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Bordeaux : huit ponts pour franchir la Garonne

Par G.N
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le 29 mars 2013
Bordeaux a récemment inauguré le huitième de ses ponts, le pont levant "Jacques-Chaban-Delmas". L'occasion de revenir sur l'ensemble des ouvrages qui permettent de traverser la Garonne. Découverte en images.
Le pont levant "Jacques-Chaban-Delmas", inauguré officiellement le 15 mars dernier, est le huitième pont de l'agglomération bordelaise. Dernier en date d'une longue lignée, l'infrastructure qui était initialement dénommée "Bacalan-Bastide", est un ouvrage à tablier levant, permettant de laisser passer le trafic de grosses unités fluviales et maritimes.
L'ouvrage est partagé entre véhicules, transports en commun en site propre et piétons. La circulation douce sera séparée de la circulation des véhicules à moteurs en étant située à l'extérieur des grands pylônes de 77 mètres de haut. "Ce nouveau franchissement, fruit de 10 ans de réflexion, d'études et des travaux, incarne une véritable fierté collective", déclare Vincent Feltesse, le président de la Communauté Urbaine de Bordeaux. "Au-delà de l'attrait pour cet ouvrage exceptionnel, cet engouement marque l'appropriation des habitants de l'agglomération pour le projet d'une métropole en marche vers une décennie prometteuse".
Mais le franchissement de la Garonne, très large et dont le courant est violent, n'a pas toujours été facile. Les solutions techniques les plus diverses ont été employées au cours des siècles pour jeter des ponts et passerelles entre les deux rives : pont de pierre aux arches multiples, ouvrage en métal riveté, pont suspendu, pont levant...
C'est en 1822 qu'est inauguré le plus ancien de tous, sobrement nommé "Le pont de Pierre". Sa construction a été décidée douze ans plus tôt par Napoléon qui souhaitait disposer d'une voie de communication vers l'Espagne où devaient se rendre ses troupes. D'une longueur impressionnante de 487 mètres, il ne peut être achevé qu'avec le concours d'une cloche de plongée - afin de stabiliser les piliers - qui a été empruntée aux... Britanniques. L'ouvrage (en pierres et en briques), qui compte dix-sept arches, est élargi dans les années 1950. Mais, en 1995, il est fermé à la circulation car une de ses piles menace de s'effondrer. Des travaux permettent sa réouverture en 1996. Le tramway, symbole de modernité dans les villes françaises du 21e siècle, l'emprunte aujourd'hui.

Un pont ferroviaire

En 1860, c'est le chemin de fer qui impose la création d'un deuxième pont, dédié aux seuls trains. Jusqu'alors, les passagers en provenance ou à destination de Paris devaient effectuer la liaison entre les gares d'Orléans (rive droite) et Saint-Jean (rive gauche) par calèche ou par bateau. Conçue par Stanislas de Laroche-Tolay et par l'ingénieur en chef Paul Régnauld, la passerelle constituera la première étape de la reconnaissance d'un certain Gustave Eiffel. Alors qu'il assure la conduite des travaux, il impose l'usage d'une technique particulière de fonçage des piles tubulaires par pression hydraulique qu'il réutilisera plus tard pour la construction des fondations de la tour qui porte son nom. La passerelle en elle-même est en tôle rivetée et raidie par des poutres en croix de Saint-André, et repose sur six piles en maçonnerie et deux culées.
Les trains l'emprunteront pendant 148 ans, jusqu'au mois de mai 2008, moment d'entrée en service de son remplaçant. La passerelle Eiffel ne comportait en effet que deux voies et son âge imposait une vitesse de franchissement très limitée, incompatible avec le développement du trafic ferroviaire actuel. Dans le cadre du projet d'aménagement Euratlantique, la passerelle deviendra piétonnière.
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Bordeaux : huit ponts pour franchir la Garonne

Un siècle de ponts

Pont d'Aquitaine
Pont d'Aquitaine © O. Lormont - Wikimedia
Il faut ensuite attendre plus d'un siècle pour voir surgir un nouveau pont dans la cité quelque fois qualifiée de "belle endormie". La construction de l'ouvrage, décidée dans les années 1960, fait suite à l'accroissement exponentiel de la circulation automobile qui engorge la capitale girondine. Composé de huit travées et reposant sur cinq piles, il jouxte la passerelle Eiffel.
En 2008, des fissurations apparaissent et entraînent le lancement de travaux de consolidation au moyen de câbles de précontrainte. Peu de temps après l'inauguration du "pont Saint-Jean" en 1965, un autre pont vient enjamber la Garonne. Le grand "pont d'Aquitaine" est en effet terminé en 1967. Il s'agit alors du deuxième pont suspendu de France par sa longueur, après le pont de Tancarville, avec une travée centrale de 394 mètres.
Solution technique élégante, la suspension est toutefois mise en œuvre de façon peu judicieuse, à l'aide de câbles de suspension protégés mais non galvanisés. "Au début des années 1990, des désordres ont été constatés dont des ruptures de fils", raconte Jacques Le Mestre, directeur de la Direction interdépartementale des routes Atlantiques. "Un système de surveillance automatisé a été installé mais rapidement décision a été prise de procéder au remplacement des suspensions".
Grâce à ces travaux, réalisés alors que le pont est en exploitation, le pont passe de deux fois 4 voies de circulation (plus 2 pistes cyclables et 2 trottoirs) à 5 puis 6 voies de circulation routière, après suppression des trottoirs - peu empruntés car l'ouvrage mesure plus de 1.000 mètres avec le viaduc d'approche rive gauche - et mise en encorbellement des pistes cyclables. "Le trafic, qui était de 40.000 véhicules/jour à l'époque, est aujourd'hui de 106.000 véhicules/jour. Et il est beaucoup plus sûr grâce à la mise en place d'une séparation des chaussées", explique Jacques Le Mestre.
L'ouvrage métallique, cinquantenaire, est aujourd'hui sous surveillance, notamment grâce à la mise en place d'un système de détection automatique des incidents de circulation à l'image de ce qui se fait dans les tunnels. "Pour la maintenance, il nécessite environ une nuit de travail tous les mois et demi", précise le directeur de la Direction interdépartementale.

