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L'atelier Richard perpétue le savoir-faire cuillériste

Par Rouba Naaman-Beauvais
,
le 3 novembre 2011
L'une des dernières orfèvreries françaises à réaliser des couverts en argent massif à la main nous a ouvert ses portes. Visite de l'atelier Richard, où le savoir-faire des artisans cuilléristes perdure depuis 1910.
Au fond d'une cour insoupçonnable, derrière plusieurs portes cochères typiquement parisiennes, se cachent les locaux de l'atelier d'orfèvrerie Richard. A l'entrée, une vitrine où trônent quelques unes des créations, notamment les pièces réalisées pour les 100 ans de la maison, en 2010. Mais c'est derrière le comptoir, passé la porte en bois, que la magie se produit.
L'entreprise Richard concentre tout son savoir-faire dans une seule pièce : l'atelier. Une fabrique qui semble s'être figée dans le temps, à l'époque de sa création, à la fin du XIXème siècle. En 1910, un certain Edmond Ricard, orfèvre, prend la succession de la maison Grandvigne, spécialisée dans l'orfèvrerie classique.

Artisan cuillériste

Le nouveau propriétaire change de cap, et se lance dans l'orfèvrerie cuillériste. "C'est le terme exact qui définit le travail artisanal des couverts en argent massif, explique Jean-Pierre Cottet-Dubreuil, l'un des trois orfèvres de la maison Richard. Nous sommes d'ailleurs les seuls en France à continuer à produire de tels couverts".
En 1932, après la mort d'Edmond Ricard, sa fille épouse Marcel Richard... et l'entreprise familiale change de nom ! Jacques, le petit fils, prend la suite en 1952, et développe une gamme d'orfèvrerie de naissance, qui prolonge le succès de la maison.
Dans les années 60, l'atelier est l'un des premiers à offrir un service de restauration des pièces en argent anciennes. Avec pour principaux clients, les salles des ventes, les antiquaires, les paroisses, les Arts décoratifs, mais aussi des particuliers. "Cette activité a permis à l'entreprise de continuer à exister" explique Francis Régala, l'actuel propriétaire.
La suite de l'article et les étapes de la réalisation d'un couvert, en pages suivantes.
L'atelier Richard perpétue le savoir-faire cuillériste

Savoir-faire unique et créations haut-de-gamme

Savoir-faire unique et créations haut-de-gamme - Atelier Richard
Savoir-faire unique et créations haut-de-gamme - Atelier Richard © Tom Gueugnon
Le propriétaire change, mais le savoir-faire persiste ! Racheté en 1994, l'atelier continue à produire des couverts entièrement à la main, "en argent 950 millièmes quasi pur" précise Francis Régala. Chauffé jusqu'à atteindre la couleur "rouge cerise", précise l'orfèvre, martelé, pressé, ébarbé (c'est-à-dire débarrassé de l'excédent d'argent), poli, le couvert subit de nombreuses souffrances avant d'atterrir sur nos tables.
Mais la recette n'a pas changé depuis 1910. La presse, qui imprime la forme des couverts à l'aide de matrices en acier, date d'ailleurs de 1904 ! Pas moins de 13 heures sont nécessaires pour réaliser une douzaine de "couverts", soit 24 pièces. "A l'origine, un couvert était composé d'une cuillère et d'une fourchette, et le couteau était toujours dépareillé" explique Jean-Pierre Cottet-Dubreuil.

Des créations très haut de gamme

Outre les gammes de série, réalisées à l'aide de matrices, l'atelier Richard propose des modèles plus complexes à réaliser, notamment ceux sur-mesure, pour lesquels le client participe à la création du prototype. "Les couverts en argent martelé sont également plus longs à finir, car tout doit être fait à la main, il n'y a pas de passage sous presse" explique Francis Régala.
Si, en 1910, on ne connaissait que la fabrication manufacturée, aujourd'hui, l'heure est au jetable. Le travail artisanal n'en est que plus valorisé. "C'est un peu la haute couture du couvert" plaisante Jean-Pierre Cottet-Dubreuil. La maison Richard se vante d'ailleurs de produire ses couverts entièrement en France, y compris les lames de couteaux, fabriquées par un autre artisan.
Le savoir-faire cuillériste connaît également un succès notable à l'étranger. L'entreprise familiale répond à des commandes passées de Grande-Bretagne, de Russie, ou encore du Moyen-Orient. Ce qui donne, parfois, des demandes improbables. La plus folle ? "Deux dromadaires et un palmier en argent plaqué or, huit kilos au total !" se souvient Francis Régala. Une commande bien loin de la modestie de l'atelier parisien, où presque rien n'a changé depuis 1910.
www.orfevrerie-richard.com
Découvrez les étapes de la réalisation d'un couvert en argent, en pages suivantes.
Savoir-faire unique et créations haut-de-gamme

Atelier d'orfèvre Richard - La forge

Atelier d'orfèvre Richard - La forge - Atelier Richard
Atelier d'orfèvre Richard - La forge - Atelier Richard © Tom Gueugnon
C'est ici que le métal est chauffé, plusieurs fois au cours de la réalisation du couvert.
Au dessus de la forge, des gabarits sont accrochés. Ils permettent de vérifier que la taille de l'élément est correcte.
Atelier d'orfèvre Richard - La forge

