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Le chauffage bois, accusé de polluer l'atmosphère : qu'en est-il ?

Par G.N.
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le 16 octobre 2017
Cheminée
Cheminée © Wikimedia commons
Les appareils de chauffage au bois sont en odeur de sainteté auprès de pouvoirs publics mais ils sentent le soufre pour ceux qui s'inquiètent de la pollution atmosphérique. Pour y voir plus clair sur la réalité des émissions de particules fines, des études ont été réalisées au laboratoire Ceric. Deux facteurs influent sur les résultats...
En dix ans, les émissions de particules fines (PM 2.5) ont été réduites de 40 % sur les secteurs résidentiel et tertiaire grâce aux progrès réalisés par les appareils de chauffage au bois. Des évolutions techniques qui permettent aux fabricants et installateurs de proposer des systèmes plus performants et plus respectueux de l'environnement, distingués notamment par le label Flamme Verte. Le ministre de la Transition écologique et solidaire a d'ailleurs annoncé un coup de pouce au changement de chaudières fioul, trop polluantes, par des machines fonctionnant aux énergies renouvelables "comme le bois ou les pompes à chaleur". Un geste qui soulève alors une question : les appareils qui fonctionnent au bois émettent-ils moins de polluants dans l'atmosphère ou présentent-ils un inconvénient de ce côté-là ?

La qualité du bois brûlé importe...

Le laboratoire Ceric a été chargé de réaliser plusieurs études sur le sujet afin de déterminer l'impact des nouvelles technologies du parc d'appareils ainsi que celle de la qualité du combustible bois bûche. Les granulés n'ont pas été pris en compte puisque ces produits sont de qualité certifiée et que les machines qui les utilisent sont en général suffisamment récentes. La première série d'expériences a d'abord été menée sur plusieurs systèmes récents (Flamme Verte) et anciens (génération antérieure sans double combustion) pour évaluer la qualité de combustion, le rendement et les émissions en fonction de la qualité du bois inséré.
Premier constat : l'humidité est un paramètre important. Avec un bois ordinaire, contenant encore 30 % d'humidité, la combustion est dégradée par rapport à un bois plus sec, en contenant moins de 20 %. Le Ceric note : "Par exemple, avec un appareil récent, les émissions de particules sont multipliées par huit". Il est également préférable d'opter pour un bois fendu et sans écorce. Corollaire : un combustible de qualité augmente le rendement et diminue la pollution par les particules fines. (Retrouvez ici 10 astuces pour augmenter le rendement de votre cheminée). "Un appareil récent, fonctionnant avec un combustible de mauvaise qualité peut même avoir un rendement inférieur à celui d'un appareil ancien alimenté en combustible de qualité", soulignent les scientifiques. Il faut donc suivre les préconisations des fabricants et choisir un bois sec, calibré et écorcé pour atteindre des rendements proches de 80 % et diminuer les émissions de polluants. C'est à ce prix que les performances environnementales sont atteintes et dépassées (13 mg/Nm3 mesurés pour 22 mg/Nm3 annoncés). Un choix qui aurait également un impact sur la durée de vie de l'équipement et de son conduit de fumée, qui seront moins encrassés.
Cinq types de bois ont également été testés dans un appareil performant afin d'évaluer des performances en conditions réelles, avec des combustibles achetés localement dans des coopératives ou des grandes surfaces de bricolage, ou d'autres séchés de diverses manières (étuve, air libre). Les expérimentateurs détaillent : "En analysant chaque lot testé, des différences importantes sont apparues au niveau de la géométrie des bûches (rondins, fendues en sections plus ou moins importantes), de leur propreté (présence d'écorce ou de moisissures) ou de l'humidité moyenne".
Il ressort que quatre produits sur cinq n'étaient pas réellement "prêts à l'emploi". Et l'efficacité de l'appareil a été dégradée par l'usage de combustibles humides : la consommation pour parvenir à satisfaire le même besoin de chauffage est beaucoup plus importante (+50 %) puisque la capacité calorifique du bois est moindre. "En ce qui concerne les émissions de particules fines, les mesures nous montrent des résultats pouvant être multipliés par sept avec les moins combustibles", ajoutent-ils. L'utilisation de bois de bonne qualité est donc le seul garant de l'atteinte des performances annoncées par le fabricant. Un bois peu cher à l'achat mais de mauvaise qualité risque de finalement se révéler coûteux en termes de surconsommation et d'entretien de l'installation, voire d'usure de celle-ci.

... tout comme l'ancienneté des appareils

Le laboratoire a ensuite combiné les résultats avec la composition du parc français et les évolutions du marché, afin d'obtenir une simulation des émissions de particules fines liées au chauffage au bois domestique, en incluant cette fois les granulés. A bois constant (40 % bien sec et 60 % avec moins de 2 ans de séchage), et sans changement des habitudes des consommateurs, il semble possible de réduire les émissions de particules de façon drastique d'ici à 2030 (-74 %) en remplaçant peu à peu les appareils obsolètes. Ce, malgré l'augmentation du parc qui devrait passer de 7,4 millions en 2012 à plus de 9 millions en 2030. "L'impact du remplacement des appareils anciens joue un rôle très important", confirme le Ceric. "Les appareils anciens, qui représentent encore le tiers du nombre total utilisé, représentent aujourd'hui les deux tiers des émissions. Il faut donc les remplacer le plus rapidement possible". Mieux, un passage à 100 % de bois sec permettrait même de réduire les émissions non plus de 74 % mais de 92 % !
L'amélioration de la qualité du parc doit donc se poursuivre, notamment grâce à l'aide du Crédit d'impôt pour la Transition énergétique (Cite). Les industriels du secteur plaident même pour "un effort supplémentaire centré spécifiquement sur le remplacement des appareils les moins performants (foyers ouverts, appareils d'avant l'an 2000) par un 'fond air' ciblé". Ils militent également pour une incitation à l'utilisation de combustibles de qualité grâce à des opérations de communication et à des aides fiscales comme un retour à la TVA réduite à 5,5 %. Le laboratoire conclut : "La combinaison de ces trois facteurs permettra de diviser par 10 les émissions de particules fines à horizon de 2030".
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