo do MRE © Brasilia - Acervo do MRE
    Quand la volonté d'un président permet l'impossible : Brasilia est née en cinq ans. Construite à partir de rien et loin de tout, en plein milieu de la forêt vierge à 1.000 km des côtes, mais portée par un optimisme sans faille
    Un chantier titanesque

    Promesse de renouveau

    Promesse de renouveau - Brasilia - Acervo do MRE
    Promesse de renouveau - Brasilia - Acervo do MRE © Brasilia - Acervo do MRE
    Tout a été fait pour que soit tenue la promesse faite par le président Juscelino Kubitschek, de réaliser «50 ans de progrès en cinq ans».
    Promesse de renouveau

    Palais - Oscar Niemeyer, le génie des courbes

    Palais - Brasilia - Acervo do MRE
    Palais - Brasilia - Acervo do MRE © Brasilia - Acervo do MRE
    Ministère des affaires étrangères à Brasilia
    Classée patrimoine de l'humanité par l'Unesco en 1987, elle marque l'histoire de l'urbanisme et de l'architecture, ayant fait la réputation de l'architecte Oscar Niemeyer - 103 ans aujourd'hui - qui en signe les plus fameux bâtiments, celle de Lucio Costa, l'urbaniste et enfin celle du paysagiste Roberto Brule Marx.
    Palais - Oscar Niemeyer, le génie des courbes

    Memorial JK - Oscar Niemeyer, le génie des courbes

    Memorial JK - Brasilia - Acervo do MRE
    Memorial JK - Brasilia - Acervo do MRE © Brasilia - Acervo do MRE
    Mémorial à la mémoire du président Juscelino Kubitschek
    Memorial JK - Oscar Niemeyer, le génie des courbes

    Dômes - Oscar Niemeyer, le génie des courbes

    Dômes - Brasilia - Acervo do MRE
    Dômes - Brasilia - Acervo do MRE © Brasilia - Acervo do MRE
    Dômes du Congrès national de Brasilia
    Là où Lucio Costa constitue des lignes droites, avec son fameux «Plano piloto», le facétieux architecte Oscar Niemeyer imagine les courbes. Les prestigieux bâtiments officiels qu'il dessine pour la ville ont fait sa renommée. C'est d'ailleurs notamment avec ces courbes, que l'on dira de l'architecte qu'il se détacha de l'influence de Le Corbusier, dont il fut le disciple, pour imposer son propre style.
    Oscar Niemeyer est également l'architecte du siège du PC à Paris, place du Colonel Fabien, qui adopte cette allure demi-sphérique.
    Dômes - Oscar Niemeyer, le génie des courbes

    Parlement - Oscar Niemeyer, le génie des courbes

    Parlement - Brasilia - Acervo do MRE
    Parlement - Brasilia - Acervo do MRE © Brasilia - Acervo do MRE
    Autre vue du dôme inversé du Congrès national de Brasilia, à l'arrière, le drapeau brésilien flotte depuis une antenne de télévision.
    Parlement - Oscar Niemeyer, le génie des courbes

    Parlement - Oscar Niemeyer, le génie des courbes

    Parlement - Brasilia - Acervo do MRE
    Parlement - Brasilia - Acervo do MRE © Brasilia - Acervo do MRE
    Parlement - Oscar Niemeyer, le génie des courbes

    Monument - Oscar Niemeyer, le génie des courbes

    Monument - Brasilia - Acervo do MRE
    Monument - Brasilia - Acervo do MRE © Brasilia - Acervo do MRE
    'Os Candangos' ou 'Os Guerreiros', de Bruno Giorgi
    L'art est présent dans la ville, que cela soit par les bâtiments eux-mêmes ou par les sculptures.
    Monument - Oscar Niemeyer, le génie des courbes

    A l'intérieur de la cathédrale

    A l'intérieur de la cathédrale - Brasilia - Acervo do MRE
    A l'intérieur de la cathédrale - Brasilia - Acervo do MRE © Brasilia - Acervo do MRE
    La cathédrale de Brasilia est le bâtiment le plus connu d'Oscar Niemeyer. Son dessin symbolise des bras élevés en prière.
    A l'intérieur de la cathédrale

    Brasilia aujourd'hui

    Brasilia aujourd'hui - Brasilia
    Brasilia aujourd'hui - Brasilia © Embratur - Insituto Brasileiro de Turismo
    Aujourd'hui, Brasilia, souffre de nombreuses disparités sociales et économiques et est également secouée par des scandales de corruption. Son modèle urbain est désormais décrié. Prévue à l'origine pour accueillir 600.000 habitants en 2000, elle en compte cinq fois plus en 2010 ! Elle reste néanmoins portée par la fierté de ses habitants.
    Brasilia aujourd'hui
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