Atelier d'orfèvre Richard - Chauffe du lingot d'argent

Atelier d'orfèvre Richard - Chauffe du lingot d'argent - Atelier Richard
Atelier d'orfèvre Richard - Chauffe du lingot d'argent - Atelier Richard © Tom Gueugnon
Le lingot d'argent massif est chauffé jusqu'à devenir rouge. Il pourra ainsi être travaillé.
Plusieurs fois, le couvert sera rechauffé pour être remodelé. Il est ensuite trempé rapidement dans un bain spécial qui le blanchit légèrement.
Atelier d'orfèvre Richard - Chauffe du lingot d'argent

Atelier d'orfèvre Richard - Travail du lingot

Atelier d'orfèvre Richard - Travail du lingot - Atelier Richard
Atelier d'orfèvre Richard - Travail du lingot - Atelier Richard © Tom Gueugnon
Le lingot d'argent est martelé à chaud, jusqu'à ce qu'il prenne la forme désirée.
Atelier d'orfèvre Richard - Travail du lingot

Atelier d'orfèvre Richard - La cuillère prend forme

Atelier d'orfèvre Richard - La cuillère prend forme - Atelier Richard
Atelier d'orfèvre Richard - La cuillère prend forme - Atelier Richard © Tom Gueugnon
Petit à petit, le lingot prend la forme d'une cuillère. L'artisan vérifie régulièrement la taille de l'élément, en le comparant aux gabarits.
Atelier d'orfèvre Richard - La cuillère prend forme

Atelier d'orfèvre Richard - Façonnage de la cuillère

Atelier d'orfèvre Richard - Façonnage de la cuillère - Atelier Richard
Atelier d'orfèvre Richard - Façonnage de la cuillère - Atelier Richard © Tom Gueugnon
A l'aide d'autres gabarits arrondis, en cuivre, l'artisan façonne le creux de la cuillère.
Atelier d'orfèvre Richard - Façonnage de la cuillère

Atelier d'orfèvre Richard - Les matrices

Atelier d'orfèvre Richard - Les matrices - Atelier Richard
Atelier d'orfèvre Richard - Les matrices - Atelier Richard © Tom Gueugnon
La forme exacte et les dessins du manche du couvert sont "imprimés" sur le métal à l'aide de matrices. Il en existe deux pour chaque couvert jamais créé par l'atelier. Certains datent de 1910 !
Atelier d'orfèvre Richard - Les matrices

Atelier d'orfèvre Richard - Calage de la cuillère

Atelier d'orfèvre Richard - Calage de la cuillère - Atelier Richard
Atelier d'orfèvre Richard - Calage de la cuillère - Atelier Richard © Tom Gueugnon
Le couvert en devenir est placé entre deux matrices qui s'emboitent, calé à l'aide d'un burin souple.
Atelier d'orfèvre Richard - Calage de la cuillère

Atelier d'orfèvre Richard - La presse

Atelier d'orfèvre Richard - La presse - Atelier Richard
Atelier d'orfèvre Richard - La presse - Atelier Richard © Tom Gueugnon
Les deux matrices emboitées sont calées sous la presse, qui date de 1904. Elle produit une pression de 140 tonnes sur la cuillère !
Atelier d'orfèvre Richard - La presse

Atelier d'orfèvre Richard - Résultat après pressage

Atelier d'orfèvre Richard - Résultat après pressage - Atelier Richard
Atelier d'orfèvre Richard - Résultat après pressage - Atelier Richard © Tom Gueugnon
Au sortir de la presse, la cuillère a sa forme et ses dessins définitifs. Mais il lui reste encore quelques étapes à passer...
Atelier d'orfèvre Richard - Résultat après pressage

Atelier d'orfèvre Richard - Polissage

Atelier d'orfèvre Richard - Polissage - Atelier Richard
Atelier d'orfèvre Richard - Polissage - Atelier Richard © Tom Gueugnon
La cuillère est polie pour en retirer l'excédent d'argent présent sur les bords. On dit que la pièce est "ébarbée".
Les éclats sont récupérés, refondus, et réutilisés pour produire de nouveaux couverts.
Atelier d'orfèvre Richard - Polissage

Atelier d'orfèvre Richard - Résultat final

Atelier d'orfèvre Richard - Résultat final - Atelier Richard
Atelier d'orfèvre Richard - Résultat final - Atelier Richard © Tom Gueugnon
La cuillère est presque terminée. Elle attend encore son bain d'argent final.
Sa réalisation aura pris environ 30 minutes au total.
Atelier d'orfèvre Richard - Résultat final

Atelier d'orfèvre Richard - Fourchette

Atelier d'orfèvre Richard - Fourchette - Atelier Richard
Atelier d'orfèvre Richard - Fourchette - Atelier Richard © RNB / MAP
Dans le cas de la fabrication d'une fourchette, les dents doivent encore être séparées après pressage. L'argent en trop entre les dents est donc limé.
Atelier d'orfèvre Richard - Fourchette

Atelier d'orfèvre Richard - Limage de la fourchette

Atelier d'orfèvre Richard - Limage de la fourchette - Atelier Richard
Atelier d'orfèvre Richard - Limage de la fourchette - Atelier Richard © RNB / MAP
Quelques coups de limes sur les dents de la fourchette, pour en lisser les bords et polir l'ensemble. Comme la cuillère, elle devra elle aussi passer dans un bain d'argent pour être finalisée.
Atelier d'orfèvre Richard - Limage de la fourchette
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