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Vivre dans un logement BBC, premiers retours d'expérience

Par G.N.
,
le 3 décembre 2012
L'association Qualitel et sa filiale Cerqual sont en cours d'analyse des données recueillies lors de l'étude "Vivre dans un logement BBC". Les habitants de diverses résidences basse consommation ont été interrogés sur leurs habitudes et sur la réalité, ou non, d'une diminution de la facture énergétique. Il en ressort des résultats globalement bons, mais également la nécessité d'un apprentissage pour les ménages et les professionnels.
La réduction de 50 à 70 % des consommations énergétiques des logements neufs est un objectif de la nouvelle réglementation thermique 2012. Afin d'évaluer l'impact réel de la construction et celui des habitudes de ses résidents, l'association Qualitel a lancé une étude portant sur la vie dans un logement BBC. Le rapport final ne sera rendu public qu'en janvier 2013, mais les premiers résultats donnent déjà matière à réflexion.
Le coût d'investissement des premières opérations, qui datent de la fin 2009 et du début 2010, a tendance à être plus élevé que pour celles qui répondaient à la seule RT 2005. En cause, la sur-isolation, le solaire (thermique et/ou photovoltaïque), le triple vitrage et la ventilation double-flux. Les coûts de construction (HT) s'échelonnent ainsi de 1.230 €/m² habitable à plus de 1.800 €/m² pour une opération en Île-de-France. Mais la maîtrise de ces coûts s'est améliorée dans le temps et, trois ans plus tard, il est possible de réaliser des logements BBC pour 1.100 €/m² environ. Concernant les coûts de maintenance en revanche, si l'enquête est en cours, certains professionnels estiment que l'entretien d'installations solaires thermiques tendrait à annuler les économies réalisées.

Une étude qualitative et non quantitative

L'échantillon étant de faibles dimensions (cinq résidences étudiées, trois ménages dans chaque, soit en tout 15 témoignages), l'étude sociologique sur les retours de ces premières opérations BBC est avant tout qualitative. Elle repose notamment sur la comparaison entre la consommation conventionnelle attendue et la consommation réelle des occupants des logements. Les températures externes et le comportement des habitants qui ont un impact fort sur les consommations font notamment dévier les résultats. Or, s'il est communément admis que le chiffre réel se situera toujours au-dessus du conventionnel, il arrive pourtant que certains ménages se situent en dessous de cette valeur. Certains bénéficieraient par exemple de transferts de chaleur depuis les appartements voisins. Mais la plupart des ménages présentent bien des consommations supérieures à l'attendu, parfois pour des raisons techniques mais le plus souvent à cause de comportements différents de ceux définis par la convention. Il est à noter que la consommation énergétique finale, si elle n'est pas divisée par trois ou quatre par rapport à un logement RT 2005, reste toutefois bien inférieure.
Lire la suite des premières conclusions de l'étude en page 2.
Vivre dans un logement BBC, premiers retours d'expérience

Un nécessaire apprentissage

Maison Trecobat BBC
Maison Trecobat BBC © Trecobat
Quant au niveau de satisfaction des occupants, il est globalement bon, notamment en ce qui concerne le confort d'hiver. Le confort d'été reste perfectible, notamment dans les pièces orientées au sud dans des maisons individuelles situées dans les régions méridionales. L'hygrométrie variable (trop sec en hiver, trop humide en été) ne gênerait que peu les résidents, tandis que le taux de CO2 de l'air intérieur demeurerait correct. La qualité technique des logements livrés (en 2009-2010) était bonne, avec un coût au mètre carré raisonnable et une facture énergétique pour les occupants satisfaisante : extrêmement variable suivant le nombre de personnes du ménage, la durée d'occupation, le niveau d'équipement électroménager et les habitudes de vie (ventilation, température intérieure souhaitée), elle va de 40 €/mois à près de 110 €/mois dans l'échantillon observé.

Un maître-mot : apprentissage

Le BBC nécessite un processus d'apprentissage pour les professionnels. Il existe de fortes différences de pratique entre une première opération immobilière et les suivantes. Si, dans les débuts, maître d'ouvrage et maîtres d'œuvre avaient tendance à "se border" en ajoutant des équipements techniques coûteux, ils savent aujourd'hui qu'il est possible de faire du BBC sans avoir recours à des solutions trop onéreuses et se passer de triples vitrages, de ventilation double flux ou de photovoltaïque. Les entreprises apprennent l'importance de l'étanchéité à l'air et découvrent les spécificités de certains équipements.
Pour les usagers, l'étude met en évidence trois typologies : les "connaisseurs" qui connaissent le BBC et tentent de l'optimiser (39 % des cas) ; les "utilisateurs" qui ne connaissent pas bien le BBC et utilisent leur logement comme un logement usuel en profitant de l'augmentation de confort à moindre coût (28 %) ; et les "Indifférents" qui ne connaissent pas du tout le BBC et l'emploient mal (33 %). Cela résulterait d'une insuffisance de l'information, qui devrait être adaptée à chaque catégorie d'occupant. L'appropriation des qualités du logement se ferait en trois phases, selon les auteurs de l'étude : lors de l'emménagement avec quelques informations de base, afin de ne pas perturber l'entrée dans les lieux ; six mois plus tard, afin de faire le point sur d'éventuelles difficultés rencontrées pendant cette période de "rodage" ; puis finalement au bout d'un an, après que les occupants ont passé un été et un hiver dans les lieux. De telles mesures supposent compétence et disponibilité de la part des bailleurs ou des syndics de copropriété.
Le promoteur d'une des opérations étudiées a bien compris la nécessité de faire évoluer les modes de vie en distribuant une brochure intitulée : "Du bâtiment économe à la consommation responsable", qui présentait des rubriques telles que "Dépensez peu d'énergie en hiver", "Vivez confortablement en été" ou "Consommez moins d'électricité". D'ores et déjà, Cerqual et Qualitel ont prévu de poursuivre l'étude en élargissant le nombre de résidences : une sixième opération immobilière, copropriété de maisons individuelles en climat méditerranéen, est en cours d'investigation.

Méthodologie de l'étude :

Cinq résidences, habitées depuis au moins 2 ans, de types divers : habitat social ou copropriété, habitat collectif ou maisons individuelles groupées, climat océanique ou continental, structure béton ou bois-béton, chauffage à gaz ou électrique, ventilation hybro B ou double flux, double ou triple vitrage. L'isolation, en revanche, se fait toujours par l'extérieur.
Trois ménages ont été étudiés dans chaque opération. Ont été pris en compte le nombre de personnes (de 1 à 6), le type de logement (de T2 à T5), la surface habitable (de 43 à 94 m²), et la température moyenne du séjour en hiver (de 19 à 21,5 °C).
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