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Pompes à chaleur : état des lieux

Par A.M.
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le 25 février 2010
Le sol sous nos pieds, l'eau des nappes, l'air qui nous entoure, stockent chaque jour l'énergie que nous dispense le soleil. Récupérer cette énergie gratuite et inépuisable et s'en servir pour le chauffage, c'est possible grâce aux pompes à chaleur (PAC). Ces dernières apparues en France il y a plus de 30 ans, ont connu une hausse des ventes sur ces dernières années. Retour sur cet engouement.
Après 3 ans de chiffres record, les ventes de PAC enregistrent un recul de plus de 25% pour l'année 2009. Le nombre de pompes à chaleur aérothermiques passe de 133.080 (en 2008) à 106.543 (en 2009) et celui des pompes à chaleur géothermiques de 19.430 à 14.349. Cette baisse s'explique d'abord par la crise économique qui, en 2009, a largement impacté le marché de la construction neuve (avec une baisse de 30%) et celui de l'équipement de chauffage, les ménages ayant souvent repoussé ou abandonné leurs investissements. "Cet effet crise a été renforcé par un déstockage massif, conséquence des stocks importants constitués fin 2008 après 3 années de forte croissance consécutives. Il a cumulé de plus le handicap de la baisse (de 50 à 40%) du taux du crédit d'impôt intervenu en 2009", explique David Bonnet, vice-président de l'Association Française des Pompes à Chaleur (AFPAC).

PAC : mode d'emploi

Ces pompes géothermiques valorisent les calories du sol ou de l'eau des nappes par le biais de réseaux de capteurs, de sondes ou de forages d'eau. Ce type de PAC est très performant quelle que soit la température hivernale. En effet, les capteurs sont installés à la profondeur requise pour que la température y soit à peu près constante toute l'année et toujours suffisante. Dans les PAC géothermiques, le prélèvement de chaleur se fait par le biais de tubes enterrés dans le sol. Ces capteurs peuvent être placés en configuration horizontale ou verticale. Les capteurs horizontaux sont des tubes de polyéthylène ou de cuivre gainés de polyéthylène installés en boucles enterrées horizontalement à faible profondeur, c'est-à-dire de 0,60 à 1,20 m. Les verticaux sont constitués de deux tubes de polyéthylène formant un U installés dans un forage, jusqu'à 100 m de profondeur, et scellés dans celui-ci par de la bentonite, équivalent à un "ciment".
Actuellement, en France, les PAC géothermiques les plus répandues sont celles à capteurs horizontaux. Elles sont moins coûteuses que les PAC à capteurs verticaux "qui nécessitent une foreuse qui coûte entre 35 et 80 euros le mètre linéaire", précise Roger Gubanski, président d'AJTECH, société spécialisée en pompes à chaleur, climatisation, géothermie et aérothermie. Mais ces capteurs nécessitent de disposer d'une surface de terrain suffisante, "car on estime la surface de capteur nécessaire de 1,5 à 2 fois la surface habitable à chauffer. Ainsi pour une maison d'environ 150 m2, le capteur occupera donc entre 225 et 300 m2 du jardin", explique David Bonnet.
Quant aux pompes aérothermiques, "c'est comme se chauffer de l'air du temps", souligne David Bonnet. Simples à mettre en œuvre, elles récupèrent les calories de l'air ambiant, extérieur au logement majoritairement, mais aussi intérieur pour certains types de PAC, et s'adaptent à de nombreuses situations : l'air est une source de chaleur facilement exploitable, sans capteur à installer et sans autorisation spéciale. Elles peuvent convenir dans une maison individuelle, neuve ou ancienne.
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Pompes à chaleur : état des lieux

Pompes à chaleur : état des lieux (suite)