Le pont François Mitterrand

Les années 1990 vont également voir l'apparition d'un nouveau pont, le pont d'Arcins, qui portera ensuite le nom de celui qui l'a inauguré : "François Mitterrand". Pont routier qui boucle la rocade bordelaise, il s'agit d'un ouvrage en béton qui dispose de deux tabliers indépendants reposant sur six paires de piles. Mesurant plus de 640 mètres de long, il n'est pas perpendiculaire au cours du fleuve mais se présente légèrement de biais. Le pont offre trois voies de circulation plus une bande d'arrêt d'urgence dans chaque direction.
En 2008, la passerelle Eiffel se voit quant à elle poussée à la retraite par l'entrée en service du pont RFF, destiné à accueillir le trafic TGV entre Paris et Bordeaux. Ouvrage en béton et métal, il est prévu pour recevoir quatre voies grâce à ses 22 mètres de largeur.
Citons également un autre ouvrage remarquable, le pont tournant situé à l'écluse des Bassins à flot, vers Bacalan. Le tablier métallique repose sur un vérin central qui lui permet de se soulever et de pivoter, libérant ainsi le passage pour des embarcations. Emprunté par le tramway depuis 2009, il a connu des déconvenues techniques liées à des problèmes d'alignement des rails et des caténaires qui ont entraîné une indisponibilité de plusieurs mois en 2010.
Un neuvième pont serait en projet depuis de nombreuses années, pour relier Floirac au marché d'intérêt nationale de Brienne. Mais le coût de 130 M€ pourrait tout remettre en question...
Découvrez tous les ponts de Bordeaux en images dans les pages suivantes.
Un siècle de ponts

Pont de pierre (1822)

Pont de pierre
Pont de pierre © Langladure - Wikimedia
Construit entre 1810 et 1822, à la demande de Napoléon.
Pont de pierre (1822)

Passerelle Eiffel (1860) - Bordeaux : huit ponts pour franchir la Garonne

Passerelle Eiffel
Passerelle Eiffel © Wikimedia
La passerelle métallique Eiffel qui supportera le trafic ferroviaire pendant près de 150 ans. Ouvrage typique de l'ingénieur qui deviendra célèbre, elle utilise le rivetage, les poutrelles en croix de Saint-André et une technique particulière pour ses fondations qui sera réutilisée dans la tour parisienne quelques années plus tard.
Passerelle Eiffel (1860) - Bordeaux : huit ponts pour franchir la Garonne

Pont Saint-Jean (1965)

Pont Saint-Jean
Pont Saint-Jean © Langladure - Wikimedia
Le pont routier Saint-Jean est situé juste à côté de la passerelle Eiffel destinée à devenir pietonne. Construit dans le début des années 1960, il devait apporter une réponse aux embouteillages qui paralysaient Bordeaux.
Pont Saint-Jean (1965)

Pont d'Aquitaine (1967)

Pont d'Aquitaine (1967) - Pont d'Aquitaine
Pont d'Aquitaine (1967) - Pont d'Aquitaine © Wikimedia
Le pont suspendu d'Aquitaine est un ouvrage d'une grande élégance. Aérien, il est le deuxième pont suspendu de France par la portée.
Pont d'Aquitaine (1967)

Pont ferroviaire (2008) - Bordeaux : huit ponts pour franchir la Garonne

Pont ferroviaire
Pont ferroviaire © F. Pépellin - Wikimedia
Le pont ferroviaire destiné à accueillir le trafic TGV devenu trop important pour la passerelle Eiffel est entré en service en 2008.
Pont ferroviaire (2008) - Bordeaux : huit ponts pour franchir la Garonne

Pont Chaban-Delmas (2013)

Pont Chaban-Delmas (2013) - Pont Chaban-Delmas
Pont Chaban-Delmas (2013) - Pont Chaban-Delmas © Glabb - Wikimedia
Le pont levant reliant Bastide à Bacalan en chantier. Les quatre pylones s'élèvent à 77 mètres et permettent de soulever une portion de 117 mètres du tablier à 55 mètres au dessus du fleuve, libérant ainsi le passage pour que de grosses unités puissent atteindre le port.
Pont Chaban-Delmas (2013)

Pont Chaban-Delmas

Pont Chaban-Delmas
Pont Chaban-Delmas © Anne Leroy
Dernier en date, le Pont Chaban-Delmas est inauguré ce vendredi 15 mars.
Pont Chaban-Delmas

Euratlantique - Bordeaux : huit ponts pour franchir la Garonne

Euratlantique
Euratlantique © Euratlantique
La situation des différents ponts dans l'agglomératio bordelaise et leur insertion dans le plan d'aménagement Euratlantique.
Euratlantique - Bordeaux : huit ponts pour franchir la Garonne
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