Nouvelle génération de pompes à chaleur
Nouvelle génération de pompes à chaleur
Le COP comme référence
Il y a presque 10 ans, les pouvoirs publics se sont penchés sur les PAC et ont donné un coup de pouce à la filière en accordant un crédit d'impôt important. Le propriétaire peut en bénéficier pour l'achat dans sa résidence principale neuve, ancienne ou encore en construction, d'une pompe à chaleur de type géothermique ou air/ eau ayant un COP nominal supérieur ou égal à 3,3 (3,4 en 2010).
Les performances des pompes à chaleur s'expriment, en effet, par des coefficients qui rendent compte de leur efficacité en fonction de l'énergie qu'elles consomment. Pour 1 kWh d'électricité consommé, les PAC restituent pour la plupart entre 2 et 4 kWh de chaleur. "Par exemple, si une PAC consomme 1 kWh d'électricité et restitue 3 kWh de chaleur, on dit que son COP est de 3", souligne Roger Gubanski. Le rapport entre la quantité de chaleur produite et l'énergie électrique consommée est le coefficient de performance (COP) de la pompe à chaleur. "Ce dernier est donné par une température d'air à plus de 7 degrés et une température d'eau à plus de 35 degrés", ajoute ce dernier. Ce coefficient traduit la performance énergétique d'une pompe à chaleur en mode chauffage. Il est mesuré par le fabricant et est variable pour une température d'essai donné. Dans la pratique, quand le milieu est plus froid que cette température d'essai, l'efficacité énergétique de la pompe à chaleur diminue et devient inférieure au COP annoncé. A l'inverse, elle est supérieure à ce COP quand le milieu est plus chaud que la température d'essai.

Réglementation

Côté règlementation, David Bonnet de l'AFPAC déplore que dans les textes de la RT 2012, la pompe à chaleur ne soit pas prise en compte comme elle le devrait. Pour lui, le sujet de la RT 2012 est "sensible", voire "un peu polémique". En effet, "dans les travaux de la RT 2012, la pompe n'est pas prise en compte comme une solution exploitant de l'énergie renouvelable, elle est reconnue comme un produit performant dans la maitrise de la demande de l'énergie. Elle est prise en compte comme un générateur 'traditionnel' et se trouve donc dans le groupe de travail GT4, et non dans celui des énergies renouvelables", commente-t-il.
Enfin, pour répondre a une des préoccupations de notre société actuelle, une filière de recyclage des PAC existe. Les plus anciennes PAC contiennent notamment des fluides frigorigènes maintenant interdits, qui doivent être récupérés par une entreprise habilitée à la manipulation des fluides pour être détruits ou traités. "Aujourd'hui, les produits pompes à chaleur sur le marché français ne sont pas encore réellement contraintes à la DEEE*", constate David Bonnet. Mais pour Roger Gubanski, la filière de recyclage des PAC n'est pas encore vraiment mise en place "car contrairement à l'électroménager, on considère que la PAC fait partie intégrante du bâtiment".
*DEEE : Déchets d'Équipements Électriques et Électroniques
Pour en savoir plus sur le crédit d'impôt, lire l'interview de Emmanuel Laurentin, président de la Capeb des Hautes-Pyrénées (65) et Conseiller professionnel national de l'UNA CPC CAPEB (Union National des Artisans Couverture Plomberie Chauffage)
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Pompes à chaleur : état des lieux (suite)

Baisse du crédit d'impôt, apports des Pac : interview d'Emmanuel Laurentin, Conseiller professionnel national de l'UNA CPC CAPEB

Emmanuel Laurentin CAPEB
Emmanuel Laurentin CAPEB
L'acquisition de matériels utilisant des énergies renouvelables pour le chauffage est encouragée par les pouvoirs publics grâce à des aides, en particulier un crédit d'impôt important. Ce dernier qui s'élevait à 50% en 2008, et à 40% en 2009, vient de chuter à 25% sur certaines pompes à chaleur (PAC) depuis le 1er janvier 2010. L'occasion de faire un point avec Emmanuel Laurentin, président de la Capeb des Hautes-Pyrénées (65) et Conseiller professionnel national de l'UNA CPC CAPEB. Des propos recueillis par nos confrères de Batiactu.
Batiactu : Concernant le crédit d'impôt, qu'en est-il exactement ?
Emmanuel Laurentin : S'équiper d'une PAC est un investissement conséquent. En effet, pour les PAC géothermiques, il faut compter entre 70 et 135 euros TTC par mètre carré chauffé, soit 70/100 euros pour les PAC sol/sol et sol/eau, et 85/135 euros pour les PAC eau/eau. Et pour les PAC aérothermiques, il faut compter entre 60 et 90 euros TTC par mètre carré chauffé.
En 2005, les pouvoirs publics ont octroyé à la filière des PAC un crédit d'impôt de 50%, qui est passé à 40% en 2009. Mais depuis janvier 2010, il a chuté à 25% pour les pompes à chaleur aérothermiques. La PAC géothermique est, quant à elle, restée à 40% ainsi que les PAC concernant l'eau chaude sanitaire (ECS). Cette situation est aujourd'hui très dommageable pour la filière ainsi que discriminatoire entre les systèmes de PAC existants, car on aurait préféré avoir un crédit d'impôt qui soit dégressif de 10% par an.
Batiactu : En installant une PAC, quelles sont les économies que l'on peut faire par rapport a d'autres systèmes de chauffage ?
Emmanuel Laurentin : La pose d'une PAC pourra engendrer une économie de 30 à 60% sur les dépenses énergétiques du chauffage. Je souhaite attirer l'attention sur certains chiffres d'économie réalisés, et affichés par des sociétés vendeur de crédit d'impôt et très loin des préoccupations réelles du consommateur. Cette économie réalisée sera fonction aussi du type de PAC installé, ainsi que des prix de l'énergie utilisée avant la pose de la pompe, et c'est pour ces raisons, dans notre devoir de conseil, qu'il est très important de réaliser une étude thermique de l'habitat avec un prévisionnel de consommation. Et pour ce qui est de l'achat de la pompe à chaleur, elle dépend du type et des capacités du modèle.
Pour que cette économie soit pérenne dans le temps, il faut prévoir un entretien annuel sur son installation de PAC d'autant plus que le Décret du 7 Mai 2007 oblige un contrôle d'étanchéité frigorifique, car un mauvais entretien peut faire chuter le rendement pouvant aller au-delà de 40%.
Batiactu : Qu'est-ce qu'engendre la baisse du crédit d'impôt ?
Emmanuel Laurentin : Alors que le marché est actuellement très difficile, il est vrai que cette baisse ne s'est pas faite en douceur.
En 2008, lorsque le coût du pétrole et de l'énergie était au plus haut, et le crédit d'impôt au plus haut, à savoir de 50%, nous disposions de deux facteurs incitatifs à l'acquisition d'une PAC par les particuliers. L'année 2008 était vraiment une année faste. Aujourd'hui, avec la baisse de ce crédit d'impôt, passé un peu trop brutalement à 25%, c'est un élément décisionnel très important pour le particulier qui est remis en cause.
Batiactu : Quelle est la durée d'amortissement ?
Emmanuel Laurentin : Le coût de l'installation d'une PAC dépend de plusieurs facteurs, tels que la difficulté de pose, le type de PAC choisie ainsi que la puissance réelle nécessaire, et je comprends très honnêtement la difficulté pour un consommateur non initié de choisir le bon devis, la bonne PAC et le bon installateur. Trop souvent, le choix du client se base sur la qualité du prix, et non pas sur le prix de la qualité.
La durée d'amortissement n'est pas toujours facile à quantifier car cela dépend des consommations de chacun et surtout du type de PAC, mais on peut tout de même dire que l'on peut amortir une pompe au bout de 7 à 9 ans. Il faut être très prudent sur l'annonce de ces amortissements, car celui-ci est basé sur les prix de l'énergie à l'instant de la réalisation du devis et prédire, aujourd'hui, le prix de l'énergie dans les mois et les années à venir, est plutôt hasardeux. De plus, un des critères à prendre en compte dans cet amortissement, est le crédit d'impôt qui est différent selon le type de PAC, de l'année fiscale de l'achat, ainsi que des aides financières des régions et/ou des départements.
Retrouvez notre dossier : Focus sur les pompes à chaleur
Baisse du crédit d'impôt, apports des Pac : interview d'Emmanuel Laurentin, Conseiller professionnel national de l'UNA CPC CAPEB